OCTOBRE 1997
Sylvain BIHAUT – Jean-Luc CHAGNON – Jean-Charles GUILBEAU
Claude PAPIN – Eric TISON
In : “Le Journal de Lucien”, Lille, 1909
SOMMAIRE
I – Editorial.
II – Les motivations du vigneron en quête de l’expression ” terroir” – Claude PAPIN
III – Toscane – Ombrie : Un coeur historique de l’Italie, culturel et viticulturel – Sylvain BIHAUT
IV – Dégustations – Sylvain BIHAUT -Jean-Luc CHAGNON
V – Zinfandel – La découverte de l’Amérique – Eric TISON – Jean-Charles GUILBEAU
VI – Littérature récente – Jean-Luc CHAGNON
I – Editorial
Non au vin de collection
II – L’EXPLOITATION DE CLAUDE PAPIN OU LES MOTIVATIONS DU VIGNERON EN QUêTE DE L’EXPRESSION ” TERROIR” .
Historique de la démarche sur l’exploitation
Jusqu’en 1985 les vendanges ont été réalisées par parcelles et l’assemblage après fermentation. Lors des vendanges 1985, j’ai pu constater à la perception gustative une rupture d’harmonie du vin lors des assemblages même partiels de raisins provenant de parcelles différentes. J’ai noté parallèlement une bonne réaction de la clientèle pour une plus grande personnalisation du produit. De ce fait, j’ai été amené à rechercher les limites objectives du terroir d’une cuvée et par un affinement constant et permanent des paramètres spécifiques à chacun des terroirs.
L’évolution de mon approche a été ordonnée de la façon suivante :
- Observations géo-pédologiques de parcelles avec dégustation de raisins.
- Constatation des différences de types de maturité et de vitesse de maturité des raisins.
- Perception du climat propre à chacune des parcelles : rôle de la topographie, de l’altitude, du vent, de la proximité de l’eau.
- Adaptation progressive du travail jusqu’à la cueillette des raisins propre aux différents types de terroirs.
Le Domaine de Pierre-Bise en 1995
En 20 ans, la surface d’encépagement en Chenin, cépage blanc traditionnel de la Loire a été multipliée par 6 pour atteindre les 32 hectares répartis sur 4 sites:
- Savennières (rive droite de la Loire)
- Rochefort (rive gauche de la Loire)
- Pierre-Bise (coeur du Layon)
- Quarts de Chaume et Chaume
Soit dix cuvées différentes:
- 2 cuvées de blanc sec :
- Le ” Savennières” (sables reposants sur des schistes et Rhyolites)
- Le ” Haut de la garde” (intercalations gréseuses)
- 3 cuvées de Coteaux du Layon Beaulieu :
- Les ” Rouannières” (roche volcanique basique en début d’altération, la spilite)
- L’” Anclaie” (altération de schistes avec présence de phtanites)
- Les ” Soucheries” (Poudingues de Carbonifère, haut de carbonifère, bordure spilite)
- 1 cuvée de Coteaux du Layon Rochefort :
- Les ” Rayelles” (intercalations gréseuses)
- 3 cuvées de coteaux du Layon Chaume :
- Les ” Tétuères” (Poudingue de carbonifère, ouverture plein vent)
- L’” Ouche” (Altérite de Carbonifère, Grès et Schistes houillers)
- Le ” Verger” (Grès de Carbonifère et cinérite)
- 1 cuvée de ” Quarts de Chaume” (Poudingue de Carbonifère avec dominante de botrytisation)
Schématisation des terroirs du Domaine de Pierre-Bise (voir figure 1 et carte de maturité des raisins)
1°) Les sols développés sur Carbonifère :
Globalement situés dans le premier tiers inférieur des coteaux, ils bénéficient de par la pente et l’influence limitée du vent de l’ensoleillement optimum dans le vignoble. La profondeur du sol et son niveau d’altération plus évolué qu’ailleurs justifient, dans le cadre des spécificités climatiques du carbonifère, d’un meilleur fonctionnement du sol et de la plante. Il en découle :
- Une floraison plus homogène, voire plus précoce.
- Une précocité dans la formation des sucres.
- Une précocité dans la mise en place du botrytis et sa lenteur de passerillage.
Les conséquences sur la cueillette se traduisent par :
- Un premier passage plus précoce et une dernière trie plus tardive.
- Un nombre de tries plus important qu’ailleurs.
- Peu de volume de vendange.
Dans la stratégie, le vigneron choisira l’option terroir avec l’adéquation ” charge-sol-climat” ou l’option matière en réduisant fortement la charge, réduisant ipso facto les difficultés propres à ce terroir quant à la cueillette des raisins.
2°) Les sols développés sur Roches Volcaniques :
De par leur situation sur l’exploitation dans la partie médiane du coteau, l’ouverture d’horizon et l’orientation des pentes vont jouer un rôle déterminant dans la caractérisation du Chenin sur ” spilite” . Le sol, en tout début d’altération et de plus très sensible au stress hydrique de l’été, va fonctionner de manière très irrégulière, ce que nous retrouverons dans le développement de la plante:
- Débourrement précoce et rythme de croissance rapide.
- Floraison très hétérogène et sur une même grappe.
- Dessèchement des premières feuilles très tôt dans l’été;
Heureusement, la situation des parcelles se révèle encore très favorable à la botrytisation, tout en étant plus tardive que le Carbonifère. Le vent jouera le rôle d’amplificateur de la concentration des raisins.
Dans sa stratégie, le vigneron jouit de moins de liberté que sur les Carbonifères. Il doit parfaitement gérer l’adéquation ” charge-sol-climat” , donc l’optique terroir. a tout moment il doit faire preuve de vigilance en particulier sur :
- Le mode de taille.
- La qualité de l’ébourgeonnage.
- La date d’éclaircissage.
- Le choix de l’opportunité et de la date éventuelle du rognage.
- La date et la qualité du cueillage, avec plus de grain par grain qu’en Carbonifère, mais par contre avec un passage en moins.
- La vinification nécessairement plus lente et surtout l’élevage plus long.
Dans cette situation, le vigneron ne peut que réussir un grand vin de terroir ou ne produire qu’un vin ordinaire.
3°) Les sols développés sur schistes et phtanites:
Situés sur la partie la plus haute du plateau, les parcelles de schistes sont naturellement les plus exposées au vent. Le stade d’altération des schistes est plus avancé que celui sur les spilites, tout en restant en début d’altération avec une faible épaisseur de l’horizon arable.
C’est la zone la moins précoce du vignoble avec un meilleur fonctionnement du sol et de la plante que dans les roches volcaniques. L’hétérogénéité de la vendange se révélera plus de grappe à grappe ou d’une souche à l’autre. L’éloignement de la rivière, l’altitude et le vent expliquent la plus grande difficulté des raisins à botrytiser et avec naturellement plus de retard qu’ailleurs.
Par rapport aux deux autres familles de sol, les dates de tries seront donc décalées avec une difficulté plus grande qu’ailleurs d’achever la surmaturité des raisins.
Ainsi le climat de l’arrière saison s’imposera en tant qu’élément décisif dans la qualité et dans le type de surmaturité des raisins. Dans la stratégie du vigneron , la régulation de la charge s’imposera comme intervention majeure dans la qualité finale du vin, avec une tendance plus forte à l’expression ” terroir” qu’à l’expression ” matière”
Influences sur le vin :
1°) La pédologie :
J’ai pu constater que plus le sol a un profil Roche-mère – altération, plus le vin s’exprime comme minéral, dense, avec ouverture lente des arômes. De plus si le sol évolue vers l’altérite, le vin possède alors plus de chair, de matière, avec une intensité aromatique apparaissant plus précocement.
2°) Différents types de maturité :
Les vendanges botrytisées se révèlent, chronologiquement, les premières à libérer, dans le vin, leur intensité aromatique, avec beaucoup de fondu et de gras, le vin est alors très fin en structure. Ceux issus de vendanges passerillées s’ouvrent avec quelquefois un décalage de plus d’un an par rapport aux cuvées botrytisées jeunes, ce sont souvent des cuvées ” viriles” . Leur complexité aromatique ne s’épanouit qu’après un long élevage. Si la cuvée reflète davantage une situation ” passerillage – altération Roche-mère” , alors le vin exprime sa complexité dés sa jeunesse. L’âge de la vigne joue dans les deux cas un rôle d’amplification des différences de typicité.
3°) Influence du mode de cueillette du raisin sur la typicité du vin.
Dans notre recherche d’optimisation de la maturité, nous avons constamment retardé les dates de vendanges. Si nous sommes capables de faire mûrir et surmûrir lentement le raisin, la complexité et la finesse sont présentes, relais véritables de l’amplification de la typicité. Les vendanges par tries successives n’ont comme but que de valoriser l’expression terroir, le niveau des sucres à la récolte n’est alors qu’une conséquence de la gestion de la maturité et de la maturation.
A partir du moment où le vigneron respecte cette stratégie, deux choix se présentent à lui :
- Valoriser une quantité de maturité des raisins en isolant les tris quitte à ne pas respecter les unités de terroirs. Puisque ce qu’il gagne en matière et en ouverture, il le perd nécessairement en complexité et en lenteur d’évolution du vin.
- Rechercher une amplification de la typicité du produit en assemblant toutes les tries de l’unité de terroir, quitte à s’imposer un élevage plus long. Dans cette optique, il donne au vin suffisamment de caractères pour qu’un amateur averti puisse, à travers cet ensemble homogène et complexe, retrouver à l’aveugle l’origine et le ” climat spécifique” du vin dégusté.
Si le vin s’avère complexe et lent à s’ouvrir, la transparence terroir s’impose. Par contre si le vin est riche et rapide dans son ouverture, la nature du cépage et la qualité de la maturité sont d’avantage mises en valeur.
4°) Influence de l’élevage.
Les problèmes rencontrés en Anjou, jusqu’à aujourd’hui sur les vins élaborés dans la volonté d’exprimer leur dimension terroir, dépendent principalement d’une charge de raisins mal réglée, de dates et de tries de vendanges mal gérées et d’une mise en marché trop précoce. Le vin une fois mis en bouteilles s’ouvre en 2 temps avec une longue période de fermeture fort préjudiciable sur le plan commercial et sur l’image des vins de la région.
Avec une meilleure connaissance de spécificités propres à chacun des terroirs notamment en matière de potentiel d’ouverture aromatique des vins, il deviendra plus facile d’adapter la durée de l’élevage nécessaire à l’ouverture progressive du vin en bouteilles (fig.2).
Conséquences de la recherche terroir sur le travail du vigneron :
D’un vititulteur appliquant des recettes classiques en phytotechnie et en oenologie pour cueillir un raisin simplement mûr, nous évoluons vers un homme à la recherche d’une complexité de ses raisins liée à une complexité dans l’élaboration de leur maturation dans le respect d’une unité de terroir et avec comme but, l’amplification de l’expression de la typicité de son vin. Il va falloir pour cela rechercher des moyens toujours plus naturels d’autodéfense de la souche et de la grappe car c’est comme une fleur sauvage de montagne qu’il doit produire et non plus une plante en pot surchargée d’engrais. Chaque année, les observations s’accumulent quant au comportement des raisins dans les différents climats, sur chaque teroir. Chaque millésime devient aussi une source d’affinement et la recherche terroir devient l’oeuvre d’une vie, l’humus du vin.
La ” qualité terroir” des vins détermine le niveau d’intégration de votre vigneron à son espace, millésime après millésime, année après année. L’homme, au même titre que son vin, se manifeste alors comme l’expression de son milieu. Actuellement, une partie des amateurs de vin recherche cette adéquation entre l’homme et son vin. La conception de la cave, du caveau d’accueil des clients et la qualité des explications du vigneron doivent également être le reflet de cette transparence dans l’expression terroir intégrée par les vins. Dans un monde où tout s’accélère, le vigneron a l’opportunité et le privilège de s’affirmer en tant que racine de cette humanité au travers d’un produit aux dimensions de plus en plus culturelles.
Encore plus demain qu’aujourd’hui, nous vendrons non seulement une qualité mais surtout la personnalité d ’un produit, elle même reflet du style de travail d’un homme en adéquation avec les terroirs viticoles avec lesquels il vit.
Claude PAPIN (in ” les terroirs viticoles” , INRA, ANGERS, 1996)
III – TOSCANE – OMBRIE : UN COEUR HISTORIQUE DE L’ITALIE, CULTUREL ET VITICULTUREL
Sur un million d’hectares de terres consacrées à la vigne, l’Italie, soeur aînée de la France, porte 1/8è de tous les vignobles de la planète. L’Italie est aussi le 2è producteur mondial de raisins de table derrière la Turquie mais religion oblige, le premier producteur de vin juste devant la France (Chauvins, nous reprenons le sceptre victorieux pour la consommation de vin !).
Parmi la vingtaine de régions vinicoles italiennes, quelques unes jouissent d’une réputation qualitative notoire, et on pense spontanément au Piémont et à la Toscane. Pourtant il faut y inclure l’Ombrie : à l’heure où le feu de la terre vient de se réveiller dramatiquement en Ombrie aux alentours d’Assise et de Pérouse, assombrissant pêle-mêle la sérénité et les aspirations paysannes d’un peuple délicieux, je me dois dans cette chronique d’associer au célèbre vin toscan les meilleurs vins de l’Ombrie voisine, qui font partie intégrante de l’élite des appellations italiennes. Quant aux vins du Piémont (Barolos et Barbarescos), qui sont le pendant géographique transalpin des grands vins du Rhône, il feront l’objet d’un futur papier “ d’un des journalistes ” du courrier de l’amateur, c’est promis juré.
La législation sur les appellations italiennes étant assez récente (1963), on ne s’étonnera pas de trouver encore, même dans des régions vénérées comme la Toscane, un certain flou artistique sur la complexité des divers niveaux d’appellation, à l’instar de la complexité des encépagements des différents vins élaborés. En effet, dans l’Italie actuelle poussent comme champignons après la pluie une foultitude de vins da tavola (vins de table) qui ne sont pas soumis au contrôle de leur origine. Ces sous appellations atteignent le plus souvent des prix très nettement supérieurs aux A.O.C. les plus exigeantes qui en Italie portent le nom de D.O.C.G. (dénominazione di origine controllata e garantita) et tout ceci par le seul fait d’être produits par des viticulteurs ambitieux, avec presque toujours le concours expérimental de célèbres cépages bordelais voire bourguignons dont la demande internationale est en constante progression.
Vous imaginez bien que je ne vais pas m’appesantir que sur ces vins de table de luxe (Sassicaia Tignanello et les autres), seraient-ils très bons mais plutôt vous parler des appellations D.O.C.G. et D.O.C. qui respectent un cahier des charges d’encépagement original sur des terroirs consacrés de longue date, un peu dans l’esprit des vins de terroir que nous connaissons chez nous.
Le point qui relie ces deux régions viticoles de la Toscane et de l’Ombrie, est représenté par des convergences topographiques et géologiques de terroir, ainsi que par des cépages globalement superposables : les plus répandus en Toscane comme en Ombrie sont le Trebbiano Toscan blanc (Ugniblanc) et le Sangiovese rouge. Et si l’Ombrie se distingue un peu par certains cépages originaux, comme le Grechetto ou le Sagrantino, les nombreux cépages complémentaires du Sangiovese et du Trebbiano sont en réalité communs aux deux régions, comme sont comparables dans leur beauté, leurs collines respectives où se sont implantés les divers vignobles.
Les D.O.C.G. :
En Toscane, on relève par ordre alphabétique l’appellation Brunello Di Montalcino rouge, le Carmignano rouge, le Chianti rouge, le Vernaccia Di San Gimignano blanc, et le Vino Nobile Di Montepulciano rouge. En Ombrie les D.O.C.G. sont les Sagrantino Passito Di Montefalco (vin de paille rouge) et le Torgiano Rosso Riserva rouge.
Les D.O.C. sont accordées souvent sur les mêmes terroirs que les D.O.C.G. aux vins qui n’ont pas atteint les conditions d’élaboration exigées par la D.O.C.G., soit pour leur rendement à l’hectare soit pour la durée de l’élevage. Avec le même raisonnement mais en miroir, on retiendra que certains vins sont D.O.C.G. Riserva, c’est-à-dire avec des critères encore plus stricts sur l’élevage. Ainsi à Montalcino, et en illustration de cette gradation dans la notoriété théorique des divers vins, on remarque par exemple qu’avec le même cépage Brunello (Sangiovese Grosso = la Rolls des Sangiovese), l’appellation Rosso rouge de Montalcino promet 56 hl à l’hectare et 12 mois d’élevage en foudre : il s’agit donc d’un vin D.O.C. qui n’a pas été retenu (terroir) ou sélectionné (à la cuve) pour devenir un Brunello Di Montalcino qui s’avère être la D.O.C.G. la plus ancienne et la plus prestigieuse de Toscane et d’Italie. Ce même Brunello ne doit pas dépasser 50 hl à l’hectare et doit bénéficier lui d’un élevage de 4 ans en foudre, et même de 5 ans s’il s’agit d’un Brunello Riserva.
AU TOTAL : on dénombre 16 D.O.C. en Toscane, depuis les coteaux de Lucques jusqu’à la D.O.C. Parrina de Grosseto à l’extrême sud ; et on compte 7 D.O.C. en Ombrie, depuis les coteaux Alto Tiberini du nord jusqu’à l’ORVIETO blanc de vieille réputation, vendangé près du Lac de Bolsena au sud.
Les choses se compliquent un peu quand on considère l’extension de certaines aires de production réputées : le meilleur exemple de cette complication se rattache au vin d’Italie le plus connu dans le monde, le Chianti. La zone originelle de production qui occupe les collines séparant Florence de Sienne, revendique aujourd’hui le mention Chianti Classico (D.O.C.G.) puisque d’autres zones ont réussi à obtenir la D.O.C.G. Chianti avec des mentions d’origine géographique certes valeureuses mais de réputation moindre (Chianti Rufina, Chianti Montalbano …) et les normes de production y restent plus sévères : vins de 12° minimum pour un classico, contre 11,5° ; 12,5° minimum pour un classico Riserva contre 12° pour un Rufina Riserva par exemple … et on pourrait faire les mêmes distingos en Ombrie avec la zone d’appellation D.O.C. Orvieto “ Classico ”.
Voilà le décor posé, aux acteurs les vins d’entrer en scène désormais afin de vous donner envie de découvrir le plus original sinon le meilleur des boissons viniques de la généreuse Toscane – Ombrie.
Passons donc en revue les vins de D.O.C. ou de D.O.C.G. que j’ai dégustés avec plaisir sur place cet été 1997, ou bien qui sont recommandés par les professionnels du secteur. Pour les plus typés d’entre eux, j’évoquerai le style des vins et les possibles accords gastronomiques.
Le Carmignano D.O.C.G. rouge de la province de Florence, qui donne un vin très bouqueté dominé par la violette dont on a un bon exemple avec le Riserva le Vigné Alte du domaine “ Ambra ” (prix très convenables aux alentours de 50 Fr. la bouteille) ou avec les vins du domaine de Capezzana (chers). Cette appellation Carmignano assemble divers cépages rouges et même blancs jusqu’à 20%, à dominante de Sangiovese puis de Canaiolo noir. Il accompagne les viandes rouges.
Le Vernacchia de San Gimignano D.O.C.G. : vin blanc sec floral et amande amer élaboré avec le cépage Vernacchia, qui accompagne les entrées. On peut retenir le domaine de Ricardo Falchini (peu cher) ou celui de Giovanni Panizzi pour sa cuvée l’ultima au très bon rapport qualité prix.
Le rouge Riserva De Torgiano D.O.C.G. : récolté sur les rives du Tibre au sud de Perouse, vieilli obligatoirement pendant 3 ans, à base de Sangiovese et un peu de canaiolo, vin assez puissant qui peut convenir aux gibiers à poil, de prix moyen à la cave de Giorgio Lungarotti.
Les Chianti D.O.C.G. : Chianti des coteaux de Sienne (Château Farnetella à Sinalunga) ;
Chianti des coteaux de Florence du domaine Corzano et Paterno à ” San Casciano Val Di Pesa “
(deux propriétés aux vins peu chers) ; Chianti Rufina, surtout le fameux Riserva Vigneto Bucerchiale du domaine Selvapiana à Rufina (prix moyen).
Les Chianti “ Classico ” : 70 000 hectares au total dont on peut mettre en exergue pour leur rubis éclatant et leurs arômes de violettes, les domaines qui produisent des vins de belle qualité pour des prix convenables, à savoir celui du Marquis Antinori à Florence pour sa réserve du domaine, le domaine Di Felcina à Castelnuovo Berardenga de Giuseppe Poggiali, ou encore le domaine Il Poggiolino de Carlo Pacini à Tavarnelle. Tous ces Chianti de belle origine, qu’ils soient Classico de Rufina ou d’ailleurs, sont plutôt des vins de gibiers.
Le Sagrantino de Montelfalco : au cépage presque exclusif de la région de Pérouse – Terni, vin rouge doux aux arômes envoûtants de mûres, dont le roi est incontestablement Arnaldo Caprai chez qui on recherchera fébrilement la Riserva 94 (chère) qu’on boira seule pour elle-même.
Restent les deux appellations rouges D.O.C.G. les plus prestigieuses de la région, qui se distinguent des autres D.O.C.G. par leurs prix plus élevés, surtout pour les Riserva de Montalcino, et aussi par leur aptitude commune à une longue garde sans faille.
Le premier, le Vino Nobile de Montepulciano reste un vin d’assemblage où domine bien sûr le Sangiovese dont la variété locale de grande finesse prend le nom de Prugnolo Gentile. Il représente 2/3 de l’encépagement, en mélange avec 10 à 20% de Canaiolo noir, 5% de Mammolo Fino très aromatique et, un peu comme sur la côte blonde de Côte rôtie en France, 10 à 20% de Trebbiano blanc. Les bons “ Nobile ” sont des vins à la fois rigoureux et subtils, sauvages et cependant policés de vanille : à retenir les domaines Avignonési, Cotarella Dei, Poliziano, Salcheto (le rapport qualité prix !) ou encore les vins de Valdipiatta ou de Villa Sant’Anna. Le Vino Nobile est un vin de rôti ou de gibiers.
Vin de gibiers également le célèbre Brunello De Montalcino qui représente l’appellation phare de Toscane : sur les mêmes sols argileux très calcaires, les meilleurs vins expriment la race du Sangiovese Grosso qu’on nomme ici le Brunello. C’est grâce à Monsieur Biondi Santi il y a un siècle, que le Brunello est devenu le cépage exclusif de l’appellation en raison de son aptitude meilleure à résister aux ravages passés du Phylloxera ; et tout le mérite de cette observation judicieuse en revient à Monsieur Biondi Santi : le Brunello venait de trouver son terroir de prédilection et c’est donc tout naturellement après avoir été D.O.C. en 1966 qu’il devint le premier vin de Toscane à bénéficier de la nouvelle réglementation D.O.C.G. en novembre 1980. Velouté et carrure des vins sont au programme sur une dominante de violettes et de sous-bois. On peut citer pêle-mêle même si leurs productions sont souvent chères voire très chères pour les Riserva de vignes sélectionnées : Vincenzo Abbruzzese, les domaines Capanna, Casanova Di Neri, Case Basse, Castelgiocondo du Marquis Frescobaldi, Col D’Orcia, Fuligni, Il Poggione, La Gerla, La Torre (abordable !), Mastrojanni, Siro Pacenti, Vasco Sassetti, Pier Luigi Talenti et enfin les domaines Di Sesta et Val Di Suga.
On ne manquera pas de remarquer que la majorité de ces “ propriétés pilotes ” de l’appellation Brunello sont conseillées par des œnologues qui font réellement autorité, particulièrement Maurizio Castelli et Paolo Vagaggini ; Ceci pour rappeler que si le Sangiovese Grosso est un grand raisin, si Montalcino est un grand terroir, il faut toujours des hommes de talent pour faire l’accouchement de grands vins.
Dans l’ombre de ces D.O.C.G., vivent aussi quelques D.O.C. intéressantes, parfois situées sur les mêmes terroirs, à l’image des Rosso de Montalcino ou de Monte Pulciano, correspondant à des vins qui se sont vus refuser le Label Brunello ou Vino Nobile. Ce sont cependant des vins rouges souvent d’un étonnant rapport qualité prix comme au domaine Poliziano à Monte Pulciano et Abbruzzese ou Giuseppe Gorelli à Montalcino.
Les autres D.O.C. les plus représentatives me paraissent être :
En Ombrie, l’Orvieto, le plus souvent vinifié en sec aujourd’hui alors qu’il eut son heure de gloire jadis comme vin moelleux : le raisin Grechetto à l’arôme de noix et l’aromatique malvoisie faisaient sa puissante douceur mais à présent on élabore un vin plus technique à dominante de Trebbiano, qui reste pourtant équilibré dans sa version Orvieto Classico, avec des vins très bons au domaine Palazzone de Giovanni Dubini à Rocca Ripesena, hameau à l’ouest d’orvieto. D’ailleurs, grâce au talent de l’œnologue Ricardo Cotarella, tous les vins du domaine sont magistraux.
En Ombrie encore le Sagrantino rouge, récolté entre Pérouse et Terni, évoque un peu comme sa version vin de paille D.O.C.G. de Montefalco, le nez de mûre sur une bonne charpente un peu amère. En Toscane : , on citera le Moscadello de MONTALCINO à base de muscat blanc, vin de grande finesse quand il n’est pas vendangé trop tardivement. Le blanc sec Bianco Vergine Della Valdichiana : à base de Trebbiano complété par la malvoisie du Chianti, cépage qui donne des notes d’amande et des notes musquées corpulentes qui font la persistance et l’originalité de ce vin malheureusement en perte de vitesse. En rouge, apprécions la D.O.C. Morellino Di Scansano : vin rouge élaboré dans le sud Toscan, précisément dans la région de Grossetto : vin corsé, épicé avec en bouche une bonne longueur de fruits des bois (domaine le Pupille à Magliano et surtout Moris Farms à Massa Maritima).
Citons encore les rouges corsés et fruités des coteaux de Lucques : (domaine Colle Verde à Capannori). Ou encore le vin de très vieille renommée qui fut un des préférés du pape Paul III Farnese à savoir le D.O.C. Montecarlo (région de Lucques également), vin à la fois rouge et blanc, très vineux pour le premier, délicat et complexe pour le second, où l’on retrouve à côté de l’indéracinable Trebbiano des cépages réputés comme le Semillon, le Vermentino, la Roussanne, ou les Pinots blancs et gris (domaine Carmignani à Montecarlo).
Pourtant en dépit de toutes ces appellations, de tous ces vins originaux et consacrés, la mode en Italie est aux simples vins de table de prestige (! ?), élevés le plus souvent en petites barriques de chêne neuf et faisant appel aux stars mondiales du marketing cépagier : Merlot, Cabernet Sauvignon, Chardonnay, Syrah voire Pinot noir ; la plupart d’entre eux pourrait damer le pion à leurs homologues français, tels le Cabernet de Sassicaia à Bolgheri, mais aussi le Merlot de Tua Rita à Suvereto (région de Livourne) ou encore le Merlot et le Pinot noir du Château Di Ama à Gaiole in Chianti … mais ils sont souvent proposés à des prix dissuasifs.
Il me paraît plus remarquable de relever ceux des vins de table Toscans et Ombriens qui recherchent réellement une originalité en fonction de leur terroir respectif : Pour les rouges allons donc goûter au vin marin de Poggio Ciliegio du domaine Rascioni et Cecconello à Orbetello (extrême sud de Grossetto), élaboré à partir du seul cépage Ciliegolo et qui a presque le charme envoûtant d’un grand Pinot noir avec ses arômes profonds de cerise. Ou bien encore, pour les amateurs de vins ressemblant aux grands Bordeaux, signalons le très structuré et très “ Bordelisant ” Rubino (Cabernet Sauvignon et Merlot) du domaine La Palazzola à Vascigliano dans le sud Ombrien, dont le prix reste très correct. En ce qui concerne les blancs, saluons de nouveau le Grechetto de Todi quand il s’associe pour 1/5è avec le Chardonnay pour faire le vin d’Ombrie excellent (quoique cher) qui est étiqueté Cervaro du Château Della Sala à Ficulle.
Quant aux vins à vocation moelleuse ou liquoreuse, on peut goûter par curiosité le Vino Santo de certaines appellations, littéralement “ vin pour les saints ”. Ce sont des vins passerillés de Trebbiano et de malvoisie, traités à la Jurassienne ou comme le Xérès espagnol : ils ont la couleur et le goût du brou de noix, et ils sont le plus souvent bien loin du niveau qualitatif atteint par le vin de table de pourriture noble du cépage Sauvignon obtenu par Giovanni Dubini à ORVIETO, qu’il ne cède malheureusement que contre des dizaines et des dizaines de milliers de lires.
Au moment où se termine ce passage en revue des grands vins de l’Italie centrale, vous avez peut être comme moi à l’esprit la prévention qu’on a eu naguère en France, et qu’on a toujours en réalité, contre les vins italiens servis dans la quasi totalité des pizzerias de l’hexagone, où nous avons presque tous fait la première amère approche du vin italien à travers la fiasque traditionnelle de Chianti. Dans ces restaurants qui n’en sont pas toujours, on peut c’est vrai avoir très vite le réflexe analogique fiasque = fiasco.
De la même façon que les portugais nous ont longtemps réservé leurs Portos médiocres, les italiens nous ont abreuvé de leurs mauvais Chiantis. Et ce fleuve de médiocrité a aussi coïncidé avec le démantèlement politique du système ancestral de métayage italien (la Mezzadria), provoquant dans les années 60 l’abandon de la polyculture viticole en Toscane au profit de la plantation anarchique et extensive de vignes qui n’auraient jamais dû bénéficier de l’appellation Chianti, qui était noble depuis un siècle. La création récente des D.O.C.G. en Italie, se propose donc de résoudre ce dilemme par un effort qualitatif louable. Puisse seulement le consommateur français moyen exiger dorénavant autre chose qu’un Ersatz de vin italien dans les restaurants italiens de notre pays : c’est un autre défi à relever !
Alors, la terre vient certes de trembler, de tuer en Ombrie, mais les bons vins italiens sont en marche irrésistible et nous rassurent : allons vite ou retournons vite en Toscane – Ombrie malgré ces menaces terribles sur l’écroulement des édifices. Conjurons justement le vilain sort et rendons nous tous en pèlerinage ému sur ces terres sacrées, afin que la civilisation latine du grand vin, celle qui nous porte, ne s’écroule pas elle-même.
Sylvain BIHAUT.
III – DEGUSTATIONS: Sylvain BIHAUT (SB) – Jean-Luc CHAGNON (JLC)
Cette chronique se propose de vous fournir des conseils avisés pour vos achats ou vos choix de vins au restaurant, à partir de vins , tous dégustés par nos soins dans les mois précédents, le plus souvent à “ l’aveugle ” ; ces vins nous ont paru marquants, soit par leur excellence, soit par leur médiocrité. Bien entendu nous ne prétendons pas ici à la “ veritas in vino ”, et votre libre arbitre doit encore s’exercer à partir de cette sélection. En particulier, quand un échantillon nous aura déçu, on pourra toujours espérer que ce défaut ou ce déficit n’affecte qu’une cuvée, qu’une bouteille, ou encore qu’il est du à de mauvises conditions de stockage.
Ils sont répertoriés par ordre chronologique de dégustation et non pas selon un quelconque ordre de notoriété, préférence ou défiance.
A REJETER (SB)
- Chateau Grand-Puy-Ducasse 1986 (Pauillac) :Sans fruit et sans race.
- Vosne-Romanée les Chaumes et Vosne-Romanée La Grande-Rue 1992 de Lamarche :dominés par l’alcool, maquillés, indignes de leur origine.
- Meursault Blanc village 1993 (Joseph Matrot):manque de tout.
- Chassagne-Montrachet Blanc La Romanée 1993 (Ballot-Millot) :très boisé, sans équkibre.
- Chassagne-Montrachet Blanc Les vergers 1993 (Michel Colin) rond et souple. Peu de relief.
- Santenay Rouge Clos Faubard 1993 (Lucien Muzard)dur, sans Grâce. Tannins rustiques.
A RECHERCHER (SB)
- Château Clerc-Milon 1986 (pauillac):équilibre souverain, longueur et jeunesse.
- Richebourg 1992 (Méo-Camuzet)fruité grandiose et pur, boisé intégré.
- Château La Conseillante 1975 (Pomerol)velouté et complexe. Rachète ce millésime tant sujet à controverses.
- Mas Jullien Les Cailloutis Rouge 1990 (Coteaux du Languedoc d’Olivier Jullien)complet et subtil. Rapport qualité-prix indicible.
- Meursault Blanc Les Rougeots 1993 (Jean-François Coche-Dury) noisetté, suave, très “ chat ”.
- Meursault Blanc Clos de la Barre 1993 (Dominique Lafon) race et finesse. Grand potentiel.
- Chassagne-Montrachet Blanc Les Caillerets 1993 (Jean-Noêl Gagnard) puissant et long, fruité.
- Vouvray sec 1992 (Philippe Foreau) rond et puissant, tonique.
- Domaine St Jean rouge 1990 ( Vin de pays du VAR à St Jean de Villecroze) pur Cabernet Sauvignon ; intense, velouté. La découverte qui fait un peu penser au médocain Château de Potensac (peut-être en mieux).
- Riesling Sommerberg 1991 (Albert Boxler) délicat, racé et rhénan (et rassérénant ! )
A REJETER (JLC)
- Saumur-Champigny Clos-Rougeard ” Les Poyeux” 1993 sec, manquant de chair (et de terroir ?) ; trop de bois ?
- Jurançon La Quintessence 1993 (Bru-Baché) richesse, mais déjà évolué, trop souffré à la mise ?
- Nuits-Saint-Georges ” les Vaucrains” 1987 (Georges Chicotot) dix ans aprés ne permet toujours pas d’avoir une réponse certaine sur la qualité du domaine.
- Château Filhot 1986 (Sauternes) bien fait, sans plus, manque de ce supplément d’âme des grands Sauternes.
A RECHERCHER (JLC)
- Echezeaux 1992 (Dom. Laurent) fruit, terroir, complexité, belle concentration malgré le millésime
- Château Meyney 1986 (Saint-Estèphe) beaucoup de jeunesse, de fruit, de complexité et de race.
- Riesling Rosacker 1989 (Mittnacht-Klack) commence à se donner, pétrole, très belle expression du terroir calcaire
- Anjou Gamay 1995 (Claude Papin) beaucoup de matière, longueur, ” pinote” , rapport qualité-prix imbattable (39 F)
- Côte du Rhone Rasteau cuvée prestige 1995 (Domaine de la Soumade) grande matière et puissance sont au rendez-vous, sans le maquillage du bois (en reste-t-il encore ?)
- Côte du Rhone Rasteau cuvée confiance 1995 (Domaine de la Soumade) la même chose, la complexité, l’âge des vignes, la race en plus, extraordinaire rapport qualité/prix (75F)
- Nuits-Saint-Georges ” les Saint-Georges” 1988 (Georges Chicotot) en ½ bouteille contrairement à la bouteille du même domaine citée plus haut, laisse augurer une belle évolution même si l’on peut regretter un petit manque de concentration, mais la race est au rendez-vous.
V – ZINFANDEL – LA DECOUVERTE DE L’AMERIQUE
Historique du Zinfandel :
Son origine dérive a priori du Primitivo des pouilles encore connu sous le nom de Plavac mali en Dalmatie. Il serait arrivé avec les émigrants européens, on en retrouve trace vers 1820 à Boston et vers 1860 en Californie où il remplace le cépage mission utilisé jusque là. Très apprécié par les émigrés européens, le Zinfandel couvrait 40 % du vignoble. Il va ensuite connaître une période de déclin. Dans les années 60 et 70, du fait de la vogue des Bordeaux, il est quasiment abandonné. Vers 80 le cépage est réutilisé pour la production de vin blanc ( blanc de noir ), puis vers 85 de nouveaux essais de vinification en rouge sont entrepris. La maison Ridge fondée en 1959 à joué un rôle majeur dans la recherche des anciennes variétés de Zinfandel encore présentes lors du redémarrage de ce cépage. Le Zinfandel connaît ensuite un renouveau important et même explosif, puisqu’il est actuellement le cépage rouge le plus planté aux USA ( 18000 ha ) devant le Cabernet Sauvignon ( 16000 ha ) et le Merlot ( 13000 ha ).
Le cépage Zinfandel :
Il a longtemps été utilisé pour produire un blush wine, à mis chemin entre le blanc et le rosé, avec du sucre résiduel, sans grand intérêt, avant d’être redécouvert comme un grand cépage rouge et bien vinifié depuis. Parmi les problèmes de viticulture liés à ce cépage, il faut noter sa tendance à des degrés de maturité très variables des grains de raisin sur une même grappe, nécessitant de récolter le raisin assez tardivement pour obtenir une bonne maturité homogène, mais pas trop tard pour éviter un dessèchement des grains avec des goûts raisinés et une perte d’acidité donc une moins bonne tenue au vieillissement. De par sa teneur élevée en sucres, il s’agit d’un vin riche, en général entre 14 et 16°, donc prudence. De gros rendements sont possibles avec ce cépage, qu’il faut donc savoir limiter si on veut la qualité. Des rendements de 7.5 t/ha sont communs, mais pour les meilleurs on se situe vers 1.25 à 2.5 t/ha. Un facteur qualitatif important est le caractère souvent âgé des vignes de par l’ancienneté du cépage, volontiers planté en vigne franche, des vignes de 60 à 80 ans voire 100 ans étant classiques sinon communes.
Le cépage peut se prêter à tous les types de vinifications en blanc, rosé, rouge, mousseux, ou de style Porto, mais c’est vinifié en rouge qu’il donne le meilleur de lui même et qu’il présente un réel intérêt. Ses caractéristiques aromatiques comportent la cerise, la framboise, la prune, le cassis, des notes épicées et poivrées, de la sauge et des composantes herbacées. En général les tanins ne sont pas agressifs et ce vin se boit bien dès le jeune âge. En vieillissant, il a tendance à perdre de sa richesse de fruit pour évoluer vers des notes de terre, de sauge, de goudron. Il peut vieillir, atteignant pour certains son optimum entre 6 et 10 ans, des bouteilles de 20 ans ayant été trouvées très correctes en dégustation. La
tendance américaine est toutefois de le boire jeune pour le plaisir du fruit. Si l’on souhaite le garder, mieux vaut choisir un style pas trop surmuri avec assez d’acidité, le rôle des cépages associés pour améliorer la garde étant quant à lui discuté
On peut actuellement définir 3 écoles de vinification en rouge :
- une produisant un vin léger, recherchant la finesse aromatique, le fruit, évitant la surmaturité
- une s’orientant vers les assemblages avec d’autres cépages ( Ridge )
- une de type vendange tardive recherchant la surmaturité ( Turley ) sans sucre résiduel toutefois, à la différence des vins de style Porto produits aux USA.
L’intérêt du cépage vient également du fait qu’il est actuellement utilisé quasi uniquement en Californie, en faisant le cépage américain par excellence. C’est en Californie qu’il réussit le mieux, des essais dans d’autres états pourtant expérimentés comme l’Oregon n’ayant pas été concluants. Les prix restent abordables par rapport aux Cabernets et Chardonnays, une bouteille convenable pouvant être achetée aux alentours de 20 $. Un point négatif est la production souvent confidentielle des meilleures cuvées, entre 500 et 1500 caisses par an, posant des problèmes d’approvisionnement.
On notera encore la tendance progressive à identifier le site de provenance des grappes, avec un système d’appellation par vignoble et non plus par région recouvrant un mélange de grappes de différentes provenances permettant d’espérer une meilleure définition du terroir. C’est encore la maison Ridge qui à joué un rôle de pionnier en vinifiant séparément chaque climat ( ses Zinfandel proviennent de 30 origines différentes ). C’est ainsi que le Zinfandel prendrait des caractères herbacés à Paso Robles, qu’il est très intense dans le comté d’Amador, riche et complexe autour de Dry Creek et Geyserville ( Sonoma ), emplacements qui lui réussissent le mieux.
Classification en appellations :
Les aires de viticulture en Californie se décomposent en 4 grandes régions, la North Coast, la Sierra Foothills, la Central Coast et la South Coast. Les Zinfandel de cette dégustation proviennent de la North Coast, qui comprend les comtés de Mendocino, Sonoma et Napa. Les vins proviennent plus précisément des comtés de Sonoma et Napa, et pour l’un d’eux du comté d’Amador situé dans la zone des Sierra Foothills.Le comté de Sonoma ou Sonoma County comprend entre autres sous appellations rencontrées dans les dénominations des vins dégustés la Russian River Valley, la Sonoma Valley, la Dry Creek Valley et l’Alexander valley.
Les vins peuvent soit porter une appellation très générique ( California ) indiquant simplement que les raisins proviennent de la Californie au sens le plus large, soit une appellation de type Sonoma County, soit une précision plus grande concernant une partie de la Sonoma telle que Alexander Valley. Enfin, pour certains, le vignoble de provenance est indiqué, en un essai de définition de terroir telle qu’elle est pratiquée en France de manière très ancienne, par exemple Gambogi Ranch/Russian River Valley/Sonoma County
Millésimes :
Ci dessous sont figurés les cotations des 15 derniers millésimes disponibles d’après la revue Wine Spectator, à partir du système de cotation sur 100 :
1995 96 1987 92
1994 95 1986 91
1993 88 1985 93
1992 93 1984 88
1991 92 1983 79
1990 93 1982 82
1989 82 1981 85
1988 84 1980 82
Vins dégustés :
Les notations figurant entre parenthèses correspondent aux notes sur 100 attribuées par Wine Spectator ( WS ) ou R. Parker ( P ). La note moyenne du groupe et les extrêmes sont figurées en fin de chaque texte
FETZER California 1992
Robe grenat soutenu. Nez de fruits noirs avec des notes épicées, confiturées, de la prune, du goudron. En bouche, une matière généreuse, une attaque souple, avec un fruité acidulé bien expressif, des notes de noyau et de pruneau, une finale épicée, une tendance à chauffer un peu trop, dominé par son alcool.
Noté 12.1/20 ( extrêmes 10 – 14,5 )
GRGICH HILLS Sonoma County 1991 ( WS 84 )
Robe identique. Un beau fruit rouge compoté vanillé au nez, avec des notes balsamiques, de la sauge. En bouche, une acidité plus marquée, mais également plus de matière, des notes framboisées, cerise, des épices, une finale légèrement suave, une longueur moyenne.
Noté 12.7/20 ( extrêmes 11 – 14,5 )
GRGICH HILLS Sonoma County 1994
Robe grenat profond avec des notes purpurines jeunes. Un premier nez réservé, avec un fruité modéré, des notes légèrement amyliques, puis toastées. En bouche, du fruit rouge, de la fraise, de la framboise, une finale sur la vanille et les épices avec une longueur moyenne.
Noté 13.4/20 ( extrêmes 11.5 – 15,5 )
SAUSAL Alexander Valley/Sonoma Valley/Private Reserve 1994 ( WS 89, P 89 )
Robe grenat profond. Nez épicé, fruits rouges et noirs, toasté avec de la sauge et des notes viandées. Matière riche, ronde, un peu de gras, fruits noirs cassis, myrtille, un peu plus de longueur, une finale épicée et réglissée.
Noté 14.2/20 ( extrêmes 13 – 16 )
LYTTON SPRINGS Sonoma County 1992
Robe grenat profond, presque encre. Notes complexes balsamiques avec de la framboise, de la noix, de l’amande, un coté kirsché au nez et des notes animales. La matière en bouche est riche, avec des fruits confiturés, de la mure, de la truffe, un coté viandé.
Noté 13.6/20 ( extrêmes 10 – 16 )
NALLE Dry Creek Valley/Sonoma County 1992
Robe grenat moyennement soutenue. Nez réservé avec des notes beurrées, de l’amande, un fruité modéré sur les griottes et la prune. Attaque souple, matière moyenne, élégant avec
des fruits rouges , de la sauge, des tanins réglissés et une longueur moyenne.
Noté 14.6/20 ( extrêmes 14 – 16 )
DE LOACH Gambogi Ranch/Russian River Valley/Sonoma County 1994 ( P 90 )
Vignes plantées entre 1905 et 1932. Robe grenat soutenu, nez sur la framboise et le sureau, avec des notes de cassis et de kirsch pour certains. Belle matière en bouche, un fruité groseille avec des notes animales, un vin long, puissant, avec une finale épicée.
Noté 14.8/20 ( extrêmes 13 – 16 )
CAKEBREAD CELLARS Howell Mountain/Napa Valley 1993 ( WS 89 )
Surtout réputé pour ses Chardonnays. Une robe grenat moyen, un nez animal avec du fruit compoté. Une matière moyenne en bouche, une tendance à pinoter, avec des épices, mais aussi une fin de bouche un peu chaude sur l’alcool et une légère amertume.
Noté 12.9/20 ( extrêmes 11,5 – 15 )
ROSENBLUM CELLARS Samsel Vineyard Maggie’s Reserve/Sonoma Valley 1994 ( WS 89 )
Robe grenat profond. Nez sur les fruits compotés et les épices, avec un coté banane séchée, rhum. Matière opulente en bouche, grande richesse, complexité du fruité avec de la mure, du cassis, de la prune, de la groseille à maquereaux, des notes herbacées et de sauge, et une finale épicée.
Noté 14.6/20 ( extrêmes 12 – 17 )
RENWOOD Grandpere Vineyard/Amador County 1994 ( WS 90, P 91-93 )
Vignes quasi centenaires. Robe identique au précédent. Nez réservé sur les épices, le poivre, un fruité rouge-noir macéré, des notes d’agrumes confites. Grande richesse en bouche, la matière la plus concentrée jusqu ’ici, avec des notes mentholées, framboise, une finale réglissée.
Noté 15.1/20 ( extrêmes 13 – 18 )
FRANUS Brandlin Ranch/Mount Veeder/Napa Valley 1994 ( P 91 )
Robe identique. Nez sur les fruits compotés, les épices, la prune, avec de la girofle, du gingembre, des notes florales, le plus racé jusqu’ici. Matière riche, épicée, poivrée, fruité acidulé, sur le cassis, la framboise, avec des notes girofle, muscade, belle longueur.
Noté 16/20 ( extrêmes 13.5 – 18,5 )
RIDGE Lytton Springs/Sonoma Valley 1992 ( P 94 )
Assemblage de 80 % de Zinfandel, 13 % de petite Syrah, 4 % de Carignan, 2 % de Grenache et 1 % d’Alicante. Robe grenat profond. Nez épicé, animal, avec de la prune, du cassis, de la mure, du café. Matière opulente, fruits noirs compotés sur la mure et la myrtille, avec de la réglisse. Beaux tanins murs, bien long.
Noté 16.2/20 ( extrêmes 14 – 19 )
RIDGE Geyserville/Sonoma Valley 1994 ( WS 91, P 92 )
Assemblage de 68 % de Zinfandel, 20 % de Carignan, 8 % de petite Syrah et 4 % de Mataro. Robe identique. Nez très élégant, floral, sur la prune, avec des notes confiturées, un boisé épicé réglissé, un peu de sauge. Belle matière élégante, fruité expressif noir, notes cannelle, réglisse, noyau. Finale longue et élégante.
Noté 16.6/20 ( extrêmes 15 – 18 )
RAVENSWOOD Old Hill Ranch/Sonoma Valley 1992 ( WS 92, P 91-92 )
Robe identique. Concentration extrême avec des notes d’encre au nez, d’eucalyptus. Matière opulente, réglissée. Tanins un peu asséchants, finale sèche, peut être un peu trop d’extraction.
Noté 15.8/20 ( extrêmes 14.5 – 17,5 )
Cette dégustation appelle quelques commentaires en complément.
Tout d’abord, la notation est assez dispersée quant aux extrêmes, avec manifestement 2 sensibilités parmi les dégustateurs, les uns sensibilisés aux vins américains appréciant la richesse de la matière et la grande maturité des tanins, les autres plus traditionnels européens rebutés par ce qu’ils appellent un manque de race et un boisé jugé parfois trop présent. La notation se resserre néanmoins sur les plus beaux vins, un consensus se créant alors sur le plaisir dégagé par ces produits. A noter que parmi cette dégustation à l’aveugle une Cote Rotie à été introduite en pirate, le choix de ce vin se basant sur une certaine parenté d’expression du fruit et une opulence permettant à priori une comparaison honnête. Nous en tairons la provenance mais il s’agissait d’un producteur connu et d’un millésime correct d’âge comparable. La note moyenne recueillie par ce vin français à été de 13 avec des extrêmes entre 10 et 14.5. Il n’est pas question sur cette seule comparaison de prétendre que les Zinfandels soient meilleurs, mais il ne faut certainement plus considérer ces vins comme des sirops de fruits américains surboisés destinés à amuser le touriste, et il serait peut être temps qu’une certaine viticulture française se réveille, avant que le marché international ne s’en charge.
Eric TISON, Jean Charles GUILBEAU
VI – Littérature récente
Quelques bonnes nouvelles dans nos lectures puisque, ça y est, Robert PARKER n’est plus seul !
Depuis le numéro110 Pierre-Antoine ROVANI (notez bien ce nom, c’est le prochain gourou) collabore avec le ” deo ex machina” . Point amusant, ce sont des régions entières qui sont passées entre les mains de ce franco-américain qui ne semble pas partager l’intégralité des points de vue de son patron. Tradition oblige il chausse les ” bottes de sept lieux” pour parcourir les vignobles dans les domaines habituels et avec la même vitesse.
Trouvons nous des originalités dans les point de vue du petit-maître ? Pas vraiment, mais le contraire eut été étonnant car une revue de la notoriété de ” The Wine Advocate” ne peut se permettre de changer brutalement ses domaines de référence. Au reste on sait que Mr PARKER a pratiquement toujours tapé juste jusqu’à présent. Ce qui lui était reproché tenait plus sur l’exercice solitaire de la dégustation et sur une aura acquise progressivement dans un milieu qui n’attendait que celà ; finalement c’est aussi un style que l’on finissait par redouter ou aduler. C’est sur un registre différent que l’on trouve Pierre-Antoine ROVANI qui progressivement explore les appellations.
Dans le numéro 110, dégustation des vins blancs de Bourgogne dans le millésime 1995. Au palmarès on trouve essentiellement Amiot, d’Auvenay (Lalou-Bize Leroy), Carillon, CLAIR, COLIN -DELEGER, DELARCHE, DROUHIN, JADOT, javillier, JOBARD, LAFON, Louis LATOUR pour son Corton-Charlemagne, LEFLAIVE, NIELLON, la ROMANEE-CONTI, ETIENNE SAUZET, VERGET (débrouillez vous pour en trouver ! ) et le découverte du domaine DUREUIL-JANTHIAL à RULLY. Une déception relative avec le domaine RAMONET qui n’est pas noté aussi haut qu’à l’habitude. Dans l’ensemble, les notes de dégustations sont plus posées et nuancées que celles de Robert PARKER.
Jean-Luc CHAGNON