Les Asses de la Douelle

5 juillet 2008

La lettre des Asses de la Douelle – Sept. 2000

Classé dans : Textes divers — douelle @ 11:11

Chers oenophiles,

Les mois se suivent et se ressemblent un peu. Les vendanges 2000 approchent et ce courrier de liaison vous parvient juste avant la reprise de notre cycle de dégustations. Il vient aussi avant quelques bouleversements prévisibles et nécessaires dans la vie de l’association. Comme pour la vigne, un cycle s’achève, les flambeaux vont être passés. Laurent TRONCHON a efficacement assuré le suivi de la trésorerie, moi-même, en dehors de la rédaction de cette note j’ai pris en charge de nombreuses commandes.

Voilà, il nous faut du sang neuf quitte pour nous à nous réinvestir dans quelques années car pour Laurent comme pour moi, participer à la vie du club est un plaisir.

Il sera donc intéressant au cours des prochaines semaines d’examiner comment chacun peut trouver un investissement intéressant qui puisse également participer au développement des « ASSES ».

Déjà j’ai fait part de mon souhait de ne plus m’occuper des achats chez certains vignerons, non pas par constat d’une baisse de la qualité mais bien parce que nous avons pu accédé de plus en plus, depuis 1993, à des domaines remarquables. Ainsi suivre tout le monde devient impossible alors même qu’il faut garder une certaine fidélité pour s’assurer de la poursuite de nos « approvisionnements ».

Sans vouloir dresser la liste des tâches, je me permettrais de rappeler que pour garder le cap, il faudra également assurer le suivi de notre site (Serge s’en fera certainement un plaisir’ ), rédiger et dia, sernos comptes-rendus de dégustations, réunir des idées et les bouteilles correspcindantes à celles-ci,

poursuivre la rédaction de notre lettre que je céderais également volontiers tout en continuant à fournir des

notes, enfin créer éventuellement des liens avec d’autres clubs nombreux sur la métropole ou ailleurs. Déjà

Laurent grâce à iacchos.com nous a permis quelques échanges.

Voilà, ce n’est donc pas à un changement de millénaires que nous nous préparons, mais tout simplement à un changement d’ère.

PROCHAINES DEGUSTA TIONS 2000:

Le quatrième mardi tous les deux mois (janvier, mars, mai, septembre, novembre) de 20h 30 à 22h 30

Mardi 26 septembre 2000 : Corton-Charlemagne 97 (coordonnateur Jean-Luc CHAGNON, avec la collaboration d’André DESORMAIS)

Mardi 28 novembre 2000: Côteaux du Languedoc 98 (coordonnateur Laurent TRONCHON)

Mardi 23 janvier 2001.: Champagne (coordonnateur Laurent TRONCHON)

Mardi 27 mars 2001 : Sujet réservé

Mardi 22 mai 2001 : Sujet réservé

Propositions en attente

Vins de Toscane de Castelli et châteaux (coordonnateur Philippe DESBONNETS)

Cahors (coordonnateur Serge ALFANDARI)

Savigny-les-Beaune l’ cru 1998 (coordonnateur Jean-Luc CHAGNON)

Pernand-Vergelesses « Ile des Vergelesses » 1998 ou 1999 (coordonnateur Jean-Luc CHAGNON)

Riesling Grand-Cru 1998 (coordonnateur Laurent TRONCHON)

Verticale de Mas Amiel (coordonnateur Olivier LAFAGE)

Autres idées … ? PORTO vintage ?

DES NOUVELLES DE NOS ACHATS:

Depuis nos dernières commandes en mars, j’avoue avoir eu un peu de mail à me faire adresser nos réservations. Les choses se sont bien arrangées depuis. Il me reste à recevoir:

Domaine MAUME : en octobre (les 98 arriveront avec les 97)

Domaine RAMONET: en octobre (les 98 arriveront avec les 97, mais je n’ai pu avoir ce que nous espérions car notre commande allait finalement au delà du quota)

Domaine LEFLAIVE : en octobre comme prévu d’ailleurs

Domaine PAPIN: Joëlle PAPIN m’a confirmé qu’elle m’adressait dans les prochairs jours les 97 manquants ainsi que le tarif des 1998

Il me reste un surplus de bouteilles de Michel LAFARGE (8 bouteilles de Vo!nay Clos du CUteau des Ducs 1997). Bienvenue aux amateurs.

Pour le reste et à titre personnel j’ai envisagé de prochains achats dans plusieurs domaines

Domaine PEGAU (châteauneuf du Pape 1992)

Domaine du VIEUX-TELEGRAPHE (châteauneuf du Pape 1998)

Domaine de la SOUMADE (Rasteau 1998, cuvées Prestige et Confiance)

Domaine FERRET (Pouilly-Fuisse 1998)

Domaine ZIND-HUMBRECHT (VT 1998)

De son coté, Eric TISON réunit des commandes pour les primeurs 1999 du domaine DEISS en Alsace. Sans doute Laurent TRONCHON envisage t il de réunir les 98 du Domaîne JAMET quii nous seraient destinés ?

Existe-t’il d’autres propositions ?

REPARTITION DES DOMAINES::

Sur ce sujet voilà après quelques échanges les propositions que nous pouvons faire

Jean-Luc CHAGNON:

En Bourgogne: de VOGÜE (*), DUGAT (*), LEFLAIVE (*), RAMONET (*), LAFON, DELARCHE, LEROY (*), Anne GROS

En Alsace: ZIND-HUMBRECHT

En vallée du Rhône: PEGAU, VIEUX-TELEGRAPHE

En Loire: DELESVAUX, PAPIN

Olivier LAFAGE :

En Bourgogne: LAFARGE

Maurice LEBIFER:

En Loire. JOGUET

Christophe COURTOIS:

En Bourgogne: MAUME, GOUGES, JOBARD

Eric TISON:

En Bourgogne: DUGAT-PY

En Alsace. DEISS

Laurent TRONCHON:

En Provence: PRADEAUX

En vallée du Rhône: JAMET

Frédéric MESSIANT:

En vallée du Rhône: CLOS DES PAPES

En Jura: PUFFENEY

Reste à répartir le Domaine du Clos des Epeneaux à POMMARD

Quantités très limitées et irrégulières, voire pour accros !

Jean-Luc CHAGNON

La lettre des Asses de la Douelle – Fev 2000

Classé dans : Textes divers — douelle @ 11:10

Chers amies et amis,

Honte à moi de ne pas être parvenu à rédiger ce courrier pour février ou même janvier. Voilà le mal réparé et je vous invite à lire ce texte avec attention car le thème principal du numéro est celui des commandes, en particulier pour les producteurs bourguignons.

PROCHAINES DEGUSTATIONS 2000 :

Le quatrième mardi tous les deux mois (janvier, mars, mai, septembre, novembre) .

Mardi 28 mars 2000

: Vin jaune (coordonnateur Christophe COURTOIS)

Mardi 23 mai 2000

: Pernand-Vergelesses 97 (coordonnateur Jean-Luc CHAGNON)

Vendredi 24 juin 2000 : Repas du club dans un lieu à définir
Prévisions en attente :
Vins de Toscane de Castelli et châteaux (coordonnateur Philippe DESBONNETS)
Languedoc (coordonnateur Laurent TRONCHON)
Dégustation exceptionnelle de Corton-Charlemagne 1997 (coordonnateurs André DESORMAIS et Jean-Luc CHAGNON)

ACHATS :

- Je vous propose à nouveau (comme dans le courrier de novembre) que nous achetions quelques Cahors du CLOS DE GAMOT, excellent vin à un tarif raisonnable et qui avait fait l’unanimité de la RVF en juin dernier. Comme tout le monde le sait, les Cahors sont des vins relativement difficiles dans leur jeunesse, le cépage dominant le Cot n’y étant pas pour rien, mais lorsque l’Auxerrois domine, cas du CLOS DE GAMOT, les vins sont plus fins que puissants, sans perdre leur potentiel de vieillissement. Ils ne s’épanouissent qu’entre dix et quinze ans surpassant leurs collègues à 20 ans.

J’ai goûté récemment trois millésimes. 1992, millésime qui a produit des vins assez tendres qui sont maintenant à point. 1996 millésime intermédiaire à l’origine de vins biens constitués moins complexes que les 95 et donc plus rapidement accessible. 1995 est par contre le modèle d’un vin à attendre ; sa robe est sombre, presque noire, le nez est riche marqué par les fruits noirs et des arômes sauvages de garrigue. En bouche le vin est sévère difficile à percevoir, on sent la vendange bien mûre, beaucoup de longueur. C’est vraiment bon !

½ bouteille

75 cl

150 cl

1995

24 F/u

47 F/u

99 F/u

1995 (Vignes centenaires)

75 F/u

155 F/u

1996

24 F/u

45 F/u

95 F/u

1992

55 F/u

Concernant spécifiquement la Bourgogne, avant toutes choses, vous préciser que 1997 pour les rouges est un beau millésime dans la décennie, sans doute en retrait par rapport à 1993, 1995 et 1996, mais au dessus de 1991, 1992 et 1994 qui pourtant ne déméritaient pas. C’est donc un millésime qui justifie des achats surtout chez les vignerons cités. Concernant les blancs, il y a eu de très grandes réussites dans la côte de Beaune en 97, en particulier sur Meursault, Puligny et Chassagne. 98 est sans doute un cran en dessous mais de bon niveau tout de même.

- Chez Henri GOUGES, nous avions eu quelques déceptions dans le millésime 1996 car nous avions eu à peine 30 % de ce que nous souhaitions. Cette année, nos attentes ont été presque comblées grâce a un gros volume de “ Saint-Georges ” dont on ne cessera de rappeler que ce cru était considéré comme l’égal des plus grands par les vignerons du XIXème, et grâce a six bouteilles du rare et délicieux Nuits blanc “ La Perrière ”. A noter des prix inchangés par rapport au millésime 1996.

1997 Nuits-Saint-Georges “Le Clos des Porrets” 133 F/u (hfp) disp. 6
1997 Nuits-Saint-Georges “Les Pruliers” 133 F/u (hfp) disp. 3
1997 Nuits-Saint-Georges “Les Saint-Georges” 164 F/u (hfp) disp. 6
1997 Nuits-Saint-Georges “Les Saint-Georges” (Magnum) 335 F/u (hfp) disp. 2
1997 Nuits-Saint-Georges “Les Vaucrains” 164 F/u (hfp) disp. 3
1997 Nuits-Saint-Georges “Les Vaucrains” (Magnum) 335 F/u (hfp) disp. 2
1997 Nuits-Saint-Georges “La Perrière” (Blanc) 175 F/u (hfp) disp. 6

- Au Domaine des EPENEAUX, l’inflation règne toujours. Augmentation de 15 % cette année. Bref quasiment rédhibitoire. Pour ceux persévérants et qui se refusent à jeter l’éponge. j’ai obtenu comme chaque année 24 bouteilles (difficilement cette fois ci, car le courrier initial ne prévoyait qu’un volume de 6) et en plus quelques bouteilles des autres crus du Domaine. Comme toujours il faut faire vite. Comme vous l’avez peut-être su, Pascal MARCHAND a quitté en 1999 le Domaine des EPENEAUX pour aller s’occuper du domaine familial BOISSET (à retenir) et a été remplacé par Benjamin LEROUX. Pascal MARCHAND nous a envoyé un mot très sympa de remerciements en réponse à notre missive commune de novembre.

1997 Meursault   159 F/u (hfp) disp. non fixée
1997 Auxey-Duressses (blanc) 93 F/u (hfp) disp. non fixée
1997 Auxey-Duressses (rouge) 92 F/u (hfp) disp. non fixée
1997 Pommard “Clos des Epeneaux”   282 F/u (hfp) disp. 24

- Chez MAUME à GEVREY, on peut réserver sans difficulté. C’est chose faite. J’ai même pu augmenter pour compenser les quantités microscopiques disponibles chez Claude DUGAT (qui fait des vins toujours aussi extraordinaires). Voici le quota avec 10 % de plus qu’en 98 :

1997 Gevrey-Chambertin 85 F/u (hfp) disp. 6
1997 Gevrey-Chambertin “ En Pallud ” 95 F/u (hfp) disp. 6
1997 Gevrey-Chambertin “ Champeaux ” 125 F/u (hfp) disp. 6
1997 Gevrey-Chambertin “ Lavaux-Saint-Jacques ” 135 F/u (hfp) disp. 6
1997 Charmes-Chambertin 220 F/u (hfp) disp. 6
1997 Mazis-Chambertin 220 F/u (hfp) disp. 6

- Michel LAFARGE fait les meilleurs vins de VOLNAY. Voilà qui est dit et même c’est vrai ! J’en veux pour preuve nos propres dégustations et celles des autres clubs comme l’ARECAV. Clive COATES qui a la rigueur de redéguster les vins plusieurs années après la mise est tout a fait en cohérence avec mon propos. Cette supériorité se vérifie dans les petits et les grands millésimes et avec le temps. Le volume disponible n’est pas minuscule grâce a notre fidélité depuis le millésime 1993. Pas de doute, il faut acheter les yeux fermés !

1997 Beaune “ Greves ” 140 F/u (hfp) disp. 12
1997 Volnay “ Clos des Chenes ” 160 F/u (hfp) disp. 8
1997 Volnay “ Clos Du Château des Ducs ” 160 F/u (hfp) disp. 12

- Anne GROS reste plébiscitee par la critique, ses prix s’en ressentent un peu et même beaucoup, sans toutefois de trop grande augmentation cette année. J’ai essayé de réserver un peu plus de vin mais sans réponse pour l’instant. Certains parmi vous m’avaient fait part de leurs souhaits pour certaines bouteilles, malheureusement comme il s’agissait des vins en plus petite quantité, je ne suis pas sur de pouvoir satisfaire tout le monde. Pour le millésime 1999, mes souhaits ont déjà été transmis à Anne GROS.

1997 Vosne-Romanée “ Les Barreaux ” 150 F/u (hfp) disp. 3
1997 Chambolle-Musigny “ La Combe d’Orveau ” 135 F/u (hfp) disp. 3

1997 Clos-Vougeot 280 F/u (hfp) disp. 6

1997 Richebourg 605 F/u (hfp) disp. 6

- Le domaine LEFLAIVE m’a fait parvenir ses tarifs en février. Attention, ce sont les vins du millésime 1998 qui sont à approcher avant les 95, 96 et 97. Sans plus de commentaires. Ce sont de grands vins mais jusqu’où voulons nous aller ?

1998 Chevalier-Montrachet 820 F/u (hfp) disp. 6
1998 Batard-Montrachet 635 F/u (hfp) disp. 6
1998 Puligny-Montrachet “ Les Pucelles ” 450 F/u (hfp) disp. 6
1998 Puligny-Montrachet “ Les Combettes ” 390 F/u (hfp) disp. 6
1998 Puligny-Montrachet “ Les Folatieres ” 385 F/u (hfp) disp. 6
1998 Puligny-Montrachet “ Clavoillon ” 295 F/u (hfp) disp. 6
1998 Puligny-Montrachet Village 210 F/u (hfp) disp. 6

- Les vins de la maison RAMONET sont rares. Nous en avons un peu tant mieux. Tout le monde se les arrache et les tarifs sont raisonnables. Comme d’habitude il n’y en aura pas pour tout le monde. Attention ce sont encore les 97.

1997 Batard-Montrachet 300 F/u (hfp) disp. 6
1997 Bienvenue-Batard-Montrachet 280 F/u (hfp) disp. 6
1997 Chassagne-Montrachet “ Les Ruchottes ” 150 F/u (hfp) disp. 12

- Toute petite allocation chez FRANCOIS JOBARD à Meursault. Comme toujours des vins recommandables entre tous.

1997 Meursault Charmes 160 F/u (hfp) disp. 6
1997 Meursault Genevrières 160 F/u (hfp) disp. 6

- Les Chinon de Charles JOGUET sont arrivés chez moi. Les 98 sont considérés comme des vins de garde, certainement à ouvrir avant les 95 et 96. Le Clos de la Dioterie présente “ harmonie, puissance et finesse ” (sic). De facon à ce que je ne me retrouve pas avec des bouteilles en trop, je vous remercie d’équilibrer au mieux vos commandes. Vous noterez que nous avons eu la chance rare de recevoir quelques bouteilles de CHINON de “ vignes franches ” (” Varennes du grand Clos “), c’est à dire un CHINON produit à partir d’un raisin issu d’une vigne non-greffée ce qui est à l’encontre des recommandations et des pratiques depuis les ravages du phylloxéra. C’est incontestablement un vin différent, peut-être plus authentique, mieux constitué que les autres cuvées, sans avoir la race de la Dioterie ou même du Chène Vert.

1998 Varennes du Grand Clos 65 F/u (Frais de port inclus) disp. 12
1998 Clos du Chêne Vert 80 F/u (Frais de port inclus) disp. 12
1998 Clos de la Dioterie 95 F/u (Frais de port inclus) disp. 9
1998 Plant direct des “Varennes du Grand Clos” 80 F/u (Frais de port inclus) disp. 4

- Enfin je vous joins le dernier tarif ZIND-HUMBRECHT à Turckheim. Vous le savez tous, ce domaine produit avec Jean-Michel DEISS, Colette FALLER, André OSTERTAG les plus grands vins d ‘Alsace et j’aurais presque la tentation d’écrire donc les plus grands vins du monde s’il n’y avait pas la Bourgogne. Bon, j’exagère un peu. Toujours est-il que les vins sont souvent fabuleux, marqués par leur cépage, leur terroir et les vignerons étonnant que sont Léonard et Olivier HUMBRECHT. Ceci dit, des méchants m’ont fait goûter un des vins du Domaine à l’aveugle (un “ Rangen ” )et je n’ai pas su le reconnaître … séquence humilité !

J’ai égaré la réservation faite par certains d’entre vous fin janvier, alors vite, à vos plumes.

Les vins réservés sont indiqués sur le tarif joint, mais vous pouvez commander d’autres crus

Nous sommes toujours en attente de quelques bouteilles non reçues de Claude PAPIN dans le millésime 1997. Soyez patient elles arrivent.

Comme d’habitude,

réponse écrite indispensable,

cette fois avant le 20 mars 2000, avec chèque joint au nom du domaine

LES PREMIERS ARRIVES SERONT LES PREMIERS SERVIS

Jean-Luc CHAGNON

La lettre des Asses de la Douelle – Nov.99

Classé dans : Textes divers — douelle @ 11:10

Chers amies et amis,

L’année recommencera bien avec l’annonce de nos prochaines dégustations. Pour les places dans le club nous ferons le point à la première dégustation.

PROCHAINES DEGUSTATIONS 1999-2000:

Le quatrième mardi tous les deux mois (janvier, mars,mai, septembre, novembre) .

Mardi 23 novembre 1999 : Grands liquoreux du monde (coordonnateur Eric TISON)

Mardi 25 janvier 2000: Côte-Rotie (coordonnateur Frédéric MESSIANT)

Mardi 28 mars 2000 : Vin jaune (coordonnateur Christophe COURTOIS)

Mardi 23 mai 2000: Pernand Vergelesses 97 (coordonnateur Jean Luc CHAGNON)

Prévisions en attente :

Vins de Toscane de Castelli et châteaux (coordonnateur Philippe DESBONNETS)

Languedoc (coordonnateur Laurent TRONCHON).

ACHATS:

Je vous propose que nous achetions quelques Cahors du CLOS DE GAMOT, excellent vin à un tarif raisonnable et qui avait fait l’unanimité de la RVF en juin dernier. Comme tout le monde le sait, les Cahors sont des vins relativement difficiles dans leur jeunesse, le cépage dominant le Cot n’y étant pas pour rien, mais lorsque l’Auxerrois domine, cas du CLOS DE GAMOT, les vins sont plus fins que puissants, sans perdre leur potentiel de vieillissement. Ils ne s’épanouissent qu’entre dix et quinze ans surpassant leurs collègues à 20 ans.

J’ai goûté récemment trois millésimes. 1992, millésime intermédiaire qui a produit des vins assez tendres qui sont maintenant à point. 1996 millésime intermédiaire à l’origine de vins biens constitués moins complexes que les 95 et donc plus rapidement accessible. 1995 est par contre le modèle d’un vin àattendre ; sa robe est sombre, presque noire, le nez est riche marqué par les fruits noirs et des arômes sauvages de garrigue. En bouche le vin est sévère difficile à percevoir, on sent la vendange bien mûre, beaucoup de longueur. C’est vraiment bon

1/2bouteille

75 cl

150 cl

1995

24 F/u

47 F/u

99 F/u

1995 (vignes centenaires)

75 F/u

155 F/u

1996

24 F/u

45 F/u

95 F/u

1992

55 F/u

Concernant les autres achats dont je vous ai parlés, je vous adresserai fin novembre les prix et les vins disponibles dans les domaines suivants :

Domaine Anne GROS (Vosne-Romanée 1997)

Domaine Michel LAFARGE (Volnay 1997)

Domaine Francois JOBARD (Meursault 1997)

Domaine Francois MIKULSKI (Meursault 1997 OU 1998)

Domaine Henri GOUGES (Nuits-Saint-Georges 1997)

Domaine du Comte ARMAND (Pommard 1997)

Domaine Philippe DELARCHE (Pernand-Vergelesses 1998)

Domaine Bertrand MAUME (Gevrey 1997)

Domaine Claude DUGAT (Gevrey 1997) sous réserve

Domaine Noël RAMONET (Chassagne-Montrachet 1997) sous réserve

Domaine Charles JOGUET (Chinon 1998)

Domaine Joëlle et Claude PAPIN (Layon 1998),

Domaine du PEGAU à Châteauneuf-du-Pape (les 1998 seront à la vente dans un an)

Pour le Domaine des Comte LAFON nous attendrons les propositions d’André

DESORMAIS pour les 1996) et il n’y aura pas de disponibilité au Domaine du Comte Georges de VOGÜE dans le millésime 1997.

NOTRE PROMENADE D’AUTOMNE C’ETAIT A CHABLIS:

Vous nous avez manqué, vous qui n’avez pu nous accompagner dans l’Yonne. Partis trop tard nous n’avons pu aller chez DAUVISSAT. Par contre le passage chez RAVENEAU a été géant. Nous avons pu goûter en compagnie de Jean-Marie RAVENEAU l’ensemble des vins du millésime 1998 en fût, des premiers Crus Chapelot et Montée de Tonnerre et surtout les Grands Crus Valmur, Blanchot et Clos. Les vins sont grandioses parvenant à faire le lien entre la particularité des vins de Chablis marqués par la minéralité et la richesse et le gras que l’on trouve dans les vins blancs de la Côte de Beaune, une subtile alchimie qui marierait Dominique LAFON, Jean-François COCHE-DURY et François JOBARD . Très étonnant donc. Malheureusement il n’y a strictement rien à vendre au Domaine. Il faut donc se rabattre sur les cavistes qui ont de petites allocations.

Malheureux et dépités (un peu) nous avons fait quelques centaines de mètres pour rejoindre DROIN. Ici 20 ha et beaucoup de vin ainsi qu’une gentille secrétaire qui nous a fait déguster l’ensemble de la production dans le millésime 1998 en répondant au mieux mais au minimum aussi à nos questions. Ceci dit les Premiers Crus et Grands Crus sont intéressants voir très intéressants, sans la complexité et la richesse des précédents. Nous avons surtout retenu les Montée de Tonnerre, Fourchaume (I’ Crus) et les Blanchot, Valmur et Clos (Grds Crus) à des prix un peu plus que raisonnables (de 70 à 125 F HFP). On est finalement rentré avec un coffre relativement bien vide. Nous essaierons de faire mieux la prochaine fois.

Et l’année prochaine ?

A bientôt

Jean-Luc CHAGNON

La lettre des Asses de la Douelle – Jan.99

Classé dans : Textes divers — douelle @ 11:08

Chers amis,

L’année pourra bien commencer avec l’annonce de nos prochaines dégustations et les achats en cours. D’autre part quelques places sont disponibles actuellement dans le club ; qu’on se le dise !

PROCHAINES DEGUSTATIONS 1999 :

Le quatrième mardi tous les deux mois (janvier, mars, mai, septembre, novembre) .

Mardi 26 janvier 1999 : ” Bourgogne quelques années plus tard, le millésime 1990 ” (coordonnateur Jean-Luc Chagnon).

Mardi 23 mars 1999 : “ Grands Coteaux du Layon 1995 et/ou 1996 ” (coordonnateur Jean-Luc Chagnon en collaboration avec André Désormais),

Mardi 27 mai 1999 : Thème à prévoir

Propositions : Zinfandel (coordonnateurs Hélène et Emmanuel Gras), Côte-Rôtie (coordonnateur Frédéric Messiant), découverte d’un cru du Beaujolais (coordonnateur Philippe Ragons), verticale du domaine Richou en Coteaux de l’Aubance (coordonnateur Jean-Luc Chagnon)

QUELQUES ACHATS :

Nous avions eu l’occasion récente de compléter nos caves avec des bourgognes du millésime 1996, da façon heureuse en tous les cas pour les plus rapides d’entre vous puisque la plupart des lots étaient épuisés dans la semaine qui a suivi l’envoi de ce courrier.

Cet envoi a pour modeste ambition de permettre à certains de se rattraper, même si nos réservations ont été parfois incomplètement honorées.

- Chez Henri GOUGES, il faut sans doute se lever maintenant de très bonne heure puisque malgré mes souhaits (exprimés dans les délais ! ), à peine 30 % de ce que nous espérions va arriver . Sans doute le millésime 1996 est-il grand, sans aucun doute les vins du domaine sont-ils terriblement bons, sans doute y a t’il la queue à la porte, mais à quoi bon être client depuis 5 ou 6 millésimes si nous ne pouvons plus obtenir de Perrières blanc (6 bouteilles l’an passé), de Clos-des-Porrets-Saint-Georges (au moins 12 bouteilles en 95), de Saint-Georges (2 en 95) et si peu de Pruliers et de Vaucrains ! Nous irons voir de plus près en février.

1996 Nuits-Saint-Georges “Les Pruliers” 133 F/u (hfp) disp. 6

1996 Nuits-Saint-Georges “Les Vaucrains” 164 F/u (hfp) disp. 4

- Au Domaine des EPENEAUX, l’inflation règne. Ici encore nous pouvons penser que nous sommes chanceux d’avoir encore quelques bouteilles tant la pression doit être forte sur Pascal MARCHAND. Il est toutefois probable que nous n’avons plus le tarif préférentiel des trois derniers milllésimes car pour vous amuser je vous rappellerais que le 88 était à 125 F et le 90 (sauf erreur) à 135 … Ceci dit n’oublions pas que le vin produit dans ce domaine est très grand mais à attendre longtemps. Le 90 gouté en 97 était complètement fermé. Toutefois je ne désespère pas de pouvoir vous présenter une belle verticale dans vingt ans ! Le club vivra-t-il encore ?

1996 Pommard “Clos des Epeneaux”   245 F/u (Frais de port inclus) disp. 15

- Au domaine MAUME, nous espérons ne pas avoir les même difficultés. Les prix sont raisonnables, les vins remarquables et Bertrand MAUME (lui aussi un homme chaleureux et accueillant) avait accepté en février dernier de nous céder quelques flacons. Comme Saint Thomas je ne crois que ce que je touche et mon plaisir hédonique ne sera vraiment complet que lorsque les nectars seront dans ma cave.

1996 Gevrey-Chambertin “ En Pallud ” 80 F/u (hfp) disp. 9

1996 Gevrey-Chambertin “ Lavaux-Saint-Jacques ” 130 F/u (hfp) disp. 9

1996 Mazis-Chambertin 200 F/u (hfp) disp. 6

- J’aime les femmes, même Anne GROS qui pourtant ne nous a rien laissé en 96. La réservation datait de novembre 1997 par écrit après avoir acheté des 94 et des 95 (quelle chance), mais le secrétariat nous a oublié et malgré la priorité sur la liste d’attente, mes prières à Sainte RITA, les alignements de fûts de Richebourg, de Clos de Vougeot (car il y en a beaucoup chez Anne GROS), rien n’y a fait, aucune bouteille, rien, pas une goutte ce ces merveilles (pour le bonheur de nos porte-monnaie). Anne GROS je vous déteste et pourtant je vous admire car vous faites de bien belles choses dans ce monde du vin où les hommes se croient souvent Princes règnants. Une chose est en tous les cas certaine, dans ce village de Vosne il est sans doute plus facile curieusement de se procurer aujourd’hui les vins de Lalou BIZE-LEROY, un seul écueil, ils sont trois fois plus chers !

Pour vous contenter quelques 1997 déjà en bouteille (nettement plus chers que les 95 et 96), un très beau millésime qui a donné des vins en petite quantité qui pourront être bus plus tôt que ceux des deux précédents millésimes.

1997 Vosne-Romanée “ Les Barreaux ” 150 F/u (hfp) disp. 3

1997 Clos-Vougeot 270 F/u (hfp) disp. 6

1997 Richebourg 595 F/u (hfp) disp. 6

- Sans doute moins de souci chez Philippe DELARCHE où nous passons au millésime 1997 (un beau millésime qu’on se le dise) sur lequel il y a déjà une très forte demande. Quelques bouteilles sont déjà mises de côté pour nous, le reste est ouvert.

Blancs :

1997 Pernand-Vergelesses 60 F/u (hfp)

1997 CORTON-CHARLEMAGNE 200 F/u (hfp)

Rouges :

1996 Pernand-Vergelesses 48 F/u (hfp)

1997 Pernand 1er cru “ Les Vergelesses ” 70 F/u (hfp)

1997 Pernand 1er cru “Ile des Vergelesses ” 85 F/u (hfp)

1997 Aloxe-Corton 90 F/u (hfp)

1997 CORTON-RENARDES 160 F/u (hfp)

- Même chez Charles JOGUET nous commençons à être contingentés. Les 97 sont bien arrivés. Ce n’est sans doute pas 96 ou 95 et alors ! Si toutes les années se ressemblaient la vie serait certainement monotone. Par le domaine les vins sont qualifiés “ d’une élégance remarquable ”, “ sa rondeur et son charme le rend complémentaire des deux précédents millésimes ”. Il nous reste à envisager un revue de la maison dans quelques mois ; Qui s’en charge ? Nous pourrions faire quelques comparaisons, avec Philippe ALLIET par exemple qui lui ne prend déjà plus de nouveaux clients ! Décidément tout se mérite !

1997 Varennes du Grand Clos 57 F/u (Frais de port inclus) disp. 9

1997 Clos du Chêne Vert 72 F/u (Frais de port inclus) disp. 6

1997 Clos de la Dioterie 87 F/u (Frais de port inclus) disp. 6

Avec Joëlle et Claude PAPIN c’est pour l’instant la lune de miel, terme bien choisi pour un domaine qui produit de si beaux vins. Dans le millésime 1996 nous avions du acheter plus de 200 bouteilles. Je doute que nous osions réitérer l’exploit en 1997 et pourtant comme en Sauternais (88, 89, 90), comme pour Mozart il s’agit bien d’une grande trilogie et dans celle-ci 1997 constiue une apothéose tant l’effort demandé pour produire certains de ces moëlleux a été grand, et surtout éprouvant pour les nerfs. Pensez, il fallut jongler entre les sautes d’humeur du temps, voir passer les remorques chargées des petits camarades lorsque l’on s’était donné comme objectif de récolter à parfaite maturité. Nous avions parcouru les vignes le 11 novembre avec Claude PAPIN et il restait alors 1/3 de la récolte sur pieds, les feuilles étaient pratiquement toutes tombées, le chenin gorgé de sucre attendait encore la volonté du maître … Finalement tout fut terminé début décembre. Maintenant précipitez vous, avec 98 nous sommes

revenus sur terre, la récolte de l’ambroisie est derrière nous.

D’autres vins non indiqués ci-dessous sont également intéressants (Savennières, Anjou blanc, Anjou village, Gamay)

1997 Coteaux du Layon Beaulieu “ Clos de la Soucherie ” 75 F/u (hfp) disp. 12

1997 Coteaux du Layon Beaulieu “ L’Anclaie ” (50cl) 80 F/u (hfp) disp. 18

1997 Coteaux du Layon Beaulieu “ Les Rouannières ” (50cl) 95 F/u (hfp) disp. 12

1997 Coteaux du Layon Rochefort “ Les Rayelles ” (50cl) 75 F/u (hfp) disp. 12

1997 Coteaux du Layon Chaume 75 F/u (hfp) disp. 12

1997 Coteaux du Layon Chaume “ Le Verger ” (50cl) 85 F/u (hfp) disp. 12

1997 Quart de Chaume (50cl) 165 F/u(hfp) disp. 24

Enfin pour les trésors (rares) de Meursault du domaine des Comtes LAFON en 1996 nous attendrons l’alllocation d’André DESORMAIS, affaire à suivre …

Jean-Luc CHAGNON

La lettre des Asses de la Douelle – Nov.98

Classé dans : Textes divers — douelle @ 11:08

Chers amis,

Afin d’affûter vos papilles, voici nos prochains rendez-vous et surtout de belles propositions d’achat de crus bourguignons.

CALENDRIER PREVISIONNEL DES DEGUSTATIONS 1998-1999 :

Le quatrième mardi tous les deux mois (janvier, mars, mai, septembre, novembre) .

Mardi 24 novembre 1998 : Sancerre (coordonnateur : Eric TISON)
Mardi 26 janvier 1999 : Thème à prévoir
Mardi 23 mars 1999 : Thème à prévoir
Mardi 27 mai 1999 : Thème à prévoir

Propositions : Zinfandel (coordonnateurs Hélène et Emmanuel Gras), Côte-Rôtie (coordonnateur Frédéric Messiant), découverte d’un cru du Beaujolais (coordonnateur Philippe Ragons), verticale du domaine Richou en Coteaux de l’Aubance (coordonnateur Jean-Luc Chagnon) “ Grands Coteaux du Layon 1995 et/ou 1996 ” (coordonnateur Jean-Luc Chagnon), “Bourgogne quelques années plus tard, le millésime 1990 ” (coordonnateur Jean-Luc Chagnon).

DE L’AVENIR DU COURRIER DE L’AMATEUR :

Vous avez remarqué que le courrier de l’amateur n’est pas paru depuis le début 1998. Plusieurs raisons l’expliquent. D’une part nous nous trouvons tous coincés, à juste titre, par nos activités et ce journal reste un chantier d’amateurs qui n’ambitionnent pas d’aller concurrencer les meilleures publications. Pourtant nous avons de nombreux atouts ; nos compétences, notre passion, notre réseau de clubs, le nombre de dégustations que nous faisons individuellement ou en groupe, les montagnes de lectures œnologiques que nous absorbons (elles sans danger direct). Alors que nous manque-t-il donc ? Deux choses simples : une coordination et un catalyseur.

Je vous livre ces réflexions qui stimuleront peut-être votre imaginaire. Si vous avez quelques idées, n’hésitez pas a en faire bénéficier le bout de table !

QUELQUES ACHATS AMBITIEUX :

Plusieurs livraisons de vins de Bourgogne dans le millésime 1996 étaient attendues pour l’automne. Voilà qu’elles sont arrivées puisque je suis même passé les prendre sur place !

Deux ou trois mots sur 1996 avant que vous ne vous relanciez dans les achats.

Pour tous les vignerons il s’agit d’un très grand millésime dans les deux couleurs (“ millésime rare avec des vins de très longue garde ” pour la RVF) même si les bourguignons détestent par dessus tout les hiérarchisations des années. Ils préfèrent leur substituer la mise en valeur de la diversité et de la personnalité que les caprices de la météo donnent à leurs crus. Toujours est-il que vous trouverez en rouge des vins riches, puissants, équilibrés, de grande garde prévisible et en blanc des vins gras et complets. Voilà pourquoi il n’y a plus rien a vendre !

Vous savez que les domaines chez qui nous sommes clients sont tous “Parkérises”, “Bettanisés”, “Coatesisés” et même mieux, “douellisés”, c’est pourquoi il ne faut pas trop hésiter car nos seules allocations sont là !

- Chez Michel LAFARGE, l’accueil est toujours aussi simple et les vins aussi bons. J’ai goûté uniquement des Volnay (Vendange sélectionnée 97 et plusieurs millésimes de Clos des Chênes (97, 96, 93)). Ils sont difficiles à percevoir dans leur jeunesse, mais l’on devine un magnifique potentiel y compris pour le 97. Le 93 était véritablement impressionnant marqué par une grande complexité aromatique et une bouche riche, équilibrée et longue. Heureux ceux qui ont acheté quelques bouteilles en 1995. Je vous rappelle que les vins du domaine sont à déguster seulement après plusieurs années de vieillissement, c’est alors qu’ils donnent leur meilleur.

1996 Volnay “Clos des Chênes” 170 F/u disp. 3

1996 Beaune “Grèves” 150 F/u disp. 6

- Même si les dégustateurs francais continuent à l’ignorer, Claude DUGAT n’a aucune difficulté à vendre rapidement l’ensemble de sa production. A cela deux raisons simples, le domaine ne fait que 3,5 ha et les dégustateurs anglo-saxons le placent toujours au pinacle (tous les vins de 96 sont côtés au dessus de 90 par Pierre-Antoine Rovani (The Wine Advocate n°118). Ces éléments expliquent un rattrapage dramatique des prix (de 40 a 75% sur un millésime !). Ceci dit nous n’achetons pas des étiquettes et les vins de 97 goûtés sur fût sont réellement des modèles d’équilibre, de délicatesse et de complexité tant aromatique que gustative, plus accessibles jeunes que les vins de Michel LAFARGE par exemple.

1996 Gevrey-Chambertin 120 F/u disp. 2

1996 Gevrey-Chambertin 1er cru 167 F/u disp. 2

1996 Gevrey-Chambertin 1er cru “Lavaux St Jacques ” 180 F/u disp. 4

- C’est vrai les prix des vins du domaine du Comte Georges de VOGÜE sont stratosphériques, il n’en reste pas moins que ce sont de véritables merveilles. Je n’ai pas goûté les 96, par contre les 97 en fût sont impressionnants, en particulier le Bonnes-Mares qui se présentait le mieux, les autres ayant été soutirés dans les jours précédents ; le Musigny tout en puissance devra se faire attendre quelques années. Dernière information, Francois Millet, le régisseur, m’a déconseillé d’ouvrir une bouteille de moins de dix ans, vous ne pourrez donc pas vérifier dans les prochains mois mes récentes impressions !

1996 Chambolle-Musigny “ Amoureuses ” 595 F/u disp. 2

1996 Bonnes-Mares 595 F/u disp. 3

- Le domaine RAMONET reste un mythe même après la disparition de Pierre RAMONET qui avait forgé l’image de la maison. La qualité et la régularité restent toujours à l’honneur. La principale surprise reste dans le contexte celle de prix plus que raisonnables pour ces crus vendus le double par certains. Malheureusement nous n’en aurons pas plus. Faites vite ! Un seul vin dégusté sur place la semaine dernière, un Chassagne-Montrachet “ Morgeot ” 1996 au bouquet floral complexe, très fin et subtile en bouche.

1996 Chassagne-Montrachet “ Les Ruchottes ” 158 F/u disp. 6

1996 Bienvenues-Batard-Montrachet 268 F/u disp. 2

1996 Batard-Montrachet 308 F/u disp. 2

- Passant en coup de vent (à l’heure !) je n’ai pu goûter les vins de Francois JOBARD cette fois-ci, mais j’en avais eu l’occasion en 97. Leur caractéristique reste la nécessaire attente prolongée avant ouverture tant ils se donnent peu dans leur jeunesse très racés, droits presque austères, dans un style totalement différent des vins de Dominique LAFON qui travaille à quelques mètres de là les même terroirs.

1996 Meursault “ Genevrières ” 188 F/u disp. 6

1996 Meursault “ Charmes ” 188 F/u disp. 6

- Nous avons eu quelques problèmes avec la réservation faite chez Anne GROS, puisque mon courrier n’avait pas été pris en compte. Toutefois Anne GROS nous a placés en priorité sur la liste d’attente (Sainte RITA priez pour nous !). Quoiqu’il en soit, voici notre quota maximum. Afin de pouvoir répondre le plus vite possible en cas d’ouvertures, pouvez-vous m’indiquer dés à présent vos souhaits.

1996 Vosne-Romanée (hors frais de port) 125 F/u disp. 6

1996 Clos-Vougeot (hors frais de port) 230 F/u disp. 6

1996 Richebourg (hors frais de port) 540 F/u disp. 6

Sont en attente pour le mois de février les vins de Nuits-Saint-Georges du domaine GOUGES (1996) déjà réservés, des Pommard du domaine du Comte ARMAND (1996), des Gevrey (1er et Grands crus 1996) du domaine MAUME et quelques bouteilles de Corton de Philippe DELARCHE à Pernand (si nous nous organisons bien après avoir raté la dernière commande) dans le millésime 1997, car il n’y a plus de 1996 depuis longtemps. Enfin pour les trésors du domaine des Comte LAFON, j’ai sollicité une petite allocation auprès d’André DESORMAIS, affaire à suivre … Je profite de ce courrier pour signaler à votre vigilance une autre réservation, en Loire cette fois-ci chez Claude PAPIN.

Jean-Luc CHAGNON

LeCourrier de l’amateur n°13

Classé dans : Textes divers — douelle @ 11:05

MARS 1997

Jean-Luc CHAGNON -Sylvain BIHAUT-Eric TISON

In : “Le Journal de Lucien”, Lille, 1909

I – Editorial :

Vous nous aviez crus définitivement disparus ….. Que nenni! nous revoilà pleins d’une énergie de bon aloi.

Pour tout dire il nous a fallu reprendre un peu notre souffle…. et au bout de ce souffle repenser la Revue. Repenser la Revue ce fut tout d’abord élargir le groupe de rédacteurs; ainsi Sylvain BIHAUT et Eric TISON ont accepté avec enthousiasme de se joindre à moi pour donner au Courrier de l’Amateur une autre dimension et sans doute plus de rigueur dans les thématiques choisies, dans la régularité, dans l’approfondissement du travail.

La première des décisions a été de renoncer au moins temporairement et dans sa forme actuelle, aux commandes

groupées qui avaient permis à nombre d’entre nous de monter leur cave. Cette décision s’explique par l’importance que prenaient les livraisons avec sur l’année plusieurs centaines de bouteilles au bas mot qui transitaient par ma cave, bouteilles destinées à des passionnés toujours plus nombreux. Comme il semblait clair pour tous qu’aucun d’entre nous n’envisageait de prendre pignon sur rue il fallut choisir et resserrer ces commandes dans le cadre de chaque club. Pourtant il faudra trouver dans l’avenir une solution pour continuer à partager nos bonnes relations avec la fine fleur des vigneron(e)s notamment parce qu’il n’est pas certain qu’à une

vingtaine nous pourrons chaque

année absorber nos réservations. Pour mémoire je rappellerai qu’en Bourgogne notamment ( Lafon, Leroy, Confuron, de Vogüe, Ramonet, Leflaive, Dugat, Gros, Maume, Gouges, Delarche, Jobart, Comte Armand, Coche Dury, etc. ) mais aussi en Alsace ( Zind-Humbrecht, Deiss, etc. ) , en Côtes-du-Rhone ( Jamet, Chave en approche, plusieurs Domaines à Chateauneuf-du-Pape, etc. en descendant sur la Provence ), en Loire (Papin, Delesvaux, Fouquet, Foreau, Joguet, etc.), nous avons des contacts très suivis avec un arrivage annuel en moyenne; Quand l’on pense qu’il fut difficile en novembre dernier de trouver des amateurs pour notre quota au Domaine Lafon alors que le Monde Entier implore pour obtenir parcimonieusement quelques flacons, on est en droit de réfléchir à des formules adaptées afin d’éviter des annulations.

La deuxième décision fut d’introduire une formule d’abonnement décision importante qui nous obligeait à passer sur un mode associatif, chose faite au travers du club des ASSES DE LA DOUELLE qui a maintenant vu le jour. Cette formule un peu contraignante aura le grand intérêt de professionnaliser la formule et de nous imposer une régularité dans les publications puisque nous prévoyons quatre numéros par an (février, mai, septembre, décembre) juste un peu moins que Robert Parker avec un volume de dégustation à peine inférieur et surtout une cotation qui finira elle aussi par s’imposer au marché….Vous trouverz donc à la fin de ce numéro un formulaire d’abonnement qui vous offrira à la fois l’adhésion au club et les numéros de l’année civile. Dés à présent, sachez que le prochain numéro sera consacré à la Bourgogne.

Vous trouverez donc à la fin de ce numéro une formule d’adhésion permettant f’entrer dans le groupe très fermé des ” ASSES DE LA DOUELLE” . Pour 150F vous bénéficierez donc de l’adhésion et de l’abonnement aux quatre numéros annuels de la revue.

Jean-Luc CHAGNON

SOMMAIRE

I – Editorial.

II – Une verticale du château de Pibarnon – Jean-Luc CHAGNON

III – Oenologie. L’équilibre acide et la stabilité des vins blancs secs – Sylvain BIHAUT.

I -Promenade chez Jean Michel DEISS- Eric TISON

Il est des vignerons chez qui l’on passe chercher du vin, et d’autres chez qui l’on va chercher la bonne parole, une vision différente du vin. Jean Michel DEISS est de cette deuxième catégorie, même s’il accepte bien volontiers de vous céder quelques uns de ses flacons enchanteurs, histoire de pouvoir vérifier tranquillement de retour chez vous si les travaux pratiques du maître sont en accord avec sa théorie ( et ils le sont ! ).

Si Jean Michel DEISS est un peu bourru, ou tout au moins ne force pas trop son personnage dans le sens d’une onctuosité de bon aloi au royaume du marketing, il a su nous faire part de ses idées en matière de viticulture au retour d’une après-midi de travail harassante dans le domaine, et l’on découvre en fait quelqu’un de charmant, mais aussi de passionné. Sa recherche du terroir va en fait dans le sens d’un souci d’identité du produit et d’un refus d’une alimentation standardisée dépassant de loin le seul exemple du vin.

Son épouse Clarisse, d’une compétence technique rare chez une femme de vigneron, possède la douceur qui manque peut être à son génie de mari, et a su nous réserver un accueil remarquable. Après une visite du chai et une mise en bouche sur les cépages mineurs ( pourquoi mineurs quand on voit ce qu’ils peuvent fournir, bien dirigés ), notre équipe de dégustateurs, dont certains moins aguerris aux longues séries, a crié grâce après une magnifique série de Riesling, alors que Clarisse DEISS s’apprêtait tranquillement à nous faire explorer le reste de la gamme. C’est elle également qui s’occupe de la partie expédition et facturation, avec une efficacité et une rigueur elles aussi de terroir.

La grande conception de Jean Michel DEISS repose sur le fait que le cépage doit se mettre au service du terroir pour en exprimer toute la potentialité. C’est ce qui fait l’intérêt et la spécificité de ces vins, et qui permet espérer à long terme surnager sur l’océan de viticulture mondiale en plein essor, car s’il est relativement facile à tout un chacun de planter les cépages alsaciens, la possession d’un terroir idéal est une autre paire de manches, comme le démontre rapidement la dégustation des essais de Riesling ( souvent navrants ) américains.

Pour un fanatique du terroir, l’Alsace est certainement un champ d’expérimentation idéal, comme la Bourgogne d’ailleurs, et tout particulièrement le secteur de Bergheim, situé dans le champ de failles de Ribeauvillé. A cet endroit, les fractures successives du terrain dans le sens nord-sud comme en transversal, puis les érosions et mouvements de terrain, sont responsables de la création de multiples parcelles de géologie très variée propice à ce type de travail. On retrouve cette démarche chez quelques autres passionnés, produisant des vins tout aussi expressifs, en la personne de Claude PAPIN dans le Layon ou de Philippe FOREAU à Vouvray.

Pour amener le cépage à exprimer le terroir, et éviter la simple expression variétale, comme le pétrole pour le Riesling ou le litchi sur le Gewurztraminer, la recette est finalement simple, et consiste à faire extraire le maximum de matières par les vignes. Simple, mais en même temps difficile, car cela suppose un travail sur le terrain beaucoup plus fatiguant et coûteux, une limitation des rendements, donc moins de vin à vendre. Dans le cas de DEISS, le fait d’avoir hérité le domaine et de n’avoir pas eu à le morceler dans la fratrie autorise cette recherche de qualité, qui n’est parfois tout simplement pas à la portée de vignerons pris à la gorge par leurs remboursements de prêts.

Ici donc les plantations se font à densité élevée, la vigne est contrainte de s’enraciner profondément par un piochage des racines en surface et un enherbement, l’amendement se résume à un peu de compost naturel, comme dans les meilleurs domaines bourguignons. Le travail est considérable, et représente 800 à 1000 h de travail manuel par Ha vigne par an. Les rendements sont contrôlés, par une taille stricte, obligeant ainsi la vigne à fournir des petits grains, avec moins de jus, mais plus de peau et de pépins, donc plus de matière dans le vin en résultant. Cela permet également d’obtenir une production saine et à maturité, ce qui gomme l’effet millésime, et permet d’obtenir une qualité constante, même dans les petites années. Quand on entend un tel discours, on pourrait fermer les yeux et se croire en Layon chez le dénommé PAPIN.

Ce travail permet de rentrer une vendange à 45-50 hectolitres à l’hectare en production normale, qui descend à 30-35 hectolitres pour la vendange tardive et à 20 hectolitres pour la sélection de grains nobles, quand on sait que la législation fixe la norme à 69 hectolitres à l’hectare pour demander la dénomination grand cru, sans compter les 20 % de PLC ( plafond limite de classement ). On comprend mieux alors la concentration des vins dégustés et l’on est près à payer un peu plus, même si les tarifs sont au demeurant fort raisonnables, pour cette qualité.

L’ensemble du domaine comprend 20 hectares répartis sur 9 communes, avec en phare les terroirs de grand cru que sont l’Altenberg de Bergheim et le Schoenenburg de Riquewihr. L’Altenberg de Bergheim correspond à un terroir de 34 hectares exposés plein sud comme cela est pratiquement la règle en grand cru, entre 230 et 260 m d’altitude, constitué de calcaires et de marnes du jurassique moyen et inférieur. DEISS exploite 3 hectares de ce sol argilo-calcaire très favorable au Riesling, mais aussi au Gewurztraminer notamment en VT et SGN. Le Schoenenburg de Riquewihr est plus étendu ( trop diront certains de par la complaisance coupable de la commission d’AOC ), 53 hectares, formé de marnes du Keuper et d’éboulis gréseux. DEISS en exploite un hectare. De niveau premier cru, l’Engelgarten, le Grasberg, le Burg et le Burlenberg sont situés sur la commune de Bergheim.

Au niveau de la cave, tous les blancs sont élevés en cuve, sauf le tokay pinot gris élevé en bois neuf pour le grand cru. Pour le pinot noir, on utilise un mélange de 30 % de bois neuf et 70 % de bois d’un vin. Les vins blancs d’Alsace se caractérisent souvent par un léger perlant correspondant à un peu de gaz résiduel, qui peut perturber certains, et il est donc recommandé de les carafer 2 heures avant dégustation pour enlever ce perlant.

A coté des vins dégustés, Jean Michel DEISS produit également une rareté, le Grand vin de l’Altenberg, qui correspond à un mélange de Riesling, Tokay Pinot gris et Gewurztraminer récoltés et pressés ensemble, et qui constitue en fait à un retour au mode de plantation historique, en même temps qu’une recherche ultime de l’expression du terroir en refusant l’expression variétale du mono-cépage. Nous n’avons pu le goûter, mais il est possible de se le procurer par la vente en primeurs que propose chaque année le domaine, occasion de réserver des bouteilles qui de par leur qualité risquent de se faire progressivement plus rares avec la renommée.

Pour la gentillesse en même temps que la rigueur technique de l’accueil, le niveau magnifique des vins, nous ne saurions que trop recommander une visite au domaine, la région se prêtant à un week end magnifique, entre les visites au Haut Koenigsberg, à Colmar, à Riquewihr où l’hôtel du Sarment d’Or allie un cadre chaleureux et une excellente table, sans omettre une visite à un de nos grands 3 étoiles, l’auberge de l’Ill à Illhaüsern.

La dégustation :

Pinot blanc 93 auxerrois, cépage différent des pinots bien que souvent associé au vrai pinot blanc. Robe or pâle à reflets verdâtres, un nez sur la poire, les fleurs blanches, léger perlant en bouche, un caractère minéral avec une bonne attaque, un vin souple et frais, de longueur correcte, légèrement réglissé en fin de bouche bien que n’ayant pas vu le bois, d’un potentiel de garde de 5 à 10 ans. Un beau vin, pour un cépage peu considéré. 15

Muscat 93, 2 g de sucre résiduel, une robe or pale avec de légers reflets doré, un nez typique de muscat, avec des notes de rose et de pêche, des composantes fumé, iodé, une note benzénique camphrée, un bon équilibre, une matière correcte. 15.5

Pinot noir 92 Burlenberg vieilles vignes, récolté sur un terroir de calcaire pressé compacté rappelant un autre terroir prestigieux, celui de Mme Lalou Bize Leroy excusez du peu, à 320 m d’altitude, avec un rendement de 40 Ht/Ha. La robe est rubis moyen frangée de notes orangées, le nez est dominé par le cassis mêlé de notes giboyeuses, mais aussi d’un discret pain d’épices . En bouche les tanins sont soyeux, la matière modérée, mais la longueur très correcte. 14.5

Pinot noir 93 Burlenberg vieilles vignes, travaillé en macération pelliculaire, sur cuve ouverte, foulé au pied. L’élevage se fait en barrique depuis 1987. La robe est plus profonde, plus jeune avec des reflets violets, le nez sur les fruits noirs, pinote comme en Bourgogne. La matière est plus importante, avec des tanins présents mais non agressifs. 15.5

Riesling 93 Engelgarten, sur un terroir de calcaires et de graves, donnant au cépage un caractère plus doux plus nuancé. Une robe or pale, un nez de foin coupé, avec des notes d’agrume de blanc de pamplemousse, évoluant sur la peau d’orange, une bonne attaque bien soutenue sur une matière bien concentrée, un vin souple et plaisant. 14

Riesling Grasberg 93, un terroir de calcaire coquillé qui porte sur sa face sud le prestigieux Altenberg, et qui donne au vin une caractéristique sur les agrumes. Or pale, un nez poivré camphré, d’agrume, une matière riche, le caractère poivré se retrouve en bouche, avec une belle longueur et de la fraîcheur. 16

Riesling Burg 92, un terroir de marnes grises, situé au bas de l’Altenberg, à flanc de coteau, plus susceptible au Botrytis mais aussi à la pourriture. La robe est or pale, le botrytis est marqué par des notes iodées, ses 15 g de sucre résiduel expliquent sa douceur en bouche, avec une matière superbe, une longueur plus que convenable et du gras. 17

Riesling Schoenenburg 92, un terroir de marnes du Keuper et de gypse avec des épandages de grès rose. La robe est or moyen, le nez est fermé avec des notes d’agrume discrètes. Le vin a le niveau d’une VT avec 25 g de sucre résiduel. Si le nez est sur la réserve actuellement, la richesse considérable en bouche ne laisse aucun doute sur la qualité du vin, avec un équilibre superbe, et une fin de bouche sur l’ananas signe de maturité. 18

Riesling Altenberg 93, terroir argilo-calcaire, une robe or moyen à reflets verdâtres. Au nez on retrouve pour une fois le caractère pétrolé du cépage mais très discret, loin du coté entêtant de certains vins. La bouche est minérale, très racée, avec un léger perlant du au fait que la bouteille vient d’être débouchée, du gras, et des notes d’agrume. 18.5

Riesling Schoenenburg 88, récolté à 18 Ht/Ha sur des vignes de 50 ans. La robe est dorée, le nez légèrement noiseté et marqué par le botrytis, la bouche minérale explose de richesse, sur l’agrume, avec en rétro-olfaction des notes d’orange et de quinquina typiques du terroir. 18

Riesling Grasberg VT 89 récolté avec 90 % de botrytis sur les vignes. La robe est d’or moyen, le nez floral sur la rose, la mandarine, l’orange écrasée. Le sucre résiduel marque la bouche sans l’empâter, supportant une matière superbe. 17.5

EricTison

Domaine Marcel DEISS

Jean Michel et Clarisse DEISS

15 route du vin

68750 BERGHEIM

Tél 89-73-63-37

II – UNE VERTICALE DU CHATEAU DE PIBARNON

Nous sommes à Bandol. En tous les cas nous croyons l’être, nous sommes à “ La Cloche ” ce et nous nous apprètons à faire une petite verticale de ce vin de Provence ce 28 janvier.

La race de Pibarnon trouve sa source dans son terroir. Les parcelles de vignes serépartissent sur les flancs d’une colline qui culmine à 300 mètres et regarde au nord les pitons de la Cadière d’Azur et du Castellet, au sud les vallées qui descendent vers la mer à Bandol et Saint-Cyr. Le vignoble est un véritable site théâtral, un vaste amphithéâtre grec remodelé à grands coups de pelleteuse et de bulldozer en terrasses formant un hémicycle, faaisant face à des parcelles organisées en restanques, mêlées à des bosquets de pins d’Alep. On peut ici discuter de l’influence de l’environnement aromatique sur un vignoble : bois, garrigues et vignes vivent en symbiose, intimement mêlés dans un patchwork pictural. D’une part, la faune est préservée dans sa complexité et participe à l’équilibre géologique du systême, d’autre part les essences aromatiques environnantes influencent à coup sûr la palette des senteurs du raisin.

Les sols par leur nature viennent renforcer l’originaliré de Pibarnon. A la faveur d’un gigantesque retournement géoloqique lors de l’émergence des Alpes, les calcires du Trias, datant de l’époque secondaire, sont venus recouvrir les terrains plus récents. La colline de Pibarnon est plus vieille de 150 millions d’années que les autres formations locales. Ducalcaire ancien, donc, riche en microfossiles, encore très actif, caillouteux, avec une matrice argilocalcaire, parfois sablonneuse. Il ne faut donc pas chercher ailleurs l’explication de la finesse aromatique et de l’élégance du grain tannique.

Autre secret du terroir, sa capacité de régulation hydrique. Les fortes pentes évacuent les excédents d’eau lors des orages estivaux. Tout le vignoble a d’ailleurs été refaçonné afin de permettre l’écoulement en empêchant les ravinements, de très astucieux bassins-tampons venant tempérer la furie des eaux. Deson côté, la roche calcaire présente en profondeur une variété qui joue le rôle d’éponge et bloque l’humidité pour le plus grand bonheur des racines profondes. La grnde sécheresse de 1989 n’a pas affectéles vignes et aucun blocage n’est venu contrarier la maturation.

Et le cépage dans tout cela me direz-vous? Justement ces conditions géologiques représentent une vraie bénédiction pour le mourvèdre qui ne s’épanouit que sous de fortes chaleurs mais avec des exigences en hulidité très importantes. Ceci explique que ce cépagepuisse être si décevant même sous un soleil de plomb et qu’il donne des vins austères et secs, sans grâce, avec des tannins trop sévères. Sauf à Bandol ! Cépage tannique trés tardif, aux raisins couverts de peaux très épaissses qui résistent aux attaques dsu botrytis, le mourvèdre est l’enfant chéri de la maison. C’est lui qui provoqua un véritable choc gustatif chez Henri de Saint-Victor, l’actuel propriétaire des lieux, coup de foudre qui lui fit acheter cette propriété difficile à exploiter avec ses 5 hectares qui bientôt par un p^rompt renfort devinrent 48 aujourd’hui. Le mourvèdre représente 90,95% des rouges après assemblage. 5% de grenache servent d’alibi, voire de faire-valoir. Les rosés seront issus pour moitié de mourvèdre, pour l’autre de cinsault ; les blancs de clairette, bourboulenc, marsanne, roussane et divers cépages locaux (relevés avec un peu de petit manseng). Les replantations proviennent de sélections massales sur la propriété. Les vignes sont conduites en gobelets, avec quatre coursons par pied. Un fil de fer permet de remonter la végétation et d’aérer les grappes. Ce systême permet de gagner quinze jours sur la maturation qui s’étale d’une parcelle à l’autre sur trois semaines. Les vignes sont plantées sur R110 ou Ruugierri 140 très heureux sur un sol calcaire. Elles sont labourées, désherbées s’il le faut. Les vendanges vertes en juillet laissent cinq grappes par pied pour atteindre un rendement de 35 à 40 hectolitres par hectare, lies comprises. Les sols reçoivent un peu de fumier pour maintenir la faune bactérienne ; les traitements sont classiques, sans antibotrytis, lesquels sont inutiles dans ce secteur climatique. Les vendanges sont manuelles sur ces pentes si raides, et le raisin est ramassé dans des caissettes.

Puis les raisins sont déversés par gravité dans des cuves après égrappage à 30-50%. La première cuve donnera la note générale. Seules les vignes de plus de dix ans ont le privilège d’élaborer le vin rouge. Les vinifications s’efffectuent à 30°C, avec possibilité de refroidir. Mais ici, on aime saigner les jus lorsque monte la tepérature et les envoyer dans une cuve plus fraîche où ils poursuivent un développement aromatique plus fin. Remis sur marc, ils apportent leur complexité. Autre particularité : Les marcs qui restent après la saignée des rosés servent de fond de cuve pour la vendange fraîche. Les cuves sont pigées tous les jours avec un remontage à l’air pendant la phase fermentaire. les cuves sont pigées tous les jours avec un remontage à l’air pendant la phase fermentaire. Les cuvaisons s’étalent jusqu’à trois semaines. Après décuvage, les malolactiques se déclenchent en foudre. Vin de presse et vin de goutte sont de nouveau assemblés. Les vins resteront en foudre pendant dix-huit mois où ils subiront des soutirages très fréquents : quatorze en tout, le mourvèdre craignant le renfermé et appréciant une bonne bouffée d’oxygène de temps en temps pour se débarasser de ses goûts animaux trop violents. Pas de bois neuf à Pibarnon, on repecte ici le style d’élevage trditioonel. Un dernier assemblage, un collage éventuel, pas de filtration, Pibarnon est mis en bouteilles en une seule fois. On pourrait s’en étonner si l’on oubliait que la sélection se fait sur la matière première et que les jeunes vignes de mourvèdre se retrouvent dans le rosé. Ce dernier est vinifié par saignée quand il est issu de mourvèdre et par pressurage lorsqu’il parvient du cinsault. Vinifié à 22-24°C, il fait sa fermentation malolactique et est mis en en bouteille en mars-avril. Le blanc, lui, subit un débourrage à froid, est vinifié longuement entre 22 et 24 degrés. Lui aussi fait sa malolactique. Des essais de macération n’ont pas été poursuivis, s’étant révélés sans intérêt à Pibarnon.

Suite dégustation des vins de Bandol

Sous ses allures de ruffi, ce cépage est vraiment un type en or. C’est vrai que s’il n’a pas assez chaud il devient apre et rugueux mais sans chaleur point de miracle et le bord de merest d’un appoint essentiel. Ilestparait-il originaire de la région de Valence en Epagne, sans que pourtant on ais aucune certitude.

C’est un cépage qui ddébourre et murit tardivement, assez vigoureux avec un port droit et une peau épaisse. Il ne devient excellent que s’il arrive à complète maturité, et il n’y parvient que dans la région de Toulon et dans le Roussillon, à condition de se contenter de modestes rendements. Tant qu’il n’est pas mur, il est rude et grossier. La palette aromatique du mourvèdre n’est pas sans rappeler celle de son voisin piémontais, le nebbiolo : violette, prune, menthe, réglisse, goudron, cuir neuf, mais avec comme) originalité, une discrète touche de

créosote.Cépage exclusif dans la région à l’ère préphylloxérique, le mourvèdre a été supplanté ensuite par des cépages hybrides et par l’aramon. Il fallut attendre 1941 pour que l’appellation soit relancée avec la création de l’A.O.C. grace aux efforts du baron Le Roy, du Docteur Roethlisberger, de Lucien Peyraud et d’Arlette Portalis. Appellation rigoriste (on pense à l’Alsace), Bando n’accorde que 40 hectolitres à l’hectare de rendement, lies comprises. Le mourvèdre doit rentrer à 50 % au moins dans le vin rouge (les bons domaines comme Pibarnon ou Pradeaux sont à au moins 80%). Le problème actuel de l’appellation est la prolifération de vins rosés, en général issus de de jeunes vignes, et dont la production représente près de 70% de la surface de l’A.O.C.. Ceci dit les deux syndicats de défense de l’appellation ont bien pris en compte cette problèmatique.

La dégustation elle-meme:

Nous avons eu la grande chance, grace à Laurent Tronchon, de pouvoir regrouper une belle palette des vins produits par le domaine dans la diversité des millésimes et des appellations:

1 – Pibarnon 95 blanc: Issu de clairette à 42% et de bourboulenc, il apporte beaucoup de fraicheur et constitue une intéressante entrée en matière. NOTE: 73,3+-6,7.

2 – Pibarnon 95 rosé: Une robe orangée, pale, claire. Un nez peu expressif, de pomme. En bouche peu complexe, une acidité pas désagréab, mais est-il plaisant? NOTE: 62,7 +- 4,-6.

3 – Pibarnon 95 rouge: Une très belle robe rouge sombre à reflets violets, suivie par un nez complexe et riche marquée par des notes de fruits noirs. La bouche est très sévère marquée par l’amertume des tannins, une acidité discrète (?) des notes de créosote et d’eucalyptus. Un vin bien jeune. NOTE: 68,6 +- 7.

4 – Pibarnon 94 rouge (100% mourvèdre): Une robe sombre, mais plus limpide que le 93. On retrouve les mèmes notes de fruits noirs, de fruits presque cuits peut-etre plus complexe. La bouche riche est plus fondue que celle des 93 et 95. Là encore un vin très complexe. NOTE: 73,8+- 5,5.

5 – Pibarnon 93 rouge (100% mourvèdre): Rouge sombre, presque noire. Le nez est voluptueux ; onretrrouve des senteurs de garrigue, d’eucalyptus, de fruits noirs. La bouche est encore sévère mais avec des tannins moins longs que ceux du 95, certes complexe et longue, on est un peu en retrait par rapport au millésime le plus récent mème si aujourd’hui il se présente mieux. NOTE : 77,9 +- 4,6.

6 – Pibarnon 1992 rouge (95% mourvèdre, 5% grenache): Une robe oins soutenue, discrètement oxydée. Notes animales et réglissées au nez. En bouche on est impressionnés par une très belle matière, riche et complexe.

NOTE : 77,9 +- 4,4.

7 – Pibarnon 1991 rouge : Robe rouge à reflets bruns. Nez très marqué par des notes animales, réglissées, poivrées, fumées. On trouve en bouche une très belle matière, pas très complexe, avec une faible acidité, déjà fondue marquée par l’eucalyptus et le laurier. Mon impression purement personnelle: bien mais tendre pour un Bandol.

NOTE: 72+-4,4.

8 – Pibarnon 1990 rouge : Robe sombre, à peine oxydée. Nez très puissant avec des aromes tertiairese. Bouche très équilibrée, fondue, complexe et longue. Un très beau vin dont le potentiel est loin d’ètre atteint. NOTE: 82 +- 7,7.

9 – Pibarnon 1989 rouge : Vin sombre et discrètement oxydé. Nez complexe, animal, balsamique, vaguement pharmaceutique dans le bon sens du terme. Matière en bouche plus fraiche ayant conservé une belle acidité, complexe et longue. Très bonne impression générale. NOTE: 84,4 +- 3,7.

10 – Pibarnon 1988 rouge: Robe plus claire, un peu oxydée. Nez très complexe, torréfié, marqué par le pruneau. En bouche, il a la malchance de passer après le 90 ce qui fait ressortir son amertume relative. Finalement une très bonne impression générale quand meme. NOTE: 79,8 +- 7.

11 – Pibarnon 1987 rouge: Une robe très sombre encore pour un milléisime de 10 ans. Le nez est très complexe, très marqué par les aromes tertiaires. L’impression en bouche aussi surprend car la complexité apparait en longueur avec des notes cacaotées et de créoosote en rétroolfaction. Très bon vin. NOTE : 79,5 +- 5.

12 – Pibarnon 1980 rouge: La dégustation s’avançant dans les millésimes, on devient un peu distraits……..On se concentre quand meme sur ce vin pour lequel on note une robe encore sombre, limpide aux beaux reflets orangés. Malheureusement le nez est un peu désagréable marqué par le bouchon. La bouche est très agréable, longue et commmence à s’épanouir. Un bon vin, pas grand mais à son apogée.

NOTE: 66,2 +-10,2. Quelques oppositions dans le groupe de dégustateurs.

Jean-Luc CHAGNON

III – OENOLOGIE. L’EQUILIBRE ACIDE ET LA STABILITE DES VINS BLANCS SECS

Deux axiomes préalables :

1° A la dégustation d’un vin blanc, on peut admettre que l’impression de puissance est corrélée à la quantité d’alcool qu’il recèle ; cependant que son gras, sa sensation moelleuse dépendent du mode de vinification et surtout d’élevage.

2° Pour qu’un vin soit plaisant en dégustation, c’est enfoncer une porte ouverte que de dire qu’il doit être riche en arômes : les arômes donnent de la grâce et procurent du plaisir en apportant l’essentiel de sa complexité au grand vin. Bien.

Mais, sans l’acidité, sans équilibre acide, la race et la structure du vin blanc ne peuvent jamais s’exprimer pleinement ; et cette nervosité nécessaire confère bien sûr une fraîcheur indispensable pour contre balancer, ici le goût boisé souvent dominant et excessif dans les vins modernes, ou bien là le feu alcoolique, qui confine très vite à la lourdeur quand le vin blanc manque d’acidité.

Les acides organiques du raisin sont au nombre de trois : l’acide citrique, toujours en très petite quantité ; l’acide malique, prépondérant dans la phase herbacée de la croissance du fruit (avant véraison) ; l’acide tartrique enfin, quasi spécifique du raisin et du vin et qui est prépondérant dans la phase de maturation du raisin (de la véraison jusqu’à la vendange).

On rappellera utilement que la véraison des fruits marque la fin de la croissance de la vigne, c’est-à-dire la date à partir de laquelle se produit une absolue polarisation de la plante pour la nutrition de ses fruits. Les raisins vont donc se mettre à grossir, se gorger de sucre tout en perdant des acides de façon presque linéaire.

Sur une parcelle, la vendange peut souvent se programmer un mois et demi après le tout départ de la véraison sur quelques grains ; mais quand tous les grains de raisin de cette parcelle ont pris le virage de la véraison, celle-ci peut habituellement être vendangée seulement un mois plus tard.

Pour l’acidité des moûts de raisin, on peut tirer de ces bases théoriques deux enseignements :

a) la quantité d’acides organiques dans le moût dépend avant toute chose de la date de vendange, avant maturité à maturité ou après maturité.

b) la proportion qualitative de chacun de ces acides dépend également d’autres facteurs. Le premier est le facteur cépage : souvent celui-ci a été adapté au climat de l’appellation, et il est facile de remarquer que sur le même terroir, dans les mêmes expositions ainsi qu’avec des conditions culturales identiques, le cépage RIESLING a toujours plus d’acidité que le cépage GEWURZTRAMINER.

L’autre variable sur la qualité des acides présents dans le vin dépend des données climatiques elles-mêmes : en effet la combustion des acides est conditionnée par les exigences respiratoires du cep pendant la maturation des raisins. Au delà de 30° de température ambiante, c’est l’acide malique qui brûle ; quant à lui, l’acide tartrique ne subit une inflexion que lorsque les températures excédent 35°.

Pour les vins français ont en déduit donc facilement et théoriquement que les moûts de raisins méridionaux sont moins acides que les autres ; que les moûts septentrionaux contiennent d’autant plus d’acide malique que l’été aura été “ froid ”, avec en corollaire la nécessité de pratiquer alors la fermentation malo-lactique.

Enfin, on peut remarquer que le taux d’acide tartrique, indispensable à la structure du vin, sera assez peu fluctuant selon les millésimes sauf les années où les jours de grosse canicule auront été assez nombreux.

Il est alors facile de comprendre que le vinificateur du sud se trouve souvent contraint de préserver l’acidité de ses vins en avançant la date des vendanges, ou bien de la corriger par une acidification “ artificielle ”. Celui du Nord au contraire est souvent tenté de réduire cette acidité : il peut le faire en pratiquant ce qu’on appelle la fermentation malo-lactique : par l’intervention naturelle de bactéries lactiques, on aboutit à une transfiguration du vin au cours de laquelle l’acide malique ( bi-acide fort) est changé en acide lactique (monoacide faible) au prix de dégagement d’un peu de gaz carbonique. De la réussite de cette fermentation, dépend le gain de finesse, c’est-à-dire l’affinement de la couleur et des arômes du vin ; et ce n’est pas facile à obtenir. Cette fermentation, qui est en réalité une réaction enzymatique catalysée par une enzyme de ces bactéries, a besoin d’un P.H. et d’une température idoine (P.H. 4 et 20 à 22°). Ces bactéries lactiques ont aussi besoin d’une nourriture spécifique en milieu réducteur, facilement constituée par les levures mortes qui viennent de terminer la fermentation alcoolique.

Deux situations peuvent inhiber totalement la F.M.L :

La présence de SO2 a ce stade de vinification, et aussi l’absence d’ensemencement bactérien préalable. C’est ainsi que la F.M.L est bien souvent impossible à réaliser dans les chais ou cuveries flambant neufs, alors qu’elle démarre spontanément dans les vieux chais ou les cuveries anciennes.

En fonction des souches de bactéries (coques ou bacilles) on constatera la seule consommation de l’acide malique à certain P.H, ou bien la consommation concomittante des sucres ou de l’acide citrique du vin. Cette dernière situation, qui est une évolution défavorable de la fermentation malo-lactique, se produit plus souvent avec les bacilles hétérofermentaires, ce qui aboutit à quelques remarques :

Sur les vins manquant d’acide tartrique et dont l’acidité de départ est insuffisante (P.H haut) cette dégradation de l’acide malique peut se produire avant la fin des fermentations alcooliques, ce qui constitue une catastrophe ; en effet les bactéries hétérofermentaires présentes dans le milieu à ce moment vont dégrader les sucres restants de la fermentation alcoolique et cela va entraîner la formation de produits secondaires néfaste et notamment la production d’acide acétique, odeur vinaigrée garantie.

Avec la même logique, la F.M.L est redoutée pour les vins blancs liquoreux, par crainte de piqûre lactique. Pourtant les doses importantes de SO 2 utilisées dans ces vinifications là, prémunissent souvent le vigneron contre un départ en fermentation malo-lactique. Certes, un vin n’est biologiquement stable que lorsque tout son acide malique est dégradé puisqu’un départ de fermentation malo-lactique peut se produire après la mise en bouteille si les conditions de vieillissement ou de conservation deviennent propices à ce départ ; mais les producteurs de liquoreux ont toujours la ressource de pratiquer une filtration du vin à la mise en bouteille, c’est-à-dire une stérilisation du vin : pas de bactérie, pas de fermentation malo-lactique.

Enfin quel que soit le type de vin, blanc rouge ou rosé, on peut encore éliminer l’importante population des bactéries qui persistent dans le vin une fois la fermentation malo-lactique terminée : à ce stade de la vinification, un léger sulfitage suffit le plus souvent à les éliminer.

Des appellations entières, telle la CHAMPAGNE, se sont préoccupées des problèmes engendrés par les déviations néfastes de la fermentation malo-lactique. Ces appellations rencontraient souvent des handicaps de conjonction qui combinent souvent des vendanges de raisins trop riches en acide malique et trop peu riches en acide tartrique (les hauts rendements !), des dilemmes quant à la dose de sulfitage des ces mouts fragiles et instables, et enfin des cuves en acier inoxydable à l’hygiène trop parfaite par rapport au bois ou au béton. Les Champenois ont donc sélectionné des bactéries favorables, notamment la souche leuconostoc oinos et en fin de fermentation alcoolique, ils inondent le vin avec ces bactéries sélectionnées afin de rationaliser la F.M.L.

Technique aidant et en boutade on remarque que le vinificateur a plus de latitude sous les hautes latitudes du Nord que sous les basses latitudes méditerranéennes, pour atteindre à l’équilibre acide de ses vins. C.Q.F.D.

Une fois cet équilibre acide obtenu, reste encore à voir si cet équilibre va se maintenir : cela pose le double problème de la tenue du vin blanc au vieillissement et forcément celui de sa stabilité. Il y a plusieurs cas de figure :

1° La bouteille contient encore de l’acide malique et sa stabilité n’est pas garantie de manière formelle, sauf si le vin a été stérilisé par une filtration à la mise en bouteille, ou stérilisé par un sulfitage à la mise. Dans un cas comme dans l’autre, il y a élimination des bactéries lactiques et pas de crainte particulière sur une reprise secondaire de fermentation : il en est ainsi de la plupart des vins de chenin de la LOIRE vinifiés de manière traditionnelle sans F.M.L. Leur longévité proverbiale est d’ailleurs assurée par une acidité tartrique elle-même conséquente, non propice à la F.M.L. (p.h. bas), longévité ponctuée encore par un sulfitage à la mise en bouteille ; certes cette pratique bloque les arômes, mais il s’agit d’un anti-oxydant spectaculaire qui commande cependant d’attendre 10 ans pour les consommer.

2° La bouteille a effectué complètement sa F.M.L. et ne contient plus d’acide malique. C’est le cas notamment de tous les blancs secs vinifiés dans le chêne à la Bourguignonne.

Le problème de stabilité ne concerne plus ici l’acide malique et il n’y a aucune crainte a priori de reprise de fermentation en bouteille : pourtant le long vieillissement de ces vins n’est assuré que si l’acide tartrique ne subit pas de précipitation en bouteille. Il s’agit d’une cristallisation qui apparaît sous forme de paillettes visibles au cul des bouchons ou au cul de la bouteille. Certains se rassurent en disant qu’après tout elle n’est jamais que la preuve d’un phénomène naturel ; mais de là à prétendre que cela ne peut en rien nuire à la qualité du vin, il y a une marge que nous ne franchirons pas :

En effet il existe 3 sels de l’acide tartrique dans les vins : le bi-tartrate de potassium, de loin le sel le plus abondant ; d’autre part le tartrate neutre de calcium ainsi que le mucate de calcium qui ne se forment vraiment qu’en cas d’apport exogène de calcium au vin (désacidifications mal conduites, utilisation de bentonite calcique, certaines filtrations sur terres ou sur plaques).

Pour ne considérer que le bi-tartrate de potassium, sa solubilité est influencée par le p.h : il est bon de rappeler que le vin cristallise plus facilement à p.h. élevé, c’est-à-dire que la baisse d’acidité du vin favorise la précipitation de l’acide tartrique et donc accélère dramatiquement la chute d’acidité et la perte d’équilibre acide du vin. On doit souvent se presser à boire un vin qui forme beaucoup de cristaux sauf s’il s’agit d’un vin de Loire qui contient encore pas mal d’acide malique.

La solubilité du bi-tartrate est sous la dépendance en fait de la température de conservation du vin et de son titre alcoolique. Cette solubilité de l’acide tartrique est minimale, c’est-à-dire que la cristallisation du bi-tartrate est maximale, pour des températures proches du point de congélation du vin. La formule qui donne à connaître ce point de congélation est celle-ci : T = – (degré alcoolique – 1)

________________

soit T = -6° pour un vin titrant 13° d’alcool. Cette solubilité de l’acide tartrique passe donc de manière linéaire d’une valeur de 4,60 g/l à 30° jusqu’une valeur proche de 0 g/l à -6° pour un vin de 13° d’alcool.

La température idéale de conservation du vin blanc (voir les caves naturelles de Champagne ou de Touraine) est par conséquent de 11°, moyen terme entre la nécessité d’éviter les températures trop froides qui feraient précipiter l’acide tartrique, et les températures trop “ chaudes ” qui accéléreraient l’oxygénation et l’oxydation des autres composants du vin, provoquant notamment la décadence tertiaire du bouquet.

Comme d’autre part, certaines régions ont naguère vendu leur âme aux diables des engrais potassiques, on comprend mieux qu’un vin issu de ces raisins riches en potassium recèle trop de ce potassium qui est le substrat indispensable de cette cristallisation de tartrate. C’est bien la raison pour laquelle certains vignerons, en désespoir de cause, ont essayé l’usage de l’acide métatartrique qui est un inhibiteur des précipitations de tartres. Mais son utilisation est délicate car il s’hydrolyse rapidement. La méthode la plus raisonnable (ô combien !) est bien d’éviter l’excès de potassium dans les sols et, naturellement, d’adopter des méthodes biologiques ou biodynamiques pour la viticulture. Mais cela, c’est une autre histoire merveilleuse et je suis fier de compter des amis dans ma chère Bourgogne qui sont les fers de Lance de ce retour à l’authenticité.

Avec cette même logique de raisonnement et sauf cas d’espèce ou exception qui confirme la règle, on comprend mieux pourquoi les vins blancs de Bourgogne 1988 auront un potentiel de garde supérieur à ceux de 1989 (année si chaude) quoique ceux-ci soient merveilleux à boire actuellement ou que les blancs 93 de Bourgogne l’emporteront au vieillissement sur ceux de 94, et facilement. Rendez-vous dans 10 ans.

Sylvain BIHAUT

Le Courrier de l’amateur n°13

Classé dans : Textes divers — douelle @ 11:03

MARS 1997

Jean-Luc CHAGNON -Sylvain BIHAUT-André DESORMAIS-Eric TISON

In : “Le Journal de Lucien”, Lille, 1909

Les terroirs en Bourgogne; Quid de la classification actuelle.

Le Terroir avec un grand T.

Dans la littérature récente.

Meursault Perrières 1992.

Grappillé pour vous.

II- Les terroirs en Bourgogne, Quid de la classification actuelle.

La volonté de classifier est certainement l’une des grandes constantes de notre civilisation du vin. Tous les vignobles ont, au cours des siècles, cherché à identifier les meilleurs vins de ceux de consommation plus courante pour reprendre une terminologie traditionnelle. Mais ceux qui nous ont précédé ont su avec sagesse individualiser le terroir ou climat avant la patte du producteur. C’est sans doute moins l’orientation de notre civilisation d’aujourd’hui.

En Bourgogne comme ailleurs a été constituée une hiérarchie dont la notoriété est sans doute beaucoup moins grande que le classement de 1855 des crus du Médoc, mais qui sans aucun doute influence très nettement le regard de l’acheteur.

Aujourd’hui, 29 climats ont droit à l’AOC grand cru de Gevrey à Chassagne. Certains villages et non des moindres ne possèdent aucun grand cru (Nuits, Meursault, Volnay, Pommard, Beaune, Auxey, Saint-Aubin etc…). D’autres en possèdent un grand nombre (Gevrey, Vosne, Morey, Chambolle, Aloxe, Pernand, Ladoix etc). On sait qu’à partir du milieu du 19ème siècle plusieurs villages ont obtenu progressivement de voir leur nom associé à la plus réputée des parcellles de vigne de leur commune. Ainsi le premier Gevrey devint-il Gevrey-Chambertin, Vosne devint Vosne-Romanée, Nuits devint Nuits-Saint-Georges et ainsi de suite. Pourtant Meursault ne devint pas Meursault-les-Perrières ou Volnay, Volnay-les-Caillerets sans doute les situations locales du moment ont elles freiné l’élan. C’est donc volontairement que nous indiquons les noms de village dans leur dénomination initiale afin de ne pas influencer le lecteur.

Au cours du même siècle plusieurs auteurs ont cherché à identifier les meilleurs climats. Bien avant les moines cisterciens de l’abbaye voisine de Citeaux qui lancèrent le vignoble avaient au coeur même des parcelles délimité celles à l’origine des meilleures cuvées notamment dans le Clos de Vougeot. En 1831 le Docteur MORELOT publie un texte devenu historique (1). S’attachant décrire chaque village de l’ensemble du département, il sera le premier à s’intéresser avec le pharmacien PAUTET à la nature des sols de plusieurs finages. A la fin de l’ouvrage (p 253) il se lance même dans la premiére hiérarchie connue des têtes de cuvées:

Commune de Gevrey: le Chambertin et le clos de Bèze.

Commune de Morey: le clos de Tart.

Commune de Chambolle: Le Musigny et les Amoureuses.

Commune de Vosnes (sic): les Romanée(*), les Richebourgs et la Tâche.

Commune de Nuits: le Saint-Georges.

Commune de Aloxe: le Corton.

Commune de Savigny: la Bataillère.

Commune de Beaune: les Fèves et les grèves.

Commune de Pommard: les Epeneaux et le clos de Cîteaux.

Commune de Vollenay (sic): les Champans et les Caillerets.

Commune de Mursault (sic): le Santenot.

Commune de Chassagne: le Morgeot.

Seul vin blanc, le Montrachet est adjoint à cette liste.

24 ans plus tard les choses ont elles changé? Jules Lavalle (encore un bon docteur ! ) publie en 1855 une étude à laquelle, on continue à se référer (2). Reprenant la terminologie du Docteur MORELOT, il classe les meilleurs vins (p162) en têtes de cuvées parmi lesquelles il faut distinguer les catégories no1 et no2, l’ensemble ètant regroupés en vins hors ligne :

VINS HORS LIGNE

tête de Cuvée no1

Commune de Vosne: Romanée Conti.

Commune de Vougeot: Clos de Vougeot.

Commune de Gevrey: Chambertin et Clos de Bèze.

Viennent ensuite:

Commune de Morey: Clos de Tart, partie des Bonnes-Mares et Lambrays.

Commune de Chanbolle: Musigny.

Commune de Vosne: Richebourg, Tâche, Romanée-Saint-Vivant (une partie seulement).

Commune de Nuits: Saint-Georges.

Commune de Aloxe: Corton (une partie seulement)

tête de Cuvée no2

Commune de Fixin: Perrière.

Commune deGevrey: Clos-Saint-Jacques, Mazy et Varoilles.

Commune de Flagey: Echézeaux.

Commune de Vosne: Beaux-Monts, Romanée-Saint-Vivant (une partie seulement)

Commune de Nuits: Boudots, Cailles, Cras, Murgers, Porrets, Pruliers, Thorey, et Vaucrains.

Commune de Premeaux: Corvées, Didiers, et Forêts.

Commune de Aloxe: Corton (une partie seulement)

Commune de Beaune: Fèves et Grèves.

Commune de Volnay: Caillerets et Champans.

Commune de Meursault: Santenot.

Commune de Puligny: Clavoillon.

Commune de Chassagne: Clos-Morgeot, Clos Saint-Jean et Clos Pitois.

Commune de Santenay: Clos-Tavannes et Noyer-Bart.

On adjoint le Montrachet sur la commune de Puligny comme seul vin blanc dans la catégorie tête de Cuvée no1. Décidément les grands vins de Chardonnay ne trouvaient pas tellement grâce aux yeux des amateurs à cette époque, quelques choses ont changé depuis.

En dehors des trois premiers terroirs indiqués qui sont placés dans cet ordre dans l’ouvrage, les autres sont indiqués par ordre alphabétique de façon à ménager les susceptibilités qui sont grandes parmi les vignerons. De toute évidence, la Romanée-Conti fait l’unanimité à l’époque ce qui ne s’est jamais démenti, de même que le Clos de Vougeot ce qui est historiquement contestable, et enfin les Chambertin dont on a jamais discuté le caractère sublime… dans des mains expertes !

Peu de temps après le comité d’agriculture de Beaune publie un petit opuscule (3) épais d’une cinquantaine de pages de très grande valeur car apportant en plus de la notion de hiérarchie l’exposé détaillé des parcelles du cadastre qui peuvent être classées en 1re, 2e ou 3e classe. Ce document est d’une rare précision préfigurant les documents de L’INAO, mais son usage en est un peu rébarbatif car il ressemble plus à un annuaire de chemin de fer qu’à un bon polar. Néanmoins on peut y noter les appréciations pour trois communes qui azujourd’hui n’ont pas les mêmes reconnaissances:

VINS DE 1re CLASSE

Commune de Nuits: Aux Boudots,

Aux Cras,

La Richemone,

Aux Chaignots (en partie),

Aux Murgers,

Les Procès,

Les Rues-de-Chaux (en partie),

Les Pruliers, La Roncière,

Les Saint-Georges,

Les Cailles,

Les Poirets,

La Perrière,

Les Poulettes,

Les Chaboeufs,

Les Vaucrains.

Commune de Aloxe: Le Corton (en partie),

Le Clos du Roi,

Les Renardes (en partie),

Les Bressandes,

Les Maréchaudes (en partie),

En Pauland (en partie),

Les Chaumes,

La vigne au Saint,

Le Meix-Lallemand,

Les Meix,

Les Combes (en partie),

Le Charlemagne (parties en 2e et3e classe!),

Les Pougets (en partie),

Les Languetttes (en partie),

Les Grèves,

Les Perrières,

Les Fiètres,

Les Chaumes de la Voierosse.

Commune de Gevrey: Le Clos de bèze, Le Chambertin.

Il y a quelque chose d’abrupt et de caricatural dans un telle présentation ; 14 climats seulement sont cités pour les presque 100 hectares de Gevrey (Les Griottes n’est même pas évoqué), 41 climats pour les 104 hectares de Morey (les quatre grands crus actuels y figurent bien en 1re classe)…. Néanmoins on peut y constater que les climats ne sont vraiment pas un tout homogène.

Lorsqu’en1892 Danguy et Aubertin publient leur ouvrage (4), bien trop méconnu d’ailleurs, ils ne s’engagent guère, se contentant de donner les doubles classsifications de Lavalle et celle du comité d’agriculture de Beaune. Sans doute le terrain est-il trop miné d’autant plus que leur livre de près de 700 pages est en réalité sponsorisé par les grands négociants et propriétaires qui ponctuent de nombreux encarts publicitaires l’énumération des villages et des terroirs.

(*)sans préciser Conti ou Saint-Vivant.

(1) Morelot, 1831, Statistique de la vigne dans le département de la Côte d’or, librairie Victor Lagier, Dijon.

(2) Lavalle, 1855, Histoire et statistique de la vigne et des grands vins de la Côte d’or, librairie Dusacq, Paris.

(3) Comité d’agriculture de Beaune, 1861, Plan statistique des vignobles produisant les grands vins de Bourgogne classés séparément pour chaque commmune de l’arrondissement de Beaune suivant le mérite des produits. Imprimerie Batault-Morot, Beaune.

(4) Danguy et Aubertin, 1892, Les grands vins de Bourgogne (la Côte-d’Or), librairie Armand, Dijon.

II Meursault Perrières 1992:

Une vieille expression bourguignonne prétend, non sans fondement, que “ le plus beau geste que puisse accomplir un être humain, c’est de verser à boire à son prochain…. ” . Cette phrase nous rapproche de la philosophie d’Homère et réjouit le coeur partageur de tout amateur contemporain de grands vins.

Le 20 mai 1995 (le temps, décidément, passe beaucoup trop vite), c’est 27 fois que ce geste auguste a été effectué par les privilégiés du cercle oenophilique de Lille (l’A.R.E.C.A.V), le grand club, livrés aux bons soins d’André Désormais pour les liquides, et d’André Duhaut pour les solides (saumon sauce champignon accompagné de son fameux gratin dauphinois ! ). Ces liquides convoités n’étaient rien moins qu’une horizontale de 27 Meursault Perrières 1992 dégustés à l’aveugle. Devant l’importance de l’évènement, le club avait invité deux ” experts” en la matière, à savoir Eric DUGARDIN et Michel BETTANE ; les quelques quatre heures (sans entracte; la relativité du temps qui s’écoule n’est pas un vain mot ! ) que nous passâmes ce jour là tous ensemble furent enchantées : tout est enchanteur dans les Bourgognes blancs et particulièrement dans les Perrières de Meursault qui offrent peut-être le meilleur rapport qualité-prix parmi les prestigieux crus blancs de la côte de Beaune; leur réputation d’excellence est ancienne et le célèbre Docteur Lavalle (cf supra) au XIX ème siècle disait d’eux :

” Ce sont des vins d’une limpidité parfaite, d’une finesse et d’un parfum exquis, se conservent sans peine trente et quarante ans. Après les ” vrais” Montrachet, je ne connais aucun vin blanc plus exquis”

Situé à l’extrème sud des crus de Meursault, entre les climats des Genèvrières et des Charmes-dessus, sur une superficie d’un peu plus de dix hectares, répartis en Perrières du dessus et Perrières du dessous (de meilleure réputation dit-on…. distinguo quelque peu subtil à l’heure actuelle!), le climat des Perrières se répartit entre 29 propriétés. Il doit son nom à une ancienne carrière exploitée en galerie et située sous la Grande Perrière; de là fut extraite au XV ème siècle la pierre de la flèche élégante du clocher de Meursault. Au centre des Perrières-Dessous, se trouve le Clos des Perrières, ceinturé par son mur d’origine de presque deux mètres de haut et fermé par un élégant portail Louis XV; il est monopole du Domaine Albert Grivault.

Les Perrières, c’est d’abord un terroir particulier: comme tous les crus de la Côte d’Or, ils naissent sur un sous-sol plus ou moins argilo-calcaire hérité de l’étage jurassique moyen qui a donné des calcaires rocheux surmontés de sols minces faits de quelques limons et surtout d’argiles de dècomposition des calcaires ; un mouvement ondulatoire du terrain, du nord au sud fait alterner successivement l’anticlinal de Gevrey à Aloxe (convexe vers le haut) qui correspond aussi à l’étage jurassique moyen, puis le synclinal deVolnay (jurassique supérieur concave) où les calcaires rocheux s’enfoncent un peu pour faire naitre des marnes rouges (typiques des rouges de Beaune). Curieusement c’est au coeur de ce synclinal du jurassique supérieur que ressortent à partir de Meursault et jusqu’à Chassagne, des affleurements du jurassique moyen qui ont entrainé plus de limons descendus, donc plus d’argiles, donc des conditions pédologiques beaucoup plus favorables au Chardonnay ; de là viennent , viennent les conditions optimales pour obtenir de grands blancs de Bourgogne. La différence de notoriété entre les 1er crus et les climats d’appellation villages est vraisemblablement liée à l’épaisseur du sol, à la proportion de limons descendus, aux facultés de dégradation de ce sol calcaire. Au niveau des Perrières, il ya moins de limons, on est plus près de la roche(30 cm de sol contre 60 cm dans les Charmes, situé juste en dessous) ; les configurations biochimiques rapprochent d’autre part les Perrières des Blagny, en raison de leur richesse commune en sels de magnésium est-ce pour autant que le magnésium doit être considéré comme l’élément déterminant de la race des Perrières et des Blagny ? probablement pas, puisque une des parcelles phare de l’appellation (les Perrières-Dessous du Domaine LAFON) recèle en plus un filon de calcite sur une épaisseur de 1 mètre… Tant d’impondérables quant à la nature du sol et du sous-som rendent un peu illusoire l’ancienne opposition entre les Perrières-Dessus et les Perrières-Dessous ; si ces dernières ont toujours joui d’une réputation supérieure, l’émergence de très grands vins du climat Perrières-Dessus (COCHE-DURY, mais aussi BOYER et FICHET) relativise d’autant la distinction entre les Dessus et dessous !

La différence de qualité, comme toujours, sera apporté par la vigne (son âge, sa sélection, son état sanitaire…) mais surtout le travail quotidien que le vigneron y apportera (la taille de la vigne, un rendement limité, un souci constant de préserver et de valoriser un terroir exceptionnel); dés lors, le Meursault-Perrières produit sera un grand vin à la fois sec et moelleux, puissant avec une certaine minéralité lui conférant parfois une certaine dureté, des arômes d’amande amère, de noisette, avec des tonalités de feuillage, de fougère, une très grande persistance en bouche, une remarquable aptitude au vieillissement…. un grand moment de dégustation en perspective!

RESULTAT DE LA DEGUSTATION DES MEURSAULT-PERRIERES 1992

1 Jean-François COCHE-DURY 18.5

2 Domaine des Comtes LAFON 18.5

3 Domaine GRIVAUT 18

4 Maison Louis JADOT 17

5 Maison Juseph DROUHIN 16.5

6 Yves BOYER 16.5

7 Clos des Perrières (Domaine GRIVAUT) 16.5

8 Domaine Guy ROULOT 16.5

9 Jean-Michel GAUNOUX 16

10 Domaine Joseph MATROT 16

11 Pierre PERRIN 15.5

12 Chateau de PULIGNY 15.5

13 Michel BOUZEREAU 15

14 Domaine Jacques PRIEUR 15

15 Domaine MICHELOT-BUISSON 15

16 Maison Antonin RODET 14.5

17 Henri MOINGEON 14.5

18 Jean-Philippe FICHET 14

19 Bernard MILLOT 14

20 Domaine POTINET-AMPEAU 14

21 Maison CHANSON père & fils 14

22 Domaine GAUFFROY Marc, Ginettte et Paulette 13.5

23 Domaine BITOUZET-PRIEUR 13.5

24 Daniel CHOUET-CLIVET 12

25 Domaine LATOUR-GIRAUD 11.5

26 Philippe BALLOT-DANCER 11

27 Pierre MOREY bouchonnée

III – Bourgogne : Terroir avec un grand T

Si une région viticole Française peut revendiquer la prévalence de la notion de terroir sur la notion de cépage, c’est bien la Bourgogne. Ce serait même une sorte de pléonasme que d’essayer de promouvoir des vins de cépage en Bourgogne, et un crime de lèse majesté que de s’essayer à élaborer un vin d’assemblage ; car l’observation millénaire des moines et des dizaines de générations successives de vignerons sur ces coteaux bénis des Dieux, a institué le terroir comme unique faire valoir de la qualité et de la typicité des Blancs et des Rouges de Côte d’Or. Cette typicité résulte de la conjonction de deux entités :

- elle est due au comportement du meilleur cépage possible sur un terroir donné, hérité de l’altération très ancienne de roches marines globalement homogènes pour toute l’appellation Bourgogne. Or, sur ce socle argilo-calcaire de l’époque jurassique qui est la base de tout le vignoble bourguignon, seuls le Pinot Noir à jus blanc et le Chardonnay donnent des mariages constamment réussis. Le Bourgogne Rouge est donc un vin monocépage à 100%, ainsi que le Bourgogne Blanc où le Chardonnay représente près de 100% des vignes d’appellation.

La question des cépages possibles étant donc évacuée, et ce depuis des siècles, il nous reste à comprendre les multiples nuances qui fondent les diverses personnalités du terroir Bourguignon :

- ces sols argilo-calcaires tous apparentés, ne sont pourtant pas univoques ; car on sait qu’ils dérivent d’argiles, de marnes, et de calcaires variés qui ont sédimenté là il y a entre 150 et 200 millions d’années au fond des mers qui recouvraient alors le paysage. Ces sédiments marins forment actuellement le sous-sol de la côte. On situe donc ces dépôts successifs pendant la longue période jurassique de l’ère secondaire, depuis le jurassique inférieur (les dépôts les plus anciens) jusqu’au jurassique supérieur, en passant par le moyen.

En fonction de cette variable chronologique, les terrains sédimentaires sont très variés : certains sont très argileux, d’autres très calcaires (bancs rocheux solides) et d’autres intermédiaires entre ces deux pôles sont marneux (la marne est une roche friable qui représente un mélange variable d’argiles et de calcaires).

A l’étude, l’étage jurassique inférieur est surtout argilo-marneux et il n’affleure que sur Gevrey et Santenay. Il fut recouvert de calcaires marneux à l’époque du jurassique moyen primitif (Meursault et surtout Puligny) puis de calcaires rocheux qu’on rencontre en Côte de Nuits et jusque Ladoix Serrigny puis qui réapparaissent à Chassagne et Santenay. Par dessus, il y eut des marnes au jurassique supérieur, qui affleurent de Pernand à Monthélie ainsi que sur l’arrière Côte de Nuits et le secteur Auxey-Saint Aubin.

Mais il serait trop simple de réduire le Terroir Bourguignon à ce gâteau de couches successives car pour considérer la tectonique, qui est l’étude morphologique de la croûte terrestre résultant de la poussée magmatique, il y eut de nombreux bouleversements tectoniques en Bourgogne. Celui qui nous occupe surtout est la surrection de la chaîne des alpes il y a soixante millions d’années et pendant trente millions d’années ; des failles de direction Nord-Sud se sont créées dans le gâteau : l’une de Dijon à Lyon dans les plateaux Bourguignons du Morvan ; l’autre, à l’Est, de Besançon à Bourg en Bresse dans les contreforts du Jura. Entre ces deux failles, la plaine de la Bresse s’est effondrée de 1000 mètres ; des cours d’eau transversaux ont eux-mêmes creusé des entailles perpendiculaires aux grandes failles et petit à petit, la nature ayant horreur du vide, cette plaine effondrée a été comblée par des apports des versants et par le résultat des longues érosions, ce qui nos donne en définitive les reliefs adoucis des versants viticoles où se développent, à l’Est et regardant l’Ouest, le vignoble du Jura, à l’Ouest et regardant vers l’Est, les pentes magiques du vignoble Bourguignon. La variété chronologique des terrains dans lesquels la faille Dijon-Lyon et les rivières secondaires ont coupé, conditionnant l’orientation globale des versants viticoles, explique donc la grande variété actuelle des sols et des profils rencontrés, et en conséquence la grande variété des vins qui en résultent,, malgré le choix “ simpliste ” des types de raisins cultivés.

Chaque Terroir Bourguignon, chaque “ climat de parcelle ” est donc défini par sa pente, sa hauteur dans la pente, autant que par la nature et la texture de son sol (pierrosité, capacités de drainage, caractéristiques de son ou de ses argiles). Le sol de chaque Terroir a lui-même des origines complexes, qui vont de l’altération lente de la roche du sous-sol, à l’amoncellement de matières apportées par le ruissellement, l’érosion, les éboulements, et (the last but not the least) des efforts permanents du vigneron pour remonter après les orages les terres descendues, ou encore nourrir sa terre à qui il prend chaque année tant d’enfants que le soleil a fécondés dans son ventre.

Il y a donc en Bourgogne, malgré deux seuls cépages de grandissime qualité, assez de failles secondaires et assez de roches légèrement dissemblables (quoique toutes argilo-calcaires) pour que la multitude des Terroirs singuliers qu’on y rencontre ait pu justifier ici une cartographie précise des parcelles, utilisée jusqu’à la cuvaison séparée des vins issus de ces parcelles.

Est-ce aujourd’hui suffisant pour définir un grand Terroir ? Et bien non, définitivement non ! Si ces notions pourtant essentielles de topographie viticole et d’influence microclimatique sont capables de jouer sur l’expression fine du Terroir, cantonner le Terroir à cela et ne vouer au sol que le rôle subalterne de support physico-chimique de la vigne, c’est commettre des erreurs réductrices qu’ont commises naguère les agronomes ; c’est en particulier nier le rôle prépondérant des organismes vivants innombrables dont l’oeuvre est de permettre à toute plante exigeante comme l’est la vigne, de tirer la quintessence d’un terroir, d’en exprimer la typicité. Pourquoi ?

Le sol est comme un être vivant composé de milliards d’êtres vivants : il provient d’un amalgame entre les multiples éléments minéraux arrachés à la roche mère et les éléments organiques de la biosphère animale et végétale qui le colonisent. En lisant sa carte d’identité, on remarque que la roche mère est par définition la mère du sol ; et ses minéraux se retrouvent dans le sol. Le climat est le père du sol, apte à modifier radicalement la nature et l’évolution du contenu organique de ce sol. Or, ce mariage du minéral et de l’organique se fait constamment dans un lit d’argiles : argile, mot sacré. Cette très large famille de roches meubles aux complexes empilements de feuillets, possède en fait une qualité agricole très variable : chaque argile est comme un garde-manger où se fixent les éléments nutritifs libérés dont la nature même varie en fonction de la surprenante surface d’échange dont disposent les feuillets de chaque argile ; ainsi la richesse particulière en manganèse de certains sols viticoles se rencontre de façon non coïncidente dans les sols aux argiles de faible surface spécifique (faible surface développée par gramme de substance). Ces sols sont le plus souvent des sols à vins blancs, donnant naissance à des vins d’une grande finesse, vins eux-mêmes riches en manganèse. Vous aurez peut-être reconnu dans cette description le grand cru Montrachet, dont l’argile ne développe même pas 180 m²/g (!) quand l’argile d’un terroir de Puligny Village développe une surface double, et quand l’argile du grand cru rouge Richebourg en développe le triple.

Race pour race, Montrachet n’est pas le seul vin au monde à être riche en manganèse ; on en retrouve aussi des teneurs élevées sur des terroirs célèbres comme la Coulée de Serrant près d’Angers, qui se définit comme le sol dont l’argile a la surface développée la plus faible à 57 m²/g : finesse, teneur en manganèse et nécessité d’une longue garde pour la révélation des qualités du vin, sont donc probablement des critères qui vont de pair et qui singularisent les terroirs de grands vins blancs racés comme Montrachet et la Coulée de Serrant par rapport aux terroirs à grands vins rouges. Pourtant, les sols respectifs de ces deux grands vins blancs ont des différences majeures d’origine : calcaires marneux pour Montrachet, vieux schistes pour la Coulée.

Il y a donc entre le monde organique et le monde minéral des capacités d’échanges en cations très variables et même probablement des types de microflores plus ou moins spécifiques des qualités d’argiles, quel que soit le terroir. Cependant, pour que ces oligo-éléments du terroir puissent être assimilés, il faut que la microflore soit assez active pour les chélater : les dernières connaissances pédologiques qu’on doit notamment à Claude Bourguignon nous apprennent que cette nécessaire chélation biologique d’un oligo-élément est incompatible avec l’emploi très vite excessif (!) des pesticides et des engrais. Et c’est un euphémisme de le dire comme cela. Un grand terroir marneux très original comme Montrachet est donc tout à fait incompatible avec la viticulture chimique si on attache de l’importance à la typicité d’un cru qui demande par exemple l’assimilation du manganèse et sa participation conséquente aux systèmes enzymatiques capables, entre autres éléments, d’exprimer la race aromatique et la structure hors pair du vin : pardonnez le raccourci scabreux mais le dégustateur exigeant se doit d’être “ raciste ” pour les grands vins de Terroir qu’il oppose ainsi au cosmopolitisme commercial des vins de cépage ; et dans ce domaine, la Bourgogne donne la leçon depuis des générations de vignerons.

Mais la leçon des Bourguignons sur le respect des terroirs avait besoin d’aller plus loin : le goût des terroirs étant en parallèle avec l’intensité de l’activité microbienne des sols, on ne s’étonnera pas d’apprendre les évidences suivantes :

- comme les vieilles vignes ont un enracinement plus profond, la rhizosphère biologique de ces vignes parvient à extraire les éléments nutritifs du terroir, à l’opposé des jeunes vignes, des porte-greffes vigoureux, des sols engraissés chimiquement où la rhizosphère favorise les goûts de cépage à travers un enracinement superficiel, enracinement qui est par ailleurs peu susceptible d’assurer une alimentation hydrique régulière à la plante.

Le non travail du sol de vigne, le non labour, caractéristique des vignobles désherbés chimiquement, accentue les stress hydriques néfastes qui risquent de retarder ou de bloquer la maturation du raisin ; en effet, cette viticulture “ industrielle ” bornée ne permet pas l’écoulement de l ’eau en profondeur ni l’aération et l’oxygénation des racines profondes. Elle exagère dangereusement les facteurs d’érosion naturelle constatée sur les vignes en coteaux, notamment au moment des orages. Cette viticulture polluante assassine la microfaune du sol (acariens, vers, collemboles) alors que cette faune sert de merveilleux complément aux grand terroirs pour leur garantir une aération de bon aloi, la roche calcaire fissurée du sous-sol étant l’autre facteur essentiel de cette porosité oxygénatrice.

Seule une porosité équilibrée pour l’eau et l’air, de surface comme de profondeur et sans tassement du sol, peut permettre à la microflore près de la roche mère d’assimiler pour la plante les phosphates, nitrates et autres sulfates juste nécessaires à son métabolisme, afin que les raisins se gorgent d’une sève riche;

Toutes ces réalités biologiques sont les seules garantes de la survie des sols de vigne qu’une saine tradition séculaire recommandait aux vignerons d’entretenir “ en bon père de famille ”.

A l’instar du vigneron qui la travaille, la terre de vigne ne produit des grands fruits qu’en étant économe des aliments qu’on lui fournit : à partir des innombrables éléments minéraux qu’elle a à sa disposition, une bonne terre en emmagasine une partie sous forme d’ions dans ses feuillets d’argiles et surtout demande à sa flore (de champignons) de lui fabriquer un humus stable. Il se forme alors une éponge nutritive extraordinaire pour les radicelles de la vigne, éponge qu’on appelle le complexe argilo-humique, véritable mariage de la carpe et du lapin, puisqu’un des éléments du complexe est minéral, que l’autre est organique et que tous deux sont censés avoir l’un pour l’autre une répulsion électrique (charges négatives). En réalité, leur accouplement est permis par un lien électrique solide assuré par la charge positive d’un atome ionisé de fer, lui-même stabilisé par les bases (Calcium et Magnésium) fournies par la roche mère.

Ce complexe argilo-humique stable constitue donc la réserve, le compte d’épargne de la vigne. Sur ce compte bloqué, les microbes effectuent à la demande des racines des retraits en espèces en fonction des besoins de la plante. La plus grande partie de ces retraits est assimilée pour assurer un métabolisme régulier au raisin ; très peu sera perdu par lessivage lors des pluies, à l’inverse de la fertilisation chimique qui est incapable de fournir la même nutrition au compte-gouttes, loin s’en faut.

En fait, le complexe argilo-humique stable est la seule entité physico-chimique capable de permettre la pérennité du sol, c’est-à-dire de gérer mieux le risque inhérent au sol comme à tout “ être vivant ”, le vieillissement puis la mort. Cela suppose un équilibre constant entre les éléments précurseurs : matières organiques de surface en quantité suffisante pour se transformer en humus ; bases qui viennent de la roche mère et qui sont indispensables pour stabiliser le lien représenté par le fer ionisé ; ionisation du fer elle-même conditionnée par le lent travail d’altération de la roche mère.

Mais sur un coteau de vigne, le sol varie en plus en fonction de sa situation sur la pente : sur les hauts de coteaux, généralement on est tout près de la roche calcaire ; le sol souffre parfois de chlorose par excès de calcaire dans le milieu et il y a lieu souvent de stimuler le sol par une acidification. En bas de pente, et a fortiori sur la plaine qui lui fait suite, les sols sont plus profonds, souvent trop profonds, et la désaturation en bases nécessite souvent un chaulage afin de maintenir la cohésion du sol et l’expression du terroir par une facilitation de la descente racinaire.

Le problème est grave, il est même crucial. C’est parce qu’une partie non négligeable des terroirs à vigne de la Côte d’Or avait perdu son activité biologique et courait vers une mort accélérée, que l’élite viticole a décidé un redressement salutaire et un retour à des pratiques biologiques. Dans le sillage prestigieux de domaines comme La Romanée Conti, des vignerons à la tête desquels on se doit de citer Dominique Lafon, ont fait l’effort de favoriser la création d’une structure de recherche enthousiasmante et qui regroupe aujourd’hui 84 domaines parmi les tous meilleurs de Bourgogne. Grâce au dynamisme compétent du concepteur de ce projet, qui est mon ami Cyrille Bongiraud, le G.E.S.T. qui est littéralement le Groupe d’Etude et de Suivi des

Terroirs :

- assure à chacun de ses vignerons adhérents une connaissance aussi précise que possible de l’état de ses sols de vigne par rapport au potentiel géologique de chaque terroir.

- a passé contrat avec les fermiers des environs pour la préparation, la maturation et l’épandage de composts biologiques qui entretiennent de façon personnalisée et cohérente les parcelles de ces domaines adhérents.

- va permettre prochainement un inventaire fouillé des diverses qualités d’argiles rencontrées, ce qui fera l’objet futur d’une cartographie originale des terroirs de Bourgogne.

- prêche la bonne parole du vin authentique à savoir que les grands terroirs ne s’expriment jamais qu’avec des rendements modérés programmés dès la taille de mars sur des sols à l’activité biologique sauvegardée dans leur profondeur, afin que la vigne bénéficie pleinement des éléments assimilables du sous-sol, et pour que la race de chaque terroir s’imprime sur la génétique du Pinot Noir ou du Chardonnay.

En résumé, et pour conclure, un terroir Bourguignon digne de ce nom, se lit comme un livre aux multiples pages (les feuillets d’argiles) ; sur ces pages aérées et humectées, sont imprimés les humus (acides humiques) riches d’une nutrition équilibrée fournie par un monde biologique grouillant, seul garant de la typicité exprimée du sous-sol calcaire qui a fabriqué ces livres d’argiles sacrés. Les livres qui comportent peu de pages et qui sont plus marneux, sont plus propices aux grands vins blancs ; les plus gros livres aux argiles plus développées conviennent mieux aux grands vins rouges.

Seules des pratiques culturales traditionnelles et même ancestrales respectueuses des rythmes naturels sont capables d’assurer la pérennité de ces terroirs dans leur authenticité, dans leur force d’expression.

Seuls les vignerons convertis aux méthodes biologiques en tête desquelles certains placent la biodynamie, ont les capacités de faire parler leur terroir sur des sols à l’activité biologique intense et spécifique. Avec cette nouvelle philosophie, seule pour le moment la Bourgogne a des chances de voir ses grands terroirs sauvegardés et magnifiés ; grâce à la connaissance pédologique très fine apportée par un groupement comme le G.E.S.T., toute la fine fleur des vignerons et des négociants de Bourgogne (répertoriés dans la liste ci-jointe) a adhéré à ce noble projet, à quelques rares exceptions près : manquent à l’appel notamment les Domaines Bardet-Grivault, Carillon, François Jobard, Maume.

Mon petit doigt (de l’Est) me dit qu’un G.E.S.T. Alsace est en gestation …………………. A l’heure des incertitudes sur la qualité de notre alimentation dans laquelle trônent encore trop de fruits et légumes ultra-traités ainsi que la pauvre vache folle, prions (!) pour que la fière entreprise de Cyrille Bongiraud soit enfin contagieuse à toutes les régions viticoles pour lesquelles l’idée même de terroir possède encore un sens.

Sylvain BIHAUT

Courrier de l’amateur n°15

Classé dans : Textes divers — douelle @ 11:00

OCTOBRE 1997

Sylvain BIHAUT – Jean-Luc CHAGNON – Jean-Charles GUILBEAU

Claude PAPIN – Eric TISON

In : “Le Journal de Lucien”, Lille, 1909

SOMMAIRE

I – Editorial.

II – Les motivations du vigneron en quête de l’expression ” terroir” – Claude PAPIN

III – Toscane – Ombrie : Un coeur historique de l’Italie, culturel et viticulturel – Sylvain BIHAUT

IV – Dégustations – Sylvain BIHAUT -Jean-Luc CHAGNON

V – Zinfandel – La découverte de l’Amérique – Eric TISON – Jean-Charles GUILBEAU

VI – Littérature récente – Jean-Luc CHAGNON

I – Editorial

Non au vin de collection

II – L’EXPLOITATION DE CLAUDE PAPIN OU LES MOTIVATIONS DU VIGNERON EN QUêTE DE L’EXPRESSION ” TERROIR” .

Historique de la démarche sur l’exploitation

Jusqu’en 1985 les vendanges ont été réalisées par parcelles et l’assemblage après fermentation. Lors des vendanges 1985, j’ai pu constater à la perception gustative une rupture d’harmonie du vin lors des assemblages même partiels de raisins provenant de parcelles différentes. J’ai noté parallèlement une bonne réaction de la clientèle pour une plus grande personnalisation du produit. De ce fait, j’ai été amené à rechercher les limites objectives du terroir d’une cuvée et par un affinement constant et permanent des paramètres spécifiques à chacun des terroirs.

L’évolution de mon approche a été ordonnée de la façon suivante :

- Observations géo-pédologiques de parcelles avec dégustation de raisins.

- Constatation des différences de types de maturité et de vitesse de maturité des raisins.

- Perception du climat propre à chacune des parcelles : rôle de la topographie, de l’altitude, du vent, de la proximité de l’eau.

- Adaptation progressive du travail jusqu’à la cueillette des raisins propre aux différents types de terroirs.

Le Domaine de Pierre-Bise en 1995

En 20 ans, la surface d’encépagement en Chenin, cépage blanc traditionnel de la Loire a été multipliée par 6 pour atteindre les 32 hectares répartis sur 4 sites:

- Savennières (rive droite de la Loire)

- Rochefort (rive gauche de la Loire)

- Pierre-Bise (coeur du Layon)

- Quarts de Chaume et Chaume

Soit dix cuvées différentes:

- 2 cuvées de blanc sec :

- Le ” Savennières” (sables reposants sur des schistes et Rhyolites)

- Le ” Haut de la garde” (intercalations gréseuses)

- 3 cuvées de Coteaux du Layon Beaulieu :

- Les ” Rouannières” (roche volcanique basique en début d’altération, la spilite)

- L’” Anclaie” (altération de schistes avec présence de phtanites)

- Les ” Soucheries” (Poudingues de Carbonifère, haut de carbonifère, bordure spilite)

- 1 cuvée de Coteaux du Layon Rochefort :

- Les ” Rayelles” (intercalations gréseuses)

- 3 cuvées de coteaux du Layon Chaume :

- Les ” Tétuères” (Poudingue de carbonifère, ouverture plein vent)

- L’” Ouche” (Altérite de Carbonifère, Grès et Schistes houillers)

- Le ” Verger” (Grès de Carbonifère et cinérite)

- 1 cuvée de ” Quarts de Chaume” (Poudingue de Carbonifère avec dominante de botrytisation)

Schématisation des terroirs du Domaine de Pierre-Bise (voir figure 1 et carte de maturité des raisins)

1°) Les sols développés sur Carbonifère :

Globalement situés dans le premier tiers inférieur des coteaux, ils bénéficient de par la pente et l’influence limitée du vent de l’ensoleillement optimum dans le vignoble. La profondeur du sol et son niveau d’altération plus évolué qu’ailleurs justifient, dans le cadre des spécificités climatiques du carbonifère, d’un meilleur fonctionnement du sol et de la plante. Il en découle :

- Une floraison plus homogène, voire plus précoce.

- Une précocité dans la formation des sucres.

- Une précocité dans la mise en place du botrytis et sa lenteur de passerillage.

Les conséquences sur la cueillette se traduisent par :

- Un premier passage plus précoce et une dernière trie plus tardive.

- Un nombre de tries plus important qu’ailleurs.

- Peu de volume de vendange.

Dans la stratégie, le vigneron choisira l’option terroir avec l’adéquation ” charge-sol-climat” ou l’option matière en réduisant fortement la charge, réduisant ipso facto les difficultés propres à ce terroir quant à la cueillette des raisins.

2°) Les sols développés sur Roches Volcaniques :

De par leur situation sur l’exploitation dans la partie médiane du coteau, l’ouverture d’horizon et l’orientation des pentes vont jouer un rôle déterminant dans la caractérisation du Chenin sur ” spilite” . Le sol, en tout début d’altération et de plus très sensible au stress hydrique de l’été, va fonctionner de manière très irrégulière, ce que nous retrouverons dans le développement de la plante:

- Débourrement précoce et rythme de croissance rapide.

- Floraison très hétérogène et sur une même grappe.

- Dessèchement des premières feuilles très tôt dans l’été;

Heureusement, la situation des parcelles se révèle encore très favorable à la botrytisation, tout en étant plus tardive que le Carbonifère. Le vent jouera le rôle d’amplificateur de la concentration des raisins.

Dans sa stratégie, le vigneron jouit de moins de liberté que sur les Carbonifères. Il doit parfaitement gérer l’adéquation ” charge-sol-climat” , donc l’optique terroir. a tout moment il doit faire preuve de vigilance en particulier sur :

- Le mode de taille.

- La qualité de l’ébourgeonnage.

- La date d’éclaircissage.

- Le choix de l’opportunité et de la date éventuelle du rognage.

- La date et la qualité du cueillage, avec plus de grain par grain qu’en Carbonifère, mais par contre avec un passage en moins.

- La vinification nécessairement plus lente et surtout l’élevage plus long.

Dans cette situation, le vigneron ne peut que réussir un grand vin de terroir ou ne produire qu’un vin ordinaire.

3°) Les sols développés sur schistes et phtanites:

Situés sur la partie la plus haute du plateau, les parcelles de schistes sont naturellement les plus exposées au vent. Le stade d’altération des schistes est plus avancé que celui sur les spilites, tout en restant en début d’altération avec une faible épaisseur de l’horizon arable.

C’est la zone la moins précoce du vignoble avec un meilleur fonctionnement du sol et de la plante que dans les roches volcaniques. L’hétérogénéité de la vendange se révélera plus de grappe à grappe ou d’une souche à l’autre. L’éloignement de la rivière, l’altitude et le vent expliquent la plus grande difficulté des raisins à botrytiser et avec naturellement plus de retard qu’ailleurs.

Par rapport aux deux autres familles de sol, les dates de tries seront donc décalées avec une difficulté plus grande qu’ailleurs d’achever la surmaturité des raisins.

Ainsi le climat de l’arrière saison s’imposera en tant qu’élément décisif dans la qualité et dans le type de surmaturité des raisins. Dans la stratégie du vigneron , la régulation de la charge s’imposera comme intervention majeure dans la qualité finale du vin, avec une tendance plus forte à l’expression ” terroir” qu’à l’expression ” matière”

Influences sur le vin :

1°) La pédologie :

J’ai pu constater que plus le sol a un profil Roche-mère – altération, plus le vin s’exprime comme minéral, dense, avec ouverture lente des arômes. De plus si le sol évolue vers l’altérite, le vin possède alors plus de chair, de matière, avec une intensité aromatique apparaissant plus précocement.

2°) Différents types de maturité :

Les vendanges botrytisées se révèlent, chronologiquement, les premières à libérer, dans le vin, leur intensité aromatique, avec beaucoup de fondu et de gras, le vin est alors très fin en structure. Ceux issus de vendanges passerillées s’ouvrent avec quelquefois un décalage de plus d’un an par rapport aux cuvées botrytisées jeunes, ce sont souvent des cuvées ” viriles” . Leur complexité aromatique ne s’épanouit qu’après un long élevage. Si la cuvée reflète davantage une situation ” passerillage – altération Roche-mère” , alors le vin exprime sa complexité dés sa jeunesse. L’âge de la vigne joue dans les deux cas un rôle d’amplification des différences de typicité.

3°) Influence du mode de cueillette du raisin sur la typicité du vin.

Dans notre recherche d’optimisation de la maturité, nous avons constamment retardé les dates de vendanges. Si nous sommes capables de faire mûrir et surmûrir lentement le raisin, la complexité et la finesse sont présentes, relais véritables de l’amplification de la typicité. Les vendanges par tries successives n’ont comme but que de valoriser l’expression terroir, le niveau des sucres à la récolte n’est alors qu’une conséquence de la gestion de la maturité et de la maturation.

A partir du moment où le vigneron respecte cette stratégie, deux choix se présentent à lui :

- Valoriser une quantité de maturité des raisins en isolant les tris quitte à ne pas respecter les unités de terroirs. Puisque ce qu’il gagne en matière et en ouverture, il le perd nécessairement en complexité et en lenteur d’évolution du vin.

- Rechercher une amplification de la typicité du produit en assemblant toutes les tries de l’unité de terroir, quitte à s’imposer un élevage plus long. Dans cette optique, il donne au vin suffisamment de caractères pour qu’un amateur averti puisse, à travers cet ensemble homogène et complexe, retrouver à l’aveugle l’origine et le ” climat spécifique” du vin dégusté.

Si le vin s’avère complexe et lent à s’ouvrir, la transparence terroir s’impose. Par contre si le vin est riche et rapide dans son ouverture, la nature du cépage et la qualité de la maturité sont d’avantage mises en valeur.

4°) Influence de l’élevage.

Les problèmes rencontrés en Anjou, jusqu’à aujourd’hui sur les vins élaborés dans la volonté d’exprimer leur dimension terroir, dépendent principalement d’une charge de raisins mal réglée, de dates et de tries de vendanges mal gérées et d’une mise en marché trop précoce. Le vin une fois mis en bouteilles s’ouvre en 2 temps avec une longue période de fermeture fort préjudiciable sur le plan commercial et sur l’image des vins de la région.

Avec une meilleure connaissance de spécificités propres à chacun des terroirs notamment en matière de potentiel d’ouverture aromatique des vins, il deviendra plus facile d’adapter la durée de l’élevage nécessaire à l’ouverture progressive du vin en bouteilles (fig.2).

Conséquences de la recherche terroir sur le travail du vigneron :

D’un vititulteur appliquant des recettes classiques en phytotechnie et en oenologie pour cueillir un raisin simplement mûr, nous évoluons vers un homme à la recherche d’une complexité de ses raisins liée à une complexité dans l’élaboration de leur maturation dans le respect d’une unité de terroir et avec comme but, l’amplification de l’expression de la typicité de son vin. Il va falloir pour cela rechercher des moyens toujours plus naturels d’autodéfense de la souche et de la grappe car c’est comme une fleur sauvage de montagne qu’il doit produire et non plus une plante en pot surchargée d’engrais. Chaque année, les observations s’accumulent quant au comportement des raisins dans les différents climats, sur chaque teroir. Chaque millésime devient aussi une source d’affinement et la recherche terroir devient l’oeuvre d’une vie, l’humus du vin.

La ” qualité terroir” des vins détermine le niveau d’intégration de votre vigneron à son espace, millésime après millésime, année après année. L’homme, au même titre que son vin, se manifeste alors comme l’expression de son milieu. Actuellement, une partie des amateurs de vin recherche cette adéquation entre l’homme et son vin. La conception de la cave, du caveau d’accueil des clients et la qualité des explications du vigneron doivent également être le reflet de cette transparence dans l’expression terroir intégrée par les vins. Dans un monde où tout s’accélère, le vigneron a l’opportunité et le privilège de s’affirmer en tant que racine de cette humanité au travers d’un produit aux dimensions de plus en plus culturelles.

Encore plus demain qu’aujourd’hui, nous vendrons non seulement une qualité mais surtout la personnalité d ’un produit, elle même reflet du style de travail d’un homme en adéquation avec les terroirs viticoles avec lesquels il vit.

Claude PAPIN (in ” les terroirs viticoles” , INRA, ANGERS, 1996)

III – TOSCANE – OMBRIE : UN COEUR HISTORIQUE DE L’ITALIE, CULTUREL ET VITICULTUREL

Sur un million d’hectares de terres consacrées à la vigne, l’Italie, soeur aînée de la France, porte 1/8è de tous les vignobles de la planète. L’Italie est aussi le 2è producteur mondial de raisins de table derrière la Turquie mais religion oblige, le premier producteur de vin juste devant la France (Chauvins, nous reprenons le sceptre victorieux pour la consommation de vin !).

Parmi la vingtaine de régions vinicoles italiennes, quelques unes jouissent d’une réputation qualitative notoire, et on pense spontanément au Piémont et à la Toscane. Pourtant il faut y inclure l’Ombrie : à l’heure où le feu de la terre vient de se réveiller dramatiquement en Ombrie aux alentours d’Assise et de Pérouse, assombrissant pêle-mêle la sérénité et les aspirations paysannes d’un peuple délicieux, je me dois dans cette chronique d’associer au célèbre vin toscan les meilleurs vins de l’Ombrie voisine, qui font partie intégrante de l’élite des appellations italiennes. Quant aux vins du Piémont (Barolos et Barbarescos), qui sont le pendant géographique transalpin des grands vins du Rhône, il feront l’objet d’un futur papier “ d’un des journalistes ” du courrier de l’amateur, c’est promis juré.

La législation sur les appellations italiennes étant assez récente (1963), on ne s’étonnera pas de trouver encore, même dans des régions vénérées comme la Toscane, un certain flou artistique sur la complexité des divers niveaux d’appellation, à l’instar de la complexité des encépagements des différents vins élaborés. En effet, dans l’Italie actuelle poussent comme champignons après la pluie une foultitude de vins da tavola (vins de table) qui ne sont pas soumis au contrôle de leur origine. Ces sous appellations atteignent le plus souvent des prix très nettement supérieurs aux A.O.C. les plus exigeantes qui en Italie portent le nom de D.O.C.G. (dénominazione di origine controllata e garantita) et tout ceci par le seul fait d’être produits par des viticulteurs ambitieux, avec presque toujours le concours expérimental de célèbres cépages bordelais voire bourguignons dont la demande internationale est en constante progression.

Vous imaginez bien que je ne vais pas m’appesantir que sur ces vins de table de luxe (Sassicaia Tignanello et les autres), seraient-ils très bons mais plutôt vous parler des appellations D.O.C.G. et D.O.C. qui respectent un cahier des charges d’encépagement original sur des terroirs consacrés de longue date, un peu dans l’esprit des vins de terroir que nous connaissons chez nous.

Le point qui relie ces deux régions viticoles de la Toscane et de l’Ombrie, est représenté par des convergences topographiques et géologiques de terroir, ainsi que par des cépages globalement superposables : les plus répandus en Toscane comme en Ombrie sont le Trebbiano Toscan blanc (Ugniblanc) et le Sangiovese rouge. Et si l’Ombrie se distingue un peu par certains cépages originaux, comme le Grechetto ou le Sagrantino, les nombreux cépages complémentaires du Sangiovese et du Trebbiano sont en réalité communs aux deux régions, comme sont comparables dans leur beauté, leurs collines respectives où se sont implantés les divers vignobles.

Les D.O.C.G. :

En Toscane, on relève par ordre alphabétique l’appellation Brunello Di Montalcino rouge, le Carmignano rouge, le Chianti rouge, le Vernaccia Di San Gimignano blanc, et le Vino Nobile Di Montepulciano rouge. En Ombrie les D.O.C.G. sont les Sagrantino Passito Di Montefalco (vin de paille rouge) et le Torgiano Rosso Riserva rouge.

Les D.O.C. sont accordées souvent sur les mêmes terroirs que les D.O.C.G. aux vins qui n’ont pas atteint les conditions d’élaboration exigées par la D.O.C.G., soit pour leur rendement à l’hectare soit pour la durée de l’élevage. Avec le même raisonnement mais en miroir, on retiendra que certains vins sont D.O.C.G. Riserva, c’est-à-dire avec des critères encore plus stricts sur l’élevage. Ainsi à Montalcino, et en illustration de cette gradation dans la notoriété théorique des divers vins, on remarque par exemple qu’avec le même cépage Brunello (Sangiovese Grosso = la Rolls des Sangiovese), l’appellation Rosso rouge de Montalcino promet 56 hl à l’hectare et 12 mois d’élevage en foudre : il s’agit donc d’un vin D.O.C. qui n’a pas été retenu (terroir) ou sélectionné (à la cuve) pour devenir un Brunello Di Montalcino qui s’avère être la D.O.C.G. la plus ancienne et la plus prestigieuse de Toscane et d’Italie. Ce même Brunello ne doit pas dépasser 50 hl à l’hectare et doit bénéficier lui d’un élevage de 4 ans en foudre, et même de 5 ans s’il s’agit d’un Brunello Riserva.

AU TOTAL : on dénombre 16 D.O.C. en Toscane, depuis les coteaux de Lucques jusqu’à la D.O.C. Parrina de Grosseto à l’extrême sud ; et on compte 7 D.O.C. en Ombrie, depuis les coteaux Alto Tiberini du nord jusqu’à l’ORVIETO blanc de vieille réputation, vendangé près du Lac de Bolsena au sud.

Les choses se compliquent un peu quand on considère l’extension de certaines aires de production réputées : le meilleur exemple de cette complication se rattache au vin d’Italie le plus connu dans le monde, le Chianti. La zone originelle de production qui occupe les collines séparant Florence de Sienne, revendique aujourd’hui le mention Chianti Classico (D.O.C.G.) puisque d’autres zones ont réussi à obtenir la D.O.C.G. Chianti avec des mentions d’origine géographique certes valeureuses mais de réputation moindre (Chianti Rufina, Chianti Montalbano …) et les normes de production y restent plus sévères : vins de 12° minimum pour un classico, contre 11,5° ; 12,5° minimum pour un classico Riserva contre 12° pour un Rufina Riserva par exemple … et on pourrait faire les mêmes distingos en Ombrie avec la zone d’appellation D.O.C. Orvieto “ Classico ”.

Voilà le décor posé, aux acteurs les vins d’entrer en scène désormais afin de vous donner envie de découvrir le plus original sinon le meilleur des boissons viniques de la généreuse Toscane – Ombrie.

Passons donc en revue les vins de D.O.C. ou de D.O.C.G. que j’ai dégustés avec plaisir sur place cet été 1997, ou bien qui sont recommandés par les professionnels du secteur. Pour les plus typés d’entre eux, j’évoquerai le style des vins et les possibles accords gastronomiques.

Le Carmignano D.O.C.G. rouge de la province de Florence, qui donne un vin très bouqueté dominé par la violette dont on a un bon exemple avec le Riserva le Vigné Alte du domaine “ Ambra ” (prix très convenables aux alentours de 50 Fr. la bouteille) ou avec les vins du domaine de Capezzana (chers). Cette appellation Carmignano assemble divers cépages rouges et même blancs jusqu’à 20%, à dominante de Sangiovese puis de Canaiolo noir. Il accompagne les viandes rouges.

Le Vernacchia de San Gimignano D.O.C.G. : vin blanc sec floral et amande amer élaboré avec le cépage Vernacchia, qui accompagne les entrées. On peut retenir le domaine de Ricardo Falchini (peu cher) ou celui de Giovanni Panizzi pour sa cuvée l’ultima au très bon rapport qualité prix.

Le rouge Riserva De Torgiano D.O.C.G. : récolté sur les rives du Tibre au sud de Perouse, vieilli obligatoirement pendant 3 ans, à base de Sangiovese et un peu de canaiolo, vin assez puissant qui peut convenir aux gibiers à poil, de prix moyen à la cave de Giorgio Lungarotti.

Les Chianti D.O.C.G. : Chianti des coteaux de Sienne (Château Farnetella à Sinalunga) ;

Chianti des coteaux de Florence du domaine Corzano et Paterno à ” San Casciano Val Di Pesa “

(deux propriétés aux vins peu chers) ; Chianti Rufina, surtout le fameux Riserva Vigneto Bucerchiale du domaine Selvapiana à Rufina (prix moyen).

Les Chianti “ Classico ” : 70 000 hectares au total dont on peut mettre en exergue pour leur rubis éclatant et leurs arômes de violettes, les domaines qui produisent des vins de belle qualité pour des prix convenables, à savoir celui du Marquis Antinori à Florence pour sa réserve du domaine, le domaine Di Felcina à Castelnuovo Berardenga de Giuseppe Poggiali, ou encore le domaine Il Poggiolino de Carlo Pacini à Tavarnelle. Tous ces Chianti de belle origine, qu’ils soient Classico de Rufina ou d’ailleurs, sont plutôt des vins de gibiers.

Le Sagrantino de Montelfalco : au cépage presque exclusif de la région de Pérouse – Terni, vin rouge doux aux arômes envoûtants de mûres, dont le roi est incontestablement Arnaldo Caprai chez qui on recherchera fébrilement la Riserva 94 (chère) qu’on boira seule pour elle-même.

Restent les deux appellations rouges D.O.C.G. les plus prestigieuses de la région, qui se distinguent des autres D.O.C.G. par leurs prix plus élevés, surtout pour les Riserva de Montalcino, et aussi par leur aptitude commune à une longue garde sans faille.

Le premier, le Vino Nobile de Montepulciano reste un vin d’assemblage où domine bien sûr le Sangiovese dont la variété locale de grande finesse prend le nom de Prugnolo Gentile. Il représente 2/3 de l’encépagement, en mélange avec 10 à 20% de Canaiolo noir, 5% de Mammolo Fino très aromatique et, un peu comme sur la côte blonde de Côte rôtie en France, 10 à 20% de Trebbiano blanc. Les bons “ Nobile ” sont des vins à la fois rigoureux et subtils, sauvages et cependant policés de vanille : à retenir les domaines Avignonési, Cotarella Dei, Poliziano, Salcheto (le rapport qualité prix !) ou encore les vins de Valdipiatta ou de Villa Sant’Anna. Le Vino Nobile est un vin de rôti ou de gibiers.

Vin de gibiers également le célèbre Brunello De Montalcino qui représente l’appellation phare de Toscane : sur les mêmes sols argileux très calcaires, les meilleurs vins expriment la race du Sangiovese Grosso qu’on nomme ici le Brunello. C’est grâce à Monsieur Biondi Santi il y a un siècle, que le Brunello est devenu le cépage exclusif de l’appellation en raison de son aptitude meilleure à résister aux ravages passés du Phylloxera ; et tout le mérite de cette observation judicieuse en revient à Monsieur Biondi Santi : le Brunello venait de trouver son terroir de prédilection et c’est donc tout naturellement après avoir été D.O.C. en 1966 qu’il devint le premier vin de Toscane à bénéficier de la nouvelle réglementation D.O.C.G. en novembre 1980. Velouté et carrure des vins sont au programme sur une dominante de violettes et de sous-bois. On peut citer pêle-mêle même si leurs productions sont souvent chères voire très chères pour les Riserva de vignes sélectionnées : Vincenzo Abbruzzese, les domaines Capanna, Casanova Di Neri, Case Basse, Castelgiocondo du Marquis Frescobaldi, Col D’Orcia, Fuligni, Il Poggione, La Gerla, La Torre (abordable !), Mastrojanni, Siro Pacenti, Vasco Sassetti, Pier Luigi Talenti et enfin les domaines Di Sesta et Val Di Suga.

On ne manquera pas de remarquer que la majorité de ces “ propriétés pilotes ” de l’appellation Brunello sont conseillées par des œnologues qui font réellement autorité, particulièrement Maurizio Castelli et Paolo Vagaggini ; Ceci pour rappeler que si le Sangiovese Grosso est un grand raisin, si Montalcino est un grand terroir, il faut toujours des hommes de talent pour faire l’accouchement de grands vins.

Dans l’ombre de ces D.O.C.G., vivent aussi quelques D.O.C. intéressantes, parfois situées sur les mêmes terroirs, à l’image des Rosso de Montalcino ou de Monte Pulciano, correspondant à des vins qui se sont vus refuser le Label Brunello ou Vino Nobile. Ce sont cependant des vins rouges souvent d’un étonnant rapport qualité prix comme au domaine Poliziano à Monte Pulciano et Abbruzzese ou Giuseppe Gorelli à Montalcino.

Les autres D.O.C. les plus représentatives me paraissent être :

En Ombrie, l’Orvieto, le plus souvent vinifié en sec aujourd’hui alors qu’il eut son heure de gloire jadis comme vin moelleux : le raisin Grechetto à l’arôme de noix et l’aromatique malvoisie faisaient sa puissante douceur mais à présent on élabore un vin plus technique à dominante de Trebbiano, qui reste pourtant équilibré dans sa version Orvieto Classico, avec des vins très bons au domaine Palazzone de Giovanni Dubini à Rocca Ripesena, hameau à l’ouest d’orvieto. D’ailleurs, grâce au talent de l’œnologue Ricardo Cotarella, tous les vins du domaine sont magistraux.

En Ombrie encore le Sagrantino rouge, récolté entre Pérouse et Terni, évoque un peu comme sa version vin de paille D.O.C.G. de Montefalco, le nez de mûre sur une bonne charpente un peu amère. En Toscane : , on citera le Moscadello de MONTALCINO à base de muscat blanc, vin de grande finesse quand il n’est pas vendangé trop tardivement. Le blanc sec Bianco Vergine Della Valdichiana : à base de Trebbiano complété par la malvoisie du Chianti, cépage qui donne des notes d’amande et des notes musquées corpulentes qui font la persistance et l’originalité de ce vin malheureusement en perte de vitesse. En rouge, apprécions la D.O.C. Morellino Di Scansano : vin rouge élaboré dans le sud Toscan, précisément dans la région de Grossetto : vin corsé, épicé avec en bouche une bonne longueur de fruits des bois (domaine le Pupille à Magliano et surtout Moris Farms à Massa Maritima).

Citons encore les rouges corsés et fruités des coteaux de Lucques : (domaine Colle Verde à Capannori). Ou encore le vin de très vieille renommée qui fut un des préférés du pape Paul III Farnese à savoir le D.O.C. Montecarlo (région de Lucques également), vin à la fois rouge et blanc, très vineux pour le premier, délicat et complexe pour le second, où l’on retrouve à côté de l’indéracinable Trebbiano des cépages réputés comme le Semillon, le Vermentino, la Roussanne, ou les Pinots blancs et gris (domaine Carmignani à Montecarlo).

Pourtant en dépit de toutes ces appellations, de tous ces vins originaux et consacrés, la mode en Italie est aux simples vins de table de prestige (! ?), élevés le plus souvent en petites barriques de chêne neuf et faisant appel aux stars mondiales du marketing cépagier : Merlot, Cabernet Sauvignon, Chardonnay, Syrah voire Pinot noir ; la plupart d’entre eux pourrait damer le pion à leurs homologues français, tels le Cabernet de Sassicaia à Bolgheri, mais aussi le Merlot de Tua Rita à Suvereto (région de Livourne) ou encore le Merlot et le Pinot noir du Château Di Ama à Gaiole in Chianti … mais ils sont souvent proposés à des prix dissuasifs.

Il me paraît plus remarquable de relever ceux des vins de table Toscans et Ombriens qui recherchent réellement une originalité en fonction de leur terroir respectif : Pour les rouges allons donc goûter au vin marin de Poggio Ciliegio du domaine Rascioni et Cecconello à Orbetello (extrême sud de Grossetto), élaboré à partir du seul cépage Ciliegolo et qui a presque le charme envoûtant d’un grand Pinot noir avec ses arômes profonds de cerise. Ou bien encore, pour les amateurs de vins ressemblant aux grands Bordeaux, signalons le très structuré et très “ Bordelisant ” Rubino (Cabernet Sauvignon et Merlot) du domaine La Palazzola à Vascigliano dans le sud Ombrien, dont le prix reste très correct. En ce qui concerne les blancs, saluons de nouveau le Grechetto de Todi quand il s’associe pour 1/5è avec le Chardonnay pour faire le vin d’Ombrie excellent (quoique cher) qui est étiqueté Cervaro du Château Della Sala à Ficulle.

Quant aux vins à vocation moelleuse ou liquoreuse, on peut goûter par curiosité le Vino Santo de certaines appellations, littéralement “ vin pour les saints ”. Ce sont des vins passerillés de Trebbiano et de malvoisie, traités à la Jurassienne ou comme le Xérès espagnol : ils ont la couleur et le goût du brou de noix, et ils sont le plus souvent bien loin du niveau qualitatif atteint par le vin de table de pourriture noble du cépage Sauvignon obtenu par Giovanni Dubini à ORVIETO, qu’il ne cède malheureusement que contre des dizaines et des dizaines de milliers de lires.

Au moment où se termine ce passage en revue des grands vins de l’Italie centrale, vous avez peut être comme moi à l’esprit la prévention qu’on a eu naguère en France, et qu’on a toujours en réalité, contre les vins italiens servis dans la quasi totalité des pizzerias de l’hexagone, où nous avons presque tous fait la première amère approche du vin italien à travers la fiasque traditionnelle de Chianti. Dans ces restaurants qui n’en sont pas toujours, on peut c’est vrai avoir très vite le réflexe analogique fiasque = fiasco.

De la même façon que les portugais nous ont longtemps réservé leurs Portos médiocres, les italiens nous ont abreuvé de leurs mauvais Chiantis. Et ce fleuve de médiocrité a aussi coïncidé avec le démantèlement politique du système ancestral de métayage italien (la Mezzadria), provoquant dans les années 60 l’abandon de la polyculture viticole en Toscane au profit de la plantation anarchique et extensive de vignes qui n’auraient jamais dû bénéficier de l’appellation Chianti, qui était noble depuis un siècle. La création récente des D.O.C.G. en Italie, se propose donc de résoudre ce dilemme par un effort qualitatif louable. Puisse seulement le consommateur français moyen exiger dorénavant autre chose qu’un Ersatz de vin italien dans les restaurants italiens de notre pays : c’est un autre défi à relever !

Alors, la terre vient certes de trembler, de tuer en Ombrie, mais les bons vins italiens sont en marche irrésistible et nous rassurent : allons vite ou retournons vite en Toscane – Ombrie malgré ces menaces terribles sur l’écroulement des édifices. Conjurons justement le vilain sort et rendons nous tous en pèlerinage ému sur ces terres sacrées, afin que la civilisation latine du grand vin, celle qui nous porte, ne s’écroule pas elle-même.

Sylvain BIHAUT.

III – DEGUSTATIONS: Sylvain BIHAUT (SB) – Jean-Luc CHAGNON (JLC)

Cette chronique se propose de vous fournir des conseils avisés pour vos achats ou vos choix de vins au restaurant, à partir de vins , tous dégustés par nos soins dans les mois précédents, le plus souvent à “ l’aveugle ” ; ces vins nous ont paru marquants, soit par leur excellence, soit par leur médiocrité. Bien entendu nous ne prétendons pas ici à la “ veritas in vino ”, et votre libre arbitre doit encore s’exercer à partir de cette sélection. En particulier, quand un échantillon nous aura déçu, on pourra toujours espérer que ce défaut ou ce déficit n’affecte qu’une cuvée, qu’une bouteille, ou encore qu’il est du à de mauvises conditions de stockage.

Ils sont répertoriés par ordre chronologique de dégustation et non pas selon un quelconque ordre de notoriété, préférence ou défiance.

A REJETER (SB)

- Chateau Grand-Puy-Ducasse 1986 (Pauillac) :Sans fruit et sans race.

- Vosne-Romanée les Chaumes et Vosne-Romanée La Grande-Rue 1992 de Lamarche :dominés par l’alcool, maquillés, indignes de leur origine.

- Meursault Blanc village 1993 (Joseph Matrot):manque de tout.

- Chassagne-Montrachet Blanc La Romanée 1993 (Ballot-Millot) :très boisé, sans équkibre.

- Chassagne-Montrachet Blanc Les vergers 1993 (Michel Colin) rond et souple. Peu de relief.

- Santenay Rouge Clos Faubard 1993 (Lucien Muzard)dur, sans Grâce. Tannins rustiques.

A RECHERCHER (SB)

- Château Clerc-Milon 1986 (pauillac):équilibre souverain, longueur et jeunesse.

- Richebourg 1992 (Méo-Camuzet)fruité grandiose et pur, boisé intégré.

- Château La Conseillante 1975 (Pomerol)velouté et complexe. Rachète ce millésime tant sujet à controverses.

- Mas Jullien Les Cailloutis Rouge 1990 (Coteaux du Languedoc d’Olivier Jullien)complet et subtil. Rapport qualité-prix indicible.

- Meursault Blanc Les Rougeots 1993 (Jean-François Coche-Dury) noisetté, suave, très “ chat ”.

- Meursault Blanc Clos de la Barre 1993 (Dominique Lafon) race et finesse. Grand potentiel.

- Chassagne-Montrachet Blanc Les Caillerets 1993 (Jean-Noêl Gagnard) puissant et long, fruité.

- Vouvray sec 1992 (Philippe Foreau) rond et puissant, tonique.

- Domaine St Jean rouge 1990 ( Vin de pays du VAR à St Jean de Villecroze) pur Cabernet Sauvignon ; intense, velouté. La découverte qui fait un peu penser au médocain Château de Potensac (peut-être en mieux).

- Riesling Sommerberg 1991 (Albert Boxler) délicat, racé et rhénan (et rassérénant ! )

A REJETER (JLC)

- Saumur-Champigny Clos-Rougeard ” Les Poyeux” 1993 sec, manquant de chair (et de terroir ?) ; trop de bois ?

- Jurançon La Quintessence 1993 (Bru-Baché) richesse, mais déjà évolué, trop souffré à la mise ?

- Nuits-Saint-Georges ” les Vaucrains” 1987 (Georges Chicotot) dix ans aprés ne permet toujours pas d’avoir une réponse certaine sur la qualité du domaine.

- Château Filhot 1986 (Sauternes) bien fait, sans plus, manque de ce supplément d’âme des grands Sauternes.

A RECHERCHER (JLC)

- Echezeaux 1992 (Dom. Laurent) fruit, terroir, complexité, belle concentration malgré le millésime

- Château Meyney 1986 (Saint-Estèphe) beaucoup de jeunesse, de fruit, de complexité et de race.

- Riesling Rosacker 1989 (Mittnacht-Klack) commence à se donner, pétrole, très belle expression du terroir calcaire

- Anjou Gamay 1995 (Claude Papin) beaucoup de matière, longueur, ” pinote” , rapport qualité-prix imbattable (39 F)

- Côte du Rhone Rasteau cuvée prestige 1995 (Domaine de la Soumade) grande matière et puissance sont au rendez-vous, sans le maquillage du bois (en reste-t-il encore ?)

- Côte du Rhone Rasteau cuvée confiance 1995 (Domaine de la Soumade) la même chose, la complexité, l’âge des vignes, la race en plus, extraordinaire rapport qualité/prix (75F)

- Nuits-Saint-Georges ” les Saint-Georges” 1988 (Georges Chicotot) en ½ bouteille contrairement à la bouteille du même domaine citée plus haut, laisse augurer une belle évolution même si l’on peut regretter un petit manque de concentration, mais la race est au rendez-vous.

V – ZINFANDEL – LA DECOUVERTE DE L’AMERIQUE

Historique du Zinfandel :

Son origine dérive a priori du Primitivo des pouilles encore connu sous le nom de Plavac mali en Dalmatie. Il serait arrivé avec les émigrants européens, on en retrouve trace vers 1820 à Boston et vers 1860 en Californie où il remplace le cépage mission utilisé jusque là. Très apprécié par les émigrés européens, le Zinfandel couvrait 40 % du vignoble. Il va ensuite connaître une période de déclin. Dans les années 60 et 70, du fait de la vogue des Bordeaux, il est quasiment abandonné. Vers 80 le cépage est réutilisé pour la production de vin blanc ( blanc de noir ), puis vers 85 de nouveaux essais de vinification en rouge sont entrepris. La maison Ridge fondée en 1959 à joué un rôle majeur dans la recherche des anciennes variétés de Zinfandel encore présentes lors du redémarrage de ce cépage. Le Zinfandel connaît ensuite un renouveau important et même explosif, puisqu’il est actuellement le cépage rouge le plus planté aux USA ( 18000 ha ) devant le Cabernet Sauvignon ( 16000 ha ) et le Merlot ( 13000 ha ).

Le cépage Zinfandel :

Il a longtemps été utilisé pour produire un blush wine, à mis chemin entre le blanc et le rosé, avec du sucre résiduel, sans grand intérêt, avant d’être redécouvert comme un grand cépage rouge et bien vinifié depuis. Parmi les problèmes de viticulture liés à ce cépage, il faut noter sa tendance à des degrés de maturité très variables des grains de raisin sur une même grappe, nécessitant de récolter le raisin assez tardivement pour obtenir une bonne maturité homogène, mais pas trop tard pour éviter un dessèchement des grains avec des goûts raisinés et une perte d’acidité donc une moins bonne tenue au vieillissement. De par sa teneur élevée en sucres, il s’agit d’un vin riche, en général entre 14 et 16°, donc prudence. De gros rendements sont possibles avec ce cépage, qu’il faut donc savoir limiter si on veut la qualité. Des rendements de 7.5 t/ha sont communs, mais pour les meilleurs on se situe vers 1.25 à 2.5 t/ha. Un facteur qualitatif important est le caractère souvent âgé des vignes de par l’ancienneté du cépage, volontiers planté en vigne franche, des vignes de 60 à 80 ans voire 100 ans étant classiques sinon communes.

Le cépage peut se prêter à tous les types de vinifications en blanc, rosé, rouge, mousseux, ou de style Porto, mais c’est vinifié en rouge qu’il donne le meilleur de lui même et qu’il présente un réel intérêt. Ses caractéristiques aromatiques comportent la cerise, la framboise, la prune, le cassis, des notes épicées et poivrées, de la sauge et des composantes herbacées. En général les tanins ne sont pas agressifs et ce vin se boit bien dès le jeune âge. En vieillissant, il a tendance à perdre de sa richesse de fruit pour évoluer vers des notes de terre, de sauge, de goudron. Il peut vieillir, atteignant pour certains son optimum entre 6 et 10 ans, des bouteilles de 20 ans ayant été trouvées très correctes en dégustation. La

tendance américaine est toutefois de le boire jeune pour le plaisir du fruit. Si l’on souhaite le garder, mieux vaut choisir un style pas trop surmuri avec assez d’acidité, le rôle des cépages associés pour améliorer la garde étant quant à lui discuté

On peut actuellement définir 3 écoles de vinification en rouge :

- une produisant un vin léger, recherchant la finesse aromatique, le fruit, évitant la surmaturité

- une s’orientant vers les assemblages avec d’autres cépages ( Ridge )

- une de type vendange tardive recherchant la surmaturité ( Turley ) sans sucre résiduel toutefois, à la différence des vins de style Porto produits aux USA.

L’intérêt du cépage vient également du fait qu’il est actuellement utilisé quasi uniquement en Californie, en faisant le cépage américain par excellence. C’est en Californie qu’il réussit le mieux, des essais dans d’autres états pourtant expérimentés comme l’Oregon n’ayant pas été concluants. Les prix restent abordables par rapport aux Cabernets et Chardonnays, une bouteille convenable pouvant être achetée aux alentours de 20 $. Un point négatif est la production souvent confidentielle des meilleures cuvées, entre 500 et 1500 caisses par an, posant des problèmes d’approvisionnement.

On notera encore la tendance progressive à identifier le site de provenance des grappes, avec un système d’appellation par vignoble et non plus par région recouvrant un mélange de grappes de différentes provenances permettant d’espérer une meilleure définition du terroir. C’est encore la maison Ridge qui à joué un rôle de pionnier en vinifiant séparément chaque climat ( ses Zinfandel proviennent de 30 origines différentes ). C’est ainsi que le Zinfandel prendrait des caractères herbacés à Paso Robles, qu’il est très intense dans le comté d’Amador, riche et complexe autour de Dry Creek et Geyserville ( Sonoma ), emplacements qui lui réussissent le mieux.

Classification en appellations :

Les aires de viticulture en Californie se décomposent en 4 grandes régions, la North Coast, la Sierra Foothills, la Central Coast et la South Coast. Les Zinfandel de cette dégustation proviennent de la North Coast, qui comprend les comtés de Mendocino, Sonoma et Napa. Les vins proviennent plus précisément des comtés de Sonoma et Napa, et pour l’un d’eux du comté d’Amador situé dans la zone des Sierra Foothills.Le comté de Sonoma ou Sonoma County comprend entre autres sous appellations rencontrées dans les dénominations des vins dégustés la Russian River Valley, la Sonoma Valley, la Dry Creek Valley et l’Alexander valley.

Les vins peuvent soit porter une appellation très générique ( California ) indiquant simplement que les raisins proviennent de la Californie au sens le plus large, soit une appellation de type Sonoma County, soit une précision plus grande concernant une partie de la Sonoma telle que Alexander Valley. Enfin, pour certains, le vignoble de provenance est indiqué, en un essai de définition de terroir telle qu’elle est pratiquée en France de manière très ancienne, par exemple Gambogi Ranch/Russian River Valley/Sonoma County

Millésimes :

Ci dessous sont figurés les cotations des 15 derniers millésimes disponibles d’après la revue Wine Spectator, à partir du système de cotation sur 100 :

1995 96 1987 92

1994 95 1986 91

1993 88 1985 93

1992 93 1984 88

1991 92 1983 79

1990 93 1982 82

1989 82 1981 85

1988 84 1980 82

Vins dégustés :

Les notations figurant entre parenthèses correspondent aux notes sur 100 attribuées par Wine Spectator ( WS ) ou R. Parker ( P ). La note moyenne du groupe et les extrêmes sont figurées en fin de chaque texte

FETZER California 1992

Robe grenat soutenu. Nez de fruits noirs avec des notes épicées, confiturées, de la prune, du goudron. En bouche, une matière généreuse, une attaque souple, avec un fruité acidulé bien expressif, des notes de noyau et de pruneau, une finale épicée, une tendance à chauffer un peu trop, dominé par son alcool.

Noté 12.1/20 ( extrêmes 10 – 14,5 )

GRGICH HILLS Sonoma County 1991 ( WS 84 )

Robe identique. Un beau fruit rouge compoté vanillé au nez, avec des notes balsamiques, de la sauge. En bouche, une acidité plus marquée, mais également plus de matière, des notes framboisées, cerise, des épices, une finale légèrement suave, une longueur moyenne.

Noté 12.7/20 ( extrêmes 11 – 14,5 )

GRGICH HILLS Sonoma County 1994

Robe grenat profond avec des notes purpurines jeunes. Un premier nez réservé, avec un fruité modéré, des notes légèrement amyliques, puis toastées. En bouche, du fruit rouge, de la fraise, de la framboise, une finale sur la vanille et les épices avec une longueur moyenne.

Noté 13.4/20 ( extrêmes 11.5 – 15,5 )

SAUSAL Alexander Valley/Sonoma Valley/Private Reserve 1994 ( WS 89, P 89 )

Robe grenat profond. Nez épicé, fruits rouges et noirs, toasté avec de la sauge et des notes viandées. Matière riche, ronde, un peu de gras, fruits noirs cassis, myrtille, un peu plus de longueur, une finale épicée et réglissée.

Noté 14.2/20 ( extrêmes 13 – 16 )

LYTTON SPRINGS Sonoma County 1992

Robe grenat profond, presque encre. Notes complexes balsamiques avec de la framboise, de la noix, de l’amande, un coté kirsché au nez et des notes animales. La matière en bouche est riche, avec des fruits confiturés, de la mure, de la truffe, un coté viandé.

Noté 13.6/20 ( extrêmes 10 – 16 )

NALLE Dry Creek Valley/Sonoma County 1992

Robe grenat moyennement soutenue. Nez réservé avec des notes beurrées, de l’amande, un fruité modéré sur les griottes et la prune. Attaque souple, matière moyenne, élégant avec
des fruits rouges , de la sauge, des tanins réglissés et une longueur moyenne.

Noté 14.6/20 ( extrêmes 14 – 16 )

DE LOACH Gambogi Ranch/Russian River Valley/Sonoma County 1994 ( P 90 )

Vignes plantées entre 1905 et 1932. Robe grenat soutenu, nez sur la framboise et le sureau, avec des notes de cassis et de kirsch pour certains. Belle matière en bouche, un fruité groseille avec des notes animales, un vin long, puissant, avec une finale épicée.

Noté 14.8/20 ( extrêmes 13 – 16 )

CAKEBREAD CELLARS Howell Mountain/Napa Valley 1993 ( WS 89 )

Surtout réputé pour ses Chardonnays. Une robe grenat moyen, un nez animal avec du fruit compoté. Une matière moyenne en bouche, une tendance à pinoter, avec des épices, mais aussi une fin de bouche un peu chaude sur l’alcool et une légère amertume.

Noté 12.9/20 ( extrêmes 11,5 – 15 )

ROSENBLUM CELLARS Samsel Vineyard Maggie’s Reserve/Sonoma Valley 1994 ( WS 89 )
Robe grenat profond. Nez sur les fruits compotés et les épices, avec un coté banane séchée, rhum. Matière opulente en bouche, grande richesse, complexité du fruité avec de la mure, du cassis, de la prune, de la groseille à maquereaux, des notes herbacées et de sauge, et une finale épicée.

Noté 14.6/20 ( extrêmes 12 – 17 )

RENWOOD Grandpere Vineyard/Amador County 1994 ( WS 90, P 91-93 )
Vignes quasi centenaires. Robe identique au précédent. Nez réservé sur les épices, le poivre, un fruité rouge-noir macéré, des notes d’agrumes confites. Grande richesse en bouche, la matière la plus concentrée jusqu ’ici, avec des notes mentholées, framboise, une finale réglissée.

Noté 15.1/20 ( extrêmes 13 – 18 )

FRANUS Brandlin Ranch/Mount Veeder/Napa Valley 1994 ( P 91 )
Robe identique. Nez sur les fruits compotés, les épices, la prune, avec de la girofle, du gingembre, des notes florales, le plus racé jusqu’ici. Matière riche, épicée, poivrée, fruité acidulé, sur le cassis, la framboise, avec des notes girofle, muscade, belle longueur.

Noté 16/20 ( extrêmes 13.5 – 18,5 )

RIDGE Lytton Springs/Sonoma Valley 1992 ( P 94 )
Assemblage de 80 % de Zinfandel, 13 % de petite Syrah, 4 % de Carignan, 2 % de Grenache et 1 % d’Alicante. Robe grenat profond. Nez épicé, animal, avec de la prune, du cassis, de la mure, du café. Matière opulente, fruits noirs compotés sur la mure et la myrtille, avec de la réglisse. Beaux tanins murs, bien long.

Noté 16.2/20 ( extrêmes 14 – 19 )

RIDGE Geyserville/Sonoma Valley 1994 ( WS 91, P 92 )

Assemblage de 68 % de Zinfandel, 20 % de Carignan, 8 % de petite Syrah et 4 % de Mataro. Robe identique. Nez très élégant, floral, sur la prune, avec des notes confiturées, un boisé épicé réglissé, un peu de sauge. Belle matière élégante, fruité expressif noir, notes cannelle, réglisse, noyau. Finale longue et élégante.
Noté 16.6/20 ( extrêmes 15 – 18 )

RAVENSWOOD Old Hill Ranch/Sonoma Valley 1992 ( WS 92, P 91-92 )
Robe identique. Concentration extrême avec des notes d’encre au nez, d’eucalyptus. Matière opulente, réglissée. Tanins un peu asséchants, finale sèche, peut être un peu trop d’extraction.

Noté 15.8/20 ( extrêmes 14.5 – 17,5 )

Cette dégustation appelle quelques commentaires en complément.

Tout d’abord, la notation est assez dispersée quant aux extrêmes, avec manifestement 2 sensibilités parmi les dégustateurs, les uns sensibilisés aux vins américains appréciant la richesse de la matière et la grande maturité des tanins, les autres plus traditionnels européens rebutés par ce qu’ils appellent un manque de race et un boisé jugé parfois trop présent. La notation se resserre néanmoins sur les plus beaux vins, un consensus se créant alors sur le plaisir dégagé par ces produits. A noter que parmi cette dégustation à l’aveugle une Cote Rotie à été introduite en pirate, le choix de ce vin se basant sur une certaine parenté d’expression du fruit et une opulence permettant à priori une comparaison honnête. Nous en tairons la provenance mais il s’agissait d’un producteur connu et d’un millésime correct d’âge comparable. La note moyenne recueillie par ce vin français à été de 13 avec des extrêmes entre 10 et 14.5. Il n’est pas question sur cette seule comparaison de prétendre que les Zinfandels soient meilleurs, mais il ne faut certainement plus considérer ces vins comme des sirops de fruits américains surboisés destinés à amuser le touriste, et il serait peut être temps qu’une certaine viticulture française se réveille, avant que le marché international ne s’en charge.

Eric TISON, Jean Charles GUILBEAU

VI – Littérature récente

Quelques bonnes nouvelles dans nos lectures puisque, ça y est, Robert PARKER n’est plus seul !

Depuis le numéro110 Pierre-Antoine ROVANI (notez bien ce nom, c’est le prochain gourou) collabore avec le ” deo ex machina” . Point amusant, ce sont des régions entières qui sont passées entre les mains de ce franco-américain qui ne semble pas partager l’intégralité des points de vue de son patron. Tradition oblige il chausse les ” bottes de sept lieux” pour parcourir les vignobles dans les domaines habituels et avec la même vitesse.

Trouvons nous des originalités dans les point de vue du petit-maître ? Pas vraiment, mais le contraire eut été étonnant car une revue de la notoriété de ” The Wine Advocate” ne peut se permettre de changer brutalement ses domaines de référence. Au reste on sait que Mr PARKER a pratiquement toujours tapé juste jusqu’à présent. Ce qui lui était reproché tenait plus sur l’exercice solitaire de la dégustation et sur une aura acquise progressivement dans un milieu qui n’attendait que celà ; finalement c’est aussi un style que l’on finissait par redouter ou aduler. C’est sur un registre différent que l’on trouve Pierre-Antoine ROVANI qui progressivement explore les appellations.

Dans le numéro 110, dégustation des vins blancs de Bourgogne dans le millésime 1995. Au palmarès on trouve essentiellement Amiot, d’Auvenay (Lalou-Bize Leroy), Carillon, CLAIR, COLIN -DELEGER, DELARCHE, DROUHIN, JADOT, javillier, JOBARD, LAFON, Louis LATOUR pour son Corton-Charlemagne, LEFLAIVE, NIELLON, la ROMANEE-CONTI, ETIENNE SAUZET, VERGET (débrouillez vous pour en trouver ! ) et le découverte du domaine DUREUIL-JANTHIAL à RULLY. Une déception relative avec le domaine RAMONET qui n’est pas noté aussi haut qu’à l’habitude. Dans l’ensemble, les notes de dégustations sont plus posées et nuancées que celles de Robert PARKER.

Jean-Luc CHAGNON

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