Les Asses de la Douelle

4 juillet 2008

Zinfandel

Classé dans : Cépages, Rouge — douelle @ 22:27

Eric TISON, Jean Charles GUILBEAU

Historique du Zinfandel :

Son origine dérive a priori du Primitivo des pouilles encore connu sous le nom de Plavac mali en Dalmatie. Il serait arrivé avec les émigrants européens, on en retrouve trace vers 1820 à Boston et vers 1860 en Californie où il remplace le cépage mission utilisé jusque là. Très apprécié par les émigrés européens, le Zinfandel couvrait 40 % du vignoble. Il va ensuite connaître une période de déclin. Dans les années 60 et 70, du fait de la vogue des Bordeaux, il est quasiment abandonné. Vers 80 le cépage est réutilisé pour la production de vin blanc ( blanc de noir ), puis vers 85 de nouveaux essais de vinification en rouge sont entrepris. La maison Ridge fondée en 1959 à joué un rôle majeur dans la recherche des anciennes variétés de Zinfandel encore présentes lors du redémarrage de ce cépage. Le Zinfandel connaît ensuite un renouveau important et même explosif, puisqu’il est actuellement le cépage rouge le plus planté aux USA ( 18000 ha ) devant le Cabernet Sauvignon ( 16000 ha ) et le Merlot ( 13000 ha ).

Le cépage Zinfandel :

Il a longtemps été utilisé pour produire un blush wine, à mis chemin entre le blanc et le rosé, avec du sucre résiduel, sans grand intérêt, avant d’être redécouvert comme un grand cépage rouge et bien vinifié depuis. Parmi les problèmes de viticulture liés à ce cépage, il faut noter sa tendance à des degrés de maturité très variables des grains de raisin sur une même grappe, nécessitant de récolter le raisin assez tardivement pour obtenir une bonne maturité homogène, mais pas trop tard pour éviter un dessèchement des grains avec des goûts raisinés et une perte d’acidité donc une moins bonne tenue au vieillissement. De par sa teneur élevée en sucres, il s’agit d’un vin riche, en général entre 14 et 16°, donc prudence. De gros rendements sont possibles avec ce cépage, qu’il faut donc savoir limiter si on veut la qualité. Des rendements de 7.5 t/ha sont communs, mais pour les meilleurs on se situe vers 1.25 à 2.5 t/ha. Un facteur qualitatif important est le caractère souvent âgé des vignes de par l’ancienneté du cépage, volontiers planté en vigne franche, des vignes de 60 à 80 ans voire 100 ans étant classiques sinon communes.

Le cépage peut se prêter à tous les types de vinifications en blanc, rosé, rouge, mousseux, ou de style Porto, mais c’est vinifié en rouge qu’il donne le meilleur de lui même et qu’il présente un réel intérêt. Ses caractéristiques aromatiques comportent la cerise, la framboise, la prune, le cassis, des notes épicées et poivrées, de la sauge et des composantes herbacées. En général les tanins ne sont pas agressifs et ce vin se boit bien dès le jeune âge. En vieillissant, il a tendance à perdre de sa richesse de fruit pour évoluer vers des notes de terre, de sauge, de goudron. Il peut vieillir, atteignant pour certains son optimum entre 6 et 10 ans, des bouteilles de 20 ans ayant été trouvées très correctes en dégustation. La tendance américaine est toutefois de le boire jeune pour le plaisir du fruit. Si l’on souhaite le garder, mieux vaut choisir un style pas trop surmuri avec assez d’acidité, le rôle des cépages associés pour améliorer la garde étant quant à lui discuté.

On peut actuellement définir 3 écoles de vinification en rouge :

- une produisant un vin léger, recherchant la finesse aromatique, le fruit, évitant la surmaturité

- une s’orientant vers les assemblages avec d’autres cépages ( Ridge )

- une de type vendange tardive recherchant la surmaturité ( Turley ) sans sucre résiduel toutefois, à la différence des vins de style Porto produits aux USA.

L’intérêt du cépage vient également du fait qu’il est actuellement utilisé quasi uniquement en Californie, en faisant le cépage américain par excellence. C’est en Californie qu’il réussit le mieux, des essais dans d’autres états pourtant expérimentés comme l’Oregon n’ayant pas été concluants. Les prix restent abordables par rapport aux Cabernets et Chardonnays, une bouteille convenable pouvant être achetée aux alentours de 20 $. Un point négatif est la production souvent confidentielle des meilleures cuvées, entre 500 et 1500 caisses par an, posant des problèmes d’approvisionnement.

On notera encore la tendance progressive à identifier le site de provenance des grappes, avec un système d’appellation par vignoble et non plus par région recouvrant un mélange de grappes de différentes provenances permettant d’espérer une meilleure définition du terroir. C’est encore la maison Ridge qui à joué un rôle de pionnier en vinifiant séparément chaque climat ( ses Zinfandel proviennent de 30 origines différentes ). C’est ainsi que le Zinfandel prendrait des caractères herbacés à Paso Robles, qu’il est très intense dans le comté d’Amador, riche et complexe autour de Dry Creek et Geyserville ( Sonoma ), emplacements qui lui réussissent le mieux.

Classification en appellations :

Les aires de viticulture en Californie se décomposent en 4 grandes régions, la North Coast, la Sierra Foothills, la Central Coast et la South Coast. Les Zinfandel de cette dégustation proviennent de la North Coast, qui comprend les comtés de Mendocino, Sonoma et Napa. Les vins proviennent plus précisément des comtés de Sonoma et Napa, et pour l’un d’eux du comté d’Amador situé dans la zone des Sierra Foothills.

Le comté de Sonoma ou Sonoma County comprend entre autres sous appellations rencontrées dans les dénominations des vins dégustés la Russian River Valley, la Sonoma Valley, la Dry Creek Valley et l’Alexander valley.

Les vins peuvent soit porter une appellation très générique ( California ) indiquant simplement que les raisins proviennent de la Californie au sens le plus large, soit une appellation de type Sonoma County, soit une précision plus grande concernant une partie de la Sonoma telle que Alexander Valley. Enfin, pour certains, le vignoble de provenance est indiqué, en un essai de définition de terroir telle qu’elle est pratiquée en France de manière très ancienne, par exemple Gambogi Ranch/Russian River Valley/Sonoma County.

Millésimes :

Ci dessous sont figurés les cotations des 15 derniers millésimes disponibles d’après la revue Wine Spectator, à partir du système de cotation sur 100 :

1995

96

1989

82

1990

93

1994

95

1988

84

1984

88

1993

88

1987

92

1983

79

1992

93

1986

91

1982

82

1991

92

1985

93

1981

85

1980

82

Vins dégustés :

Les notations figurant entre parenthèses correspondent aux notes sur 100 attribuées par Wine Spectator ( WS ) ou R. Parker ( P ). La note moyenne du groupe et les extrêmes sont figurées en fin de chaque texte.

FETZER California 1992
Robe grenat soutenu. Nez de fruits noirs avec des notes épicées, confiturées, de la prune, du goudron. En bouche, une matière généreuse, une attaque souple, avec un fruité acidulé bien expressif, des notes de noyau et de pruneau, une finale épicée, une tendance à chauffer un peu trop, dominé par son alcool.
Noté 12.1/20 ( extrêmes 10 – 14.5 )
GRGICH HILLS Sonoma County 1991 ( WS 84 )
Robe identique. Un beau fruit rouge compoté vanillé au nez, avec des notes balsamiques, de la sauge. En bouche, une acidité plus marquée, mais également plus de matière, des notes framboisées, cerise, des épices, une finale légèrement suave, une longueur moyenne.
Noté 12.7/20 ( extrêmes 11 – 14.5 )
GRGICH HILLS Sonoma County 1994
Robe grenat profond avec des notes purpurines jeunes. Un premier nez réservé, avec un fruité modéré, des notes légèrement amyliques, puis toastées. En bouche, du fruit rouge, de la fraise, de la framboise, une finale sur la vanille et les épices avec une longueur moyenne.
Noté 13.4/20 ( extrêmes 11.5 – 15.5 )
SAUSAL Alexander Valley/Sonoma Valley/Private Reserve 1994 ( WS 89, P 89 )
Robe grenat profond. Nez épicé, fruits rouges et noirs, toasté avec de la sauge et des notes viandées. Matière riche, ronde, un peu de gras, fruits noirs cassis, myrtille, un peu plus de longueur, une finale épicée et réglissée.
Noté 14.2/20 ( extrêmes 13 – 16 )
LYTTON SPRINGS Sonoma County 1992
Robe grenat profond, presque encre. Notes complexes balsamiques avec de la framboise, de la noix, de l’amande, un coté kirsché au nez et des notes animales. La matière en bouche est riche, avec des fruits confiturés, de la mure, de la truffe, un coté viandé.
Noté 13.6/20 ( extrêmes 10 – 16 )
NALLE Dry Creek Valley/Sonoma County 1992
Robe grenat moyennement soutenue. Nez réservé avec des notes beurrées, de l’amande, un fruité modéré sur les griottes et la prune. Attaque souple, matière moyenne, élégant avec des fruits rouges , de la sauge, des tanins réglissés et une longueur moyenne.
Noté 14.6/20 ( extrêmes 14 – 16 )
DE LOACH Gambogi Ranch/Russian River Valley/Sonoma County 1994 ( P 90 )
Vignes plantées entre 1905 et 1932. Robe grenat soutenu, nez sur la framboise et le sureau, avec des notes de cassis et de kirsch pour certains. Belle matière en bouche, un fruité groseille avec des notes animales, un vin long, puissant, avec une finale épicée.
Noté 14.8/20 ( extrêmes 13 – 16 )
CAKEBREAD CELLARS Howell Mountain/Napa Valley 1993 ( WS 89 )
Surtout réputé pour ses Chardonnays. Une robe grenat moyen, un nez animal avec du fruit compoté. Une matière moyenne en bouche, une tendance à pinoter, avec des épices, mais aussi une fin de bouche un peu chaude sur l’alcool et une légère amertume.
Noté 12.9/20 ( extrêmes 11.5 – 15 )
ROSENBLUM CELLARS Samsel Vineyard Maggie’s Reserve/Sonoma Valley 1994 ( WS 89 )
Robe grenat profond. Nez sur les fruits compotés et les épices, avec un coté banane séchée, rhum. Matière opulente en bouche, grande richesse, complexité du fruité avec de la mure, du cassis, de la prune, de la groseille à maquereaux, des notes herbacées et de sauge, et une finale épicée.
Noté 14.6/20 ( extrêmes 12 – 17 )
RENWOOD Grandpere Vineyard/Amador County 1994 ( WS 90, P 91-93 )
Vignes quasi centenaires. Robe identique au précédent. Nez réservé sur les épices, le poivre, un fruité rouge-noir macéré, des notes d’agrumes confites. Grande richesse en bouche, la matière la plus concentrée jusqu ’ici, avec des notes mentholées, framboise, une finale réglissée.
Noté 15.1/20 ( extrêmes 13 – 18 )
FRANUS Brandlin Ranch/Mount Veeder/Napa Valley 1994 ( P 91 )
Robe identique. Nez sur les fruits compotés, les épices, la prune, avec de la girofle, du gingembre, des notes florales, le plus racé jusqu’ici. Matière riche, épicée, poivrée, fruité acidulé, sur le cassis, la framboise, avec des notes girofle, muscade, belle longueur.
Noté 16/20 ( extrêmes 13.5 – 18.5 )
RIDGE Lytton Springs/Sonoma Valley 1992 ( P 94 )
Assemblage de 80 % de Zinfandel, 13 % de petite Syrah, 4 % de Carignan, 2 % de Grenache et 1 % d’Alicante. Robe grenat profond. Nez épicé, animal, avec de la prune, du cassis, de la mure, du café. Matière opulente, fruits noirs compotés sur la mure et la myrtille, avec de la réglisse. Beaux tanins murs, bien long.
Noté 16.2/20 ( extrêmes 14 – 19 )
RIDGE Geyserville/Sonoma Valley 1994 ( WS 91, P 92 )
Assemblage de 68 % de Zinfandel, 20 % de Carignan, 8 % de petite Syrah et 4 % de Mataro. Robe identique. Nez très élégant, floral, sur la prune, avec des notes confiturées, un boisé épicé réglissé, un peu de sauge. Belle matière élégante, fruité expressif noir, notes cannelle, réglisse, noyau. Finale longue et élégante.
Noté 16.6/20 ( extrêmes 15 – 18 )
RAVENSWOOD Old Hill Ranch/Sonoma Valley 1992 ( WS 92, P 91-92 )
Robe identique. Concentration extrême avec des notes d’encre au nez, d’eucalyptus. Matière opulente, réglissée. Tanins un peu asséchants, finale sèche, peut être un peu trop d’extraction.
Noté 15.8/20 ( extrêmes 14.5 – 17.5 )

Cette dégustation appelle quelques commentaires en complément. Tout d’abord, la notation est assez dispersée quant aux extrêmes, avec manifestement 2 sensibilités parmi les dégustateurs, les uns sensibilisés aux vins américains appréciant la richesse de la matière et la grande maturité des tanins, les autres plus traditionnels européens rebutés par ce qu’ils appellent un manque de race et un boisé jugé parfois trop présent. La notation se resserre néanmoins sur les plus beaux vins, un consensus se créant alors sur le plaisir dégagé par ces produits. A noter que parmi cette dégustation à l’aveugle une Cote Rotie à été introduite en pirate, le choix de ce vin se basant sur une certaine parenté d’expression du fruit et une opulence permettant à priori une comparaison honnête. Nous en tairons la provenance mais il s’agissait d’un producteur connu et d’un millésime correct d’âge comparable. La note moyenne recueillie par ce vin français à été de 13 avec des extrêmes entre 10 et 14.5. Il n’est pas question sur cette seule comparaison de prétendre que les Zinfandels soient meilleurs, mais il ne faut certainement plus considérer ces vins comme des sirops de fruits américains surboisés destinés à amuser le touriste, et il serait peut être temps qu’une certaine viticulture française se réveille, avant que le marché international ne s’en charge.

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